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Roman

Pour saluer la parution de Jack London dans la Pléiade (1)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 22 Avril 2017. , dans Roman, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, USA, Nouvelles, Aventures, La Pléiade Gallimard

Jack London, Oeuvres, 2 tomes, 110 € les deux volumes, Octobre 2016 . Ecrivain(s): Jack London Edition: La Pléiade Gallimard

 

Jean-Marie Rouart, dans un texte intitulé « Je demandais aux livres : “Comment fait-on pour vivre, pour aimer, pour être heureux ?” » (paru dans la revue Commentaire en 2015), écrit ceci :

« Je n’imaginais pas que j’éprouverais autant d’émotions en remettant mes pas dans des coups de foudre parfois anciens. Soudain je retrouvai intacte mon ancienne ferveur en relisant […] le début du Peuple de l’abîme de Jack London ».

Reprenons ce début, tel qu’il est traduit par Véronique Béghain, dans le volume de la Pléiade :

« Mais c’est impossible, vous savez », me dirent des amis auprès desquels je venais chercher de l’aide pour m’immerger dans l’East End londonien. « Vous auriez intérêt à demander un guide à la police », ajoutèrent-ils, après réflexion, s’efforçant non sans mal de s’adapter aux mécanismes psychologiques du fou venu les trouver avec plus de références que de cervelle.

Le Séducteur, Jan Kjærstad

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 20 Avril 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Monsieur Toussaint Louverture

Le Séducteur (Forføreren), Traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon, 608 p. 23€ . Ecrivain(s): Jan Kjærstad Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

Cette critique pourrait être toute entière dédiée à Monsieur Toussaint Louverture. Chaque parution de la maison d’édition bordelaise pilotée par Dominique Bordes emmène ses lecteurs vers des sommets littéraires. L’éditeur est un chineur. Il aime aller farfouiller dans l’histoire de la littérature et en ressortir des textes oubliés ou mal publiés, qui n’ont pas réussi à se faire en France la place qu’ils mériteraient. Chacun de ses livres s’avère une petite merveille. Pas forcément petite, d’ailleurs, car Monsieur Toussaint Louverture a plutôt le goût des textes longs, qui pèsent leur poids, avec lesquels on vit pendant un certain nombre de jours. Ses livres sont aussi de beaux objets aux couvertures particulièrement soignées qui provoquent leur effet au pied du sapin ou dans une bibliothèque. Mais le véritable cadeau, c’est quand on ouvre ces pages et qu’elles nous convient dans des mondes aussi différents que celui du script-doctor d’Hollywood qui ne parvient plus à être saoul (Karoo), du facteur qui lit le courrier qu’il distribue (Mailman), de la famille de bûcherons du Grand-Ouest américain (Et quelque fois j’ai comme une grande idée) ou d’une bande d’enfants dans un orphelinat quelque peu étrange (La maison dans laquelle).

Sous les lunes de Jupiter, Anuradha Roy

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 19 Avril 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Actes Sud

Sous les lunes de Jupiter, février 2017, trad. anglais (Inde) Myriam Bellehigue, 315 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Anuradha Roy Edition: Actes Sud

Livre écrit en Europe du Nord – écriture descriptive retenue et pointue – pour l’Inde, et par l’Inde, donc envahi des couleurs, odeurs, bruits, mélanges et foules, Histoire, bien sûr, si particuliers à ce pays unique. Le froid, les solitudes, les silences du grand nord, et les rues indiennes… alliage rare, précieux comme un parfum. Parfaitement réussi.

Croisement, tel un tressage, d’un même destin écartelé ; une jeune femme trempant ses racines dans le sang d’une guerre qu’on suppose civile, au bord du golfe du Bengale – le Bangladesh, peut-être celui qu’a chanté Georges Harrison, palpite juste derrière – et ayant poussé ses branches au cœur de forêts de bouleaux, et de lacs sous la lumière des soleils de minuit de ces contrées-là.

Il y a eu une enfance trucidée par la fin violente de tous les siens : « Quand on tuait les cochons ils poussaient des cris stridents à vous briser les tympans. C’est ce même cri que j’ai entendu, vite après que ma mère a coupé le pamplemousse et que les hommes ont fait irruption avec leurs haches. Leurs visages étaient voilés ». Il y a eu la fuite dans les marais – qui nous ramènent à ceux du Rwanda fuyant les machettes, ou à ce petit Aharon Appelfeld se cachant des Nazis. La fille du livre, et c’en est toute la force, porte en effet des ribambelles d’autres enfants martyrs. Partout sur la planète.

La nuit myope, A.D.G

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mardi, 18 Avril 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon

La nuit myope, mars 2017, 112 pages, 5,90 euros . Ecrivain(s): A.D.G. Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

Sur la présentation de sa page facebook, La petite vermillon annonce sa ligne éditoriale ainsi : « Exigeante et frondeuse, la petite vermillon, collection de poche de La Table Ronde, arpente depuis quinze ans, sans préjugés ni exclusive, tous les champs de la littérature et des sciences humaines ».

Exigeante, frondeuse et sans préjugés sont autant de qualités qui cadrent à la perfection avec la nouvelle publication de l’un des romans – ici plutôt une novella – d’A.D.G., La nuit myope, publié en 1981 aux Éditions Balland, puis réédité en 2003 chez Durante Éditions.

L’auteur de romans policiers qui en 2003 à la sortie de son livre Kangouroad Movie déclarait selon l’article de Bruno Icher dans Libération du 15 mai 2003 : « J’avais très mal pris de ne pas être réédité pour le cinquantenaire de la Série Noire, moi, un des seuls auteurs à lui être toujours resté fidèle. Alors, parano aidant, j’ai décidé de fabriquer une supercherie : un polar australien, traduit par mes soins. Comme ça, pour les emmerder », retrouve par l’intermédiaire de La Table Ronde une place de choix chez Gallimard. Par l’intermédiaire également et surtout de l’écrivain Jérôme Leroy, auteur de la quatrième de couverture, auquel La petite vermillon a donné « carte noire » pour la réédition de ses coups de cœurs.

Les Pigeons de Paris, Víctor del Árbol

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 15 Avril 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, La Contre Allée

Les Pigeons de Paris, trad. espagnol Claude Bleton, 96 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Victor del Arbol Edition: La Contre Allée

 

L’auteur de romans noirs fleuves, à l’échelle des grands romans du XIXe, s’essaye à nouveau à la forme courte, après ses aventures ludiques avec le projet des Aventures du concierge masqué (voir ici). Mais le projet que la Contre Allée et Benoît Verhille ont proposé à Víctor del Árbol est sans doute un brin plus ambitieux. Il s’agit en effet d’un projet éditorial qui vise simplement à donner un aperçu de ce qui s’écrit à travers l’Europe et sur l’Europe. La collection Fictions d’Europe propose en effet à des auteurs de poser leur regard sur l’Europe au travers de brefs récits de fiction (moins de 100 courtes pages). A ce jour cinq volumes ont été édités dans lesquels on peut entendre des voix de France, du Portugal, de Grèce, d’Espagne et de Pologne (avec respectivement Arno Bertina, Gonçalo M. Tavares, Christos Chryssopoulos, Víctor del Árbol et Olga Tokarczuk). Il s’agit de textes originaux écrits spécialement pour la collection, traduits, et dont l’édition française est en fait la première édition.

Ces Pigeons de Paris sont aussi une parenthèse dans l’écriture de La veille de presque tout. On y retrouve donc certaines des thématiques chères à l’auteur de La tristesse du samouraï, et de Toutes les vagues de l’océan, cet ambitieux et grand roman russe espagnol, à commencer par celle de la mémoire et des souvenirs qui peuvent à la fois nous faire vivre ou nous pousser vers l’oubli et le silence.