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Récits

Retour à Reims, Didier Eribon

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 28 Mai 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Flammarion

Retour à Reims, 248 pages, 8,20 € . Ecrivain(s): Didier Eribon Edition: Flammarion

 

Venger sa race


Le libraire de mon quartier avait rangé l’ouvrage de Didier Eribon dans son rayon « littérature », tout en m’avouant qu’il avait hésité à le faire, comprenant que Retour à Reims n’était pas une banale autobiographie relatant le parcours depuis l’enfance de son auteur. Il s’agit bien plutôt d’inscrire son destin (la « prédestination » sociale et sexuelle) dans un ensemble de réflexions sociologiques (le dernier mot du texte prononcé par Eribon lui-même n’est-il pas justement « sociologie » à l’adresse de sa mère) et théoriques. Le terme peut-être le plus approprié pour définir ce livre serait une auto-analyse fondée à la fois sur l’histoire familiale et ses miroirs exégétiques. Eribon d’ailleurs cite abondamment des textes qui nourrissent sa trajectoire personnelle, la façonnent intellectuellement, l’éclairent : Bourdieu, Foucauld, Sartre ou Dumézil par exemple.

Les autonautes de la cosmoroute ou Un voyage intemporel Paris-Marseille, Carol Dunlop et Julio Cortázar

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 26 Mai 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Gallimard

Les autonautes de la cosmoroute ou Un voyage intemporel Paris-Marseille, traduit de l’espagnol par Laure Guille-Bataillon et Françoise Campo, 281 pages, 25 € . Ecrivain(s): Carol Dunlop et Julio Cortázar

La célébration d’écrivains argentins au salon du livre de Paris en 2014 nous donne l’occasion de nous replonger dans la littérature de ce pays. Et par exemple dans ce récit, pas du tout argentin. Mais au départ un projet original : faire le voyage de Paris à Marseille en camping-car sans quitter l’autoroute une seule fois ; visiter deux parkings par jour en passant toujours la nuit dans le deuxième ; prendre note de toute observation pertinente ; écrire le livre de l’expédition en « s’inspirant peut-être des récits de voyages des grands explorateurs du passé ». Le projet littéraire : « raconter d’une façon tout à fait littéraire, poétique et humoristique, les étapes, événements et expériences divers que va nous offrir sans doute un voyage aussi étrange ». Résultat : Les autonautes de la cosmoroute, Un voyage intemporel Paris-Marseille par Carol Dunlop et Julio Cortázar.

L’autoroute n’est peut-être pas seulement « un ouvrage moderne minutieusement étudié pour permettre à des voyageurs, enfermés dans des capsules à quatre roues, de parcourir (rapidement) un trajet ». Mais qu’allait-il se passer avec une progression au ralenti alors que tout le monde fonce à toute allure ?

Journal d’un étranger à Paris, Curzio Malaparte

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 22 Mai 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, La Table Ronde

Journal d’un étranger à Paris, mars 2014. 350 p. 8,70 € . Ecrivain(s): Curzio Malaparte Edition: La Table Ronde

 

Ce livre de mémoires couvre une période précise de la vie de Malaparte, l’immédiat après-guerre 39-45. Elles sont rédigées en français pour l’essentiel, mais certains passages sont en italien (traduits ici bien sûr).

Curzio Malaparte nous offre ici un livre conforme à l’image que nous avons du personnage : traversé de contradictions, d’élans les plus nobles jusqu’aux sentiments les plus inavouables.

Ce journal est dans tous les cas passionnant. Paris foisonnant – juste après guerre – d’idées, de passions, de personnages célèbres, de débats et d’affrontements idéologiques et esthétiques. Sur les pas de Malaparte, revenu dans « son » Paris après 15 ans d’absence et un internement politique sous Mussolini en Italie, nous croisons le tout-Paris intellectuel et artistique. Malraux, Camus, Mauriac, Louise de Vilmorin, Nimier, Orson Welles et tant d’autres. C’est la vie des salons, où chacun veut briller à sa manière : provocations, minauderies, péroraisons.

Eloge de l’esquive, Olivier Guez

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 22 Mai 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

Eloge de l’esquive, mai 2014, 107 pages, 13 € . Ecrivain(s): Olivier Guez Edition: Grasset

 

« … dans l’imaginaire collectif, le Brésil est le football, le football, brésilien, et les dribbleurs, les héritiers de Garrincha, les étoiles filantes de ce football champagne, le futebol arte. Contrôle, feinte(s), provocation, jaillissement, percussion, au suivant, nouvelles ruses, simulation, le défenseur est dans le vent ».

Jaillissement de la littérature : les mots filent sur la page, les verbes rebondissent, les phrases se glissent entre les mains du lecteur, elles retrouvent leur liberté première, leur foisonnement, leur éclat, leur joie naturelle ombrée de nostalgie, leur histoire, c’est l’art du roman qui danse sur ses deux pieds.

Du pied droit pour commencer, dernière esquive de « l’ange aux jambes tordues », la plus noire, Mané Garrincha, « le dribbleur fou, le plus génial et le plus improbable de l’histoire » vient de mourir terrassé par l’alcool, paix à son âme, et paix à l’âme de tous les jongleurs brésiliens. Nous sommes en 1958, c’est-à-dire aujourd’hui, les dribbleurs de la Seleção mettent en musique la Coupe du monde, leur Coupe du Monde, Garrincha se glisse dans le costume de Charlie Parker et ses adversaires perdent la tête, ils n’ont jamais entendu ça, ils n’ont jamais vu ça, ils ne peuvent pas suivre cette révolution de l’esquive.

La Barque le soir, Tarjei Vesaas

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 21 Mai 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Editions José Corti

La Barque le soir (Båten om kvelden, 1968), traduit du néo-norvégien par Régis Boyer . Ecrivain(s): Tarjei Vesaas Edition: Editions José Corti

 

La lecture d’un livre de Vesaas est une expérience qui sort un peu de l’ordinaire. On y est en effet embarqué dans un monde où le rêve, qui peut aussi être cauchemar, est à tout moment présent. Un rêve qui peut avoir la présence d’un réel plus réel que le réel. Ou plutôt, plus réelle que la réalité, celle dans laquelle nous vivons. Il y a là quelque chose qui ressemble fort à ce que le psychanalyste anglais D.W. Winnicott appelait fantasying, cette rêverie ou ce fantasme qui nous prend entre veille et sommeil, qui oscille entre ce que le monde nous donne à voir et ce que notre imaginaire va chercher on ne sait où. Des images et des impressions qui s’ancrent au plus profond de nous et qui sont comme un rêve étrange et pénétrant, à la fois insolite et pourtant vaguement familier. Des images qui viennent habiter en nous comme si elles y avaient toujours été attendues, même si on ne les comprend pas toujours. Même si souvent on ne les comprend pas.

Une voix, une barque et un fleuve. Le mouvement du courant entre les rives. Voilà ouvertes les écluses de la parole.