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Poésie

Isidore Isou, Frédéric Acquaviva (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Jeudi, 07 Février 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Isidore Isou, Editions du Griffon, 2019, 280 pages, 68 € . Ecrivain(s): Frédéric Acquaviva

 

Isidore Isou l’oublié magnifique.

La poésie n’est pas un travail littéraire, c’est un métissage. On ne sait pas d’où elle surgit : encore faut-il lamettre « en condition », en voyage par delà les genres. Il faut gâcher du temps, du papier, il faut être généreux, marcher aussi pour l’atteindre. Il faut être comme l’écrit Acquaviva « ensensés ». Isou l’a compris au fil du temps.

Peu à peu chez lui, elle est devenue visuelle, action, geste, inaugurale. Mais elle reste pour lui avant tout sonore : d’où la filiation que son œuvre connaît (chez un Bernard Heidsieck) par exemple. Une telle conception demeure cependant occultée. Son lettrisme, son pré-spatialisme, sa scansion ontconnu la difficulté du livre. D’autant qu’une telle approche est sans doute plus adaptée à l’ordinateur que d’une certaine manière elle anticipe dans les parcours (faussement aléatoires) qu’elle induit.

Les frôlements infinis du monde, Richard Rognet (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 06 Février 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Les frôlements infinis du monde, mars 2018, 152 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Richard Rognet Edition: Gallimard

 

 

Quelle déception quand le poème attendu, tant vanté par ailleurs, rassemble plus de défauts que d’atouts !

Et pourtant, les thèmes – une nature touchée du regard, une attention de tous les instants aux « frôlements » – ne sont pas étrangers, au contraire intimement proches.

L’écriture, alors, concède des agacements : ainsi, pourquoi ces incessants retour à la ligne, à d’autres vers, quand le poème en prose s’impose de lui-même aux yeux de son auteur ? Lisons :

A chaos, chaos et demi, Carine-Laure Desguin (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mardi, 05 Février 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

A chaos, chaos et demi, éditions La P’tite Hélène, novembre 2018, 62 pages, 12 € . Ecrivain(s): Carine-Laure Desguin

 

Grattant la matière sociale (dans le sens « société ») en parallèle avec la fouille de mots mouvementés en tout sens, Carine-Laure secoue le cocotier de manière à éparpiller le produit de ses intenses réflexions, l’intention passant par une sorte de tunnel faisant office de révélation chaotique (un peu à l’instar des NDE, ces personnes revenues d’un monde parallèle après un accident).

Le chaos de mots, mêlés ainsi dans un relatif désordre non pas par le style comme les surréalistes, mais plutôt par la construction un peu empirique, devient le prétexte du livre, ceci en dehors de toute provocation gratuite : « Des hochets de sang rhésus O, à jamais rhésus O, dans cet entre-deux d’un état des lieux, éclaboussant l’échelle des gènes, des nervures d’ions positifs et d’ions négatifs, des transgenres de tous les chiffons, des épousailles sur papier glacé d’une armée de poupées barricadées jusqu’aux racines carrées de leurs dents ».

On passe d’« errances éternelles » en langage presque codé comme dans une écriture à la « Dotremont » avec une mise en place d’idées sous-jacentes pourtant claires dans leurs dénonciations, même « si le tombeau des jours d’avant ignorait tout de ces saccages, de ce chaos à chaos et demi ».

Méandres et Néant, Stéphane Sangral (par Claire-Neige Jaunet)

Ecrit par Claire-Neige Jaunet , le Lundi, 04 Février 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Galilée

Méandres et Néant . Ecrivain(s): Stéphane Sangral Edition: Editions Galilée

 

Méandres, néant : deux territoires où l’on se perd également, l’un par excès de formes, l’autre par défaut. Cette opposition n’est qu’une apparence. Stéphane Sangral visite ces deux territoires, les traverse, passe de l’un à l’autre, et les relie sans que demeure visible une frontière. Où est le trop, où est le rien ?… Les mots pour le dire recourent à l’image, pas seulement poétique, mais typographique, et graphique. Pour ouvrir et clore le recueil, une même illustration (de l’auteur) se glisse dans le texte, qui peut se lire diversement : un ciel d’un noir d’encre constellé de nuages qui sont des amas de chiffres, ou bien une page blanche couverte de chiffres dévorée par l’extension du noir – du néant. Deux regards possibles, pour deux forces en présence. A l’un la « nuit éparpillée d’étoiles », le royaume « où chacun est le centre », où « mon esprit se déplie et s’infinise » et peut « voir dans les plis du vent »… A l’autre la puissance « vorace » du temps, le labyrinthe du moi perdu dans des voies qui s’ouvrent et se referment, et la descente sans fin vers le centre de soi où tout se fait « vertige ».

Lumière, doucement, Marian Draghici (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 01 Février 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, L'Harmattan

Lumière, doucement, avril 2018, trad. roumain, Sonia Elvireanu, 114 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Marian Draghici Edition: L'Harmattan

 

La mer, la lumière et puis la présence obsédante qui s’avance sur la pointe des douleurs :

« doucement, viens à moi mot à mot » avec aussi le poids d’une plume passant par « un hibou de dix tonnes » pour faire apparaître, dans cette sorte de rêve, la « chose », la douleur transcendant l’image de souvenirs doux rêvés en cauchemars colorés à l’instar d’un film terrifiant puisque « elle souriait à la fenêtre/ après qu’on lui avait arraché/ mains/ cœur/ cheveux ».

Le souvenir se fait terre, os, cheveux, autant d’images suggérant une sorte d’éclatement de la stupéfaction. Comme une idée se serait jetée contre un mur le souvenir la tête la première. Avec une dislocation à partir de soi éclaboussée sur les éléments tout autour, le texte est pressenti, page après page, de titres improbables annonçant le chaos. J’ai songé à des tableaux de Bosch où toute l’humanité s’éclate en diverses attitudes quotidiennes exacerbées dans une imagination prolifique.