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Les Livres

D’étranges nuits d’été, Véronique Delamarre Bellégo (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Vendredi, 04 Avril 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

D’étranges nuits d’été, Véronique Delamarre Bellégo, Oskar Éditeur, 2014, 80 pages, 9,95 €

 

Adopter l’état d’esprit d’un narrateur très jeune (onze ans dans le livre qui nous intéresse) n’a rien d’une évidence en termes littéraires. Cependant, la justesse qui émane de ce court roman, à travers la voix et le ton de Matthieu, n’est pas son unique qualité. Comment ne pas penser, à certains moments, aux livres de ce talentueux écrivain qu’est Michel Cosem, dont une large partie de la bibliographie est tournée vers la jeunesse ? Des romans tels que L’Enfant et la légende ou Émilie et la Dordogne contiennent ce souffle propre au jeune héros, ou à la jeune héroïne, qui va à la fois au-devant de lui-même et de l’inconnu, où le ressenti de sa chair n’est plus vraiment le même à la fin du voyage, où l’ambiguïté permanente entre réel et imaginaire, si caractéristique de cet âge, est savamment ménagée pour faire de l’aventure entière un poème.

Tels sont les éléments contenus dans ces Étranges nuits d’été, au titre déjà poétique et énigmatique – à travers l’illustration de couverture, l’art de Julia Wauters a su délicieusement exprimer l’envoûtement et la délicatesse de ces nuits.

Après, Raphaël Meltz (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 03 Avril 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Tripode

Après, Raphaël Meltz, éditions Le Tripode, janvier 2025, 133 pages, 16 € Edition: Le Tripode

 

Dur et doux deuil

Raphaël Meltz interroge l’énigme absolue et il l’interroge depuis un point de vue inédit.

L’auteur ôte la pesanteur, nous livre à l’onde, à ses mouvements, ses flux et nos fluctuations. Sans esbrouffe ni artifice, sans morale non plus. Lire Meltz enseigne au dur et doux du deuil !

L’énigme absolue dont il est question plus haut, l’avez-vous deviné, l’énigme de l’énigme, n’est autre que la mort.

Que de questions dans la question ? Non, non !

La mort, point c’est tout.

Celle occasionnée par l’accident archi con, au bout de la rue, vélo en carbone, un matin, frein droit qui pète, camionnette latérale. Point final.

Naissances buissonnières, Martine Lucchesi (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 03 Avril 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Naissances buissonnières, Martine Lucchesi, Editions du Retour, février 2025, 138 pages, 18 €

 

L’auteur, de milieu modeste, a neuf ans, en 1962, quand elle quitte, avec sa mère – dans la débâcle que l’on sait – l’Algérie (son père, partant plus tard, les laissera sans nouvelles dix-huit mois). Elle connaît depuis plusieurs années la guerre urbaine ; a eu, seule entre ses parents dissociés, toutes les terreurs et angoisses que son âge peut y ajouter ; la voici sur un pont de navire (d’Oran à Marseille) ouvrant à un militaire menaçant, à la place de sa mère apeurée, interdite, la malle – qui leur servait de siège – qu’il voulait contrôler, en… se chargeant soudain elle-même de la remise des clés, leur récupération, le retour au calme. Son corps en un instant « désenfanté », elle devient (et restera) – improvisant initiative, sang-froid et responsabilité –, sa propre mère. Elle saura désormais lancer les gestes de ce qui l’attend, et trouver les mots de ce qu’elle voit : elle ne conservera rien de sa première vie (« Egorgé après notre départ d’Algérie, le déménageur chargé d’expédier nos affaires a souvent alimenté mes cauchemars », p.26), et, de sa vie suivante, seulement les livres (qui ont été son passé vierge, sauf, impersonnel, réfractaire à l’Histoire, inexilable).

Des anges dans la neige (Snow Angels, 1994), Stewart O’Nan (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 02 Avril 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

Des anges dans la neige (Snow Angels, 1994), Stewart O’Nan, Éditions de l’Olivier, 2016, trad. américain, Suzanne V. Mayoux, 287 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Stewart O’Nan Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Il s’agit du premier roman de Stewart O’Nan et, déjà, les thèmes et la mélopée sombre de son œuvre murmurent tout au long du livre. O’Nan est, de tous les romanciers américains d’aujourd’hui, probablement le plus… américain. Ses sources plongent profondément dans la vie quotidienne de la middle class se tenant aux limites de la pauvreté matérielle et en plein dans la pauvreté culturelle. Le talent de O’Nan tient dans son regard empathique sur ses personnages et dans son écriture glissando, sur tous les tons de gris comme est la vie des gens dans ce livre.

Un coup de feu létal sonne le lever de rideau et le roman décortique les éléments qui ont mené au drame. Annie est morte et le roman est l’histoire d’une structure implacable des choses qui mènent à cette mort. Petites choses en apparence qui scandent la vie sans relief de la classe moyenne de l’une des provinces américaines les plus grises, la Pennsylvanie : amours, désamours, fâcheries, divorces.

La Ligne, Aharon Appelfeld (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 01 Avril 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), En Vitrine, Israël, Cette semaine

La Ligne, Aharon Appelfeld, Editions de L’Olivier, mars 2025, trad. hébreu, Valérie Zenatti, 172 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Erwin Ervin, c’est le prénom du personnage principal du livre, et le vrai prénom de l’auteur.

A bord de trains improbables, Erwin emprunte année après année le même circuit.

Quel est son métier, son emploi, sa quête ? Qui sont ses « associés », ses « collaborateurs » qui sont avec lui de loin ? Qui sont ses « concurrents » ? Quelles affaires se trament tout au long de ce parcours, toujours le même, qu’il refait, partant toujours le même jour de l’année ?

Des gares où presque tout a commencé : « C’est dans cette gare reculée que les Allemands nous ont conduits et abandonnés. (…) Mon étrange vie a commencé ce matin-là, et il me semble parfois que tout est figé dans ce matin. La mort comme la résurrection y sont ternes. Personne n’avait exprimé de joie. Tout le monde était pétrifié » (p.16).