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Les Livres

Bâiller devant Dieu, Journal, 1999-2010, Iñaki Uriarte (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 17 Janvier 2020. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Espagne, Séguier

Bâiller devant Dieu, Journal, 1999-2010, Iñaki Uriarte, octobre 2019, préface Frédéric Schiffter, trad. espagnol Carlos Pardo, 292 pages, 21 € Edition: Séguier

 

« L’autre soir, au dîner, j’ai semé le trouble. En affirmant que la grossièreté et l’incompétence de nombre de journalistes des pages culture ne seraient jamais admises au sein de la rubrique sportive du journal. Personne ne peut faire un papier sur un match de football sans y avoir assisté. Il serait immédiatement démasqué ».

Bâiller devant Dieu est le journal grinçant et amusé d’un moraliste qui ne prend rien très au sérieux, sauf Borges, son chat, et les plages de Benidorm. Iñaki Uriarte est un expert en étude de lui-même, qui sait que pour bien écrire, il faut bien se connaître. Il se fréquente, s’examine, se traque, de sa plage, de son lit ou d’un fauteuil où il sommeille, explore ses réactions et ses humeurs. Il n’est donc pas surprenant qu’il fréquente avec assiduité Montaigne, son maître en introspection : « Toute la gloire, que je prétends de ma vie, c’est de l’avoir vécue tranquille ».

Editions théâtrales : trois oeuvres (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Vendredi, 17 Janvier 2020. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

 

Corde. raide, Debbie Tucker Green, 2019, trad. E. Gaillot, B. Pélissier, K. Rivière, 96 pages, 12 €

Amsterdam, Maya Arad Yasur, 2019, trad. L. Sendrowicz, 72 pages, 12 €

Surprise parti, Faustine Noguès, 2019, 96 pages, 12 €

 

Comment devenir personnage

Pour cette nouvelle livraison de la collection Répertoire contemporain, les éditions Théâtrales publient trois textes de factures différentes mais qui posent tous en un sens la question transversale : comment le théâtre se met-il en relation avec les personnages ?

Le Train zéro, Iouri Bouïda (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 16 Janvier 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman, Gallimard

Le Train zéro, Iouri Bouïda, trad. russe Sophie Benech, 127 pages, 6,90 € Edition: Gallimard

 

Ce train Zéro, tout droit sorti de l’Enfer de l’Arc d’Héraclite, celui qui mène à l’inéluctable sort des hommes, vous hantera à jamais de ses bruits de ferraille, son souffle effroyable, son mystère vertigineux. D’où vient-il ? Où va-t-il ? Que transporte-t-il ? Qui le conduit ?

A la Station 9 de la Ligne, Ivan Ardabiev, surnommé Don Domino, veille, avec quelques personnes, à ce que le Train passe sans encombre, à l’heure dite « Ric-Rac » ! Il ne se pose pas de questions, il exécute les ordres venus « d’en-haut » parce que c’est l’ordre de la « Patrie ». Les gens qui vivent autour de la station 9 sont chrétiens, sont juifs, peu importe, ils sont d’abord très pauvres, très isolés et, peu à peu désespèrent et s’en vont. Le roman commence d’ailleurs de manière très drôle – on pense à une histoire russe célèbre :

« “Les Juifs s’en vont !” cria-t-il dans le vide sonore de la maison et, ayant attendu en vain une réponse, il retourna à la fenêtre. “Les Juifs s’en vont toujours. Il n’y a que des idiots comme nous pour rester !” ».

Sonnets du petit pays entraîné vers le Nord et autres jurassiques, Jean-Charles Vegliante (par Valérie T. Bravaccio)

Ecrit par Valérie T. Bravaccio , le Jeudi, 16 Janvier 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Sonnets du petit pays entraîné vers le Nord et autres jurassiques, Jean-Charles Vegliante, L’Atelier du Grand Tétras, mai 2019, 56 pages, 13 €

Livre d’une rare qualité d’impression, avec une couverture en papier Tintoretto 250 gr et des pages en vélin ivoire Palatina, relié en cahiers cousus, auprès des Presses de L’Atelier du Grand Tétras, pour y accueillir 9 encres de Véronique Cheanne (peintre qui travaille différents matériaux : cendres, enduits, pigments naturels, terre, encre et aquarelles). L’une d’entre elles est reproduite sur la couverture afin d’accompagner le titre du recueil de 21 poésies de Jean-Charles Vegliante, Sonnets du petit pays entraîné vers le nord et autres jurassiques.

Si la forme poétique très connue, le sonnet, est le lieu de l’expression du « je » poétique par excellence, néanmoins, le titre est énigmatique. Quels sont les référents pour « petit pays », « le nord », « jurassiques » ? D’autant plus qu’une présentation du poète est très succincte : « né à Rome, a vécu en Franche-Comté puis à Paris ». Sur la 4 de couverture, est mentionné « un exil […] reparcouru le long d’un arc temporel […] ».

Frankenstein ou Le Prométhée moderne, Mary Shelley (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 16 Janvier 2020. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Frankenstein ou Le Prométhée moderne, Mary Shelley, Gallimard, Folio Science-fiction, 2015, trad. anglais Alain Morvan, 326 pages, 4,60 €

 

Lisant Frankenstein ou Le Prométhée moderne, l’on est saisi. Il semble qu’écrivant, Mary Wollstonecraft Shelley (1797-1851) ait, douée de prescience, répondu à l’adage édicté par Christian Dotremont : « Il faut voler le feu sans perdre les braises ni les cendres, ni le froid pour lequel on l’allume, ni le froid vers lequel il disparaît ».

Il faut voler le feu. Sans perdre les braises. Ni les cendres. Ni le froid pour lequel on l’allume. Ni le froid vers lequel il disparaît. Éteignez la lumière avant de lire cet article ou, s’il fait jour, arrangez-vous pour être plongé dans la nuit. Dans une nuit seulement fracturée par la lumière de votre ordinateur ou de votre smartphone. C’est fait ? Il nous faut maintenant faire un détour (Jane Austen vous offre le voyage), assez long, pour comprendre (car c’est bien de cela qu’il s’agit) Frankenstein. Il est un moment particulièrement délicieux, dans L’Abbaye de Northanger*, dont le mécanisme déceptif (eu égard à l’horizon d’attente d’un lecteur féru de romans gothiques) est huilé par l’humour :