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La Une Livres

Archi/Design, Revue Critique n°891-892, Août-Septembre 2021 (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 10 Janvier 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Revues

Archi/Design, Revue Critique n°891-892, Août-Septembre 2021, 144 pages, 13,50 €

 

Du design comme vision du monde

Le sens courant du mot design est associé au monde de la consommation et à la production d’objets fonctionnels qui peuplent notre quotidien. En creusant quelque peu, la beauté et l’usage y sont en osmose, sans décoration superfétatoire. La forme de l’objet et son utilité s’accordent en harmonie, art et industrie n’y sont plus en opposition. Le design serait ainsi à la croisée des chemins qu’on pourrait croire indépendants et foncièrement dos à dos, comme la réflexion esthétique et la production de masse. L’intérêt de la livraison d’Août-Septembre de la Revue Critique, intitulée Archi/Design, est de parcourir toutes sortes de variations autour de ce terme de « design », de les approfondir, et de les mettre en perspective, notamment dans son dialogue avec l’architecture, ce qui rend ce numéro bienvenu et intéressant à découvrir.

Imagine une ville, Elise Hurst (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 07 Janvier 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse

Imagine une ville, Elise Hurst, Éditions D’Eux, novembre 2021, trad. anglais, Christiane Duchesne, 32 pages, 16 €

 

Lanterne magique

Elise Hurst, artiste australienne basée à Melbourne, signe une nouvelle fois un délicieux album jeunesse, de facture classique, à mi-chemin entre l’illustration du 19ème siècle et les aventures de Mary Poppins. La trame graphique est bicolore sur fond blanc cassé, au format de 24,1 x 30,4 cm. Les gardes sont ornées de nuages rouges et blancs traversés par de mystérieux sujets. La rupture avec le réel est consommée quand une jeune mère, sa fille et son fils vont se trouver face à des situations les plus incongrues. Des scènes fantastiques créées pleine page vont transporter les enfants à l’intérieur d’un environnement hors du commun et des péripéties poétiques et ésotériques. C’est alors que les époques, les lieux, les genres, les personnages se mélangent. Par exemple, dans le train à vapeur, un petit-déjeuner plantureux est servi par un garçon de café à la mise orientale, tandis que mère lapine lit les dernières dépêches.

Dans les braises d’Hervé Guibert, Maxime Dalle (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 06 Janvier 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Dans les braises d’Hervé Guibert, Maxime Dalle, éditions Louison, octobre 2021, 144 pages, 19 €

 

A la mémoire de Conrad Detrez et David Wojnarowicz

 

A quoi reconnaît-on un auteur important ? A la place qu’il occupe en son siècle, moins comme témoin que comme voix, petite musique, grincement, conscience malheureuse parfois ? A son monde, que l’on identifie en quelques lignes ? A sa langue et à son influence ? Aux pages insignifiantes qu’il s’est gardé de publier ? Hervé Guibert, mort du SIDA le 27 décembre 1991 à trente-six ans, fut un auteur important. Quiconque a eu vingt ans vers 1985, ayant ou non partagé ses préférences sensuelles, ayant été touché ou non, de près ou de loin, par la pandémie, ne peut être resté indifférent à ses livres et à sa trajectoire, exemplairement lumineuse et douloureuse.

A quoi reconnaît-on un livre important sur un auteur important ? A la manière dont il vous happe ; aux perspectives qu’il découvre. L’essai biographique de Maxime Dalle, Dans les braises d’Hervé Guibert, est un livre important.

Bouger les lignes, Florence Saint-Roch (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 06 Janvier 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Bouger les lignes, Florence Saint-Roch, L’Ail des ours, octobre 2021, 48 pages, Ill. Roselyne Sibille, 6 €

Ce livre tout consacré aux migrants d’une époque terrible nous demande, à nous lecteurs, de « bouger les lignes » de notre conscience.

À l’heure où tant de gens cherchent, par tous les moyens, de concevoir pour eux et leurs enfants une meilleure vie, à coups de voyages et d’errances, le poème peut, sans doute, apporter une sorte de salut, un brin de réflexion, une espèce de sauvegarde :

 

Notre solitude en croise d’autres

Le soir venu en lieux d’herbes et de taillis

On se réchauffe au même feu

Thé de fortune gruau épais

Nos pieds rendus à leur nudité (…) (p.33)

La Tencin, Femme immorale du 18e siècle, Claire Tencin (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 05 Janvier 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

La Tencin, Femme immorale du 18e siècle, Ardemment éditions, novembre 2020, 209 pages, 14 € . Ecrivain(s): Claire Tencin

 

« C’est à son nez que j’ai vu sa capacité à distinguer le vrai du faux. Ce flair qui distingue les fortes personnalités des plus faibles. La capacité à sentir d’instinct à qui on a affaire ».

« Il se dégage de son regard volatil l’enthousiasme d’un esprit agité et l’appétit d’un être que l’on a affamé de nourritures terrestres ».

Pour raconter la vie virevoltante de Claudine Alexandrine de Tencin, il faut se doter d’un style qu’il l’est tout autant. Pour se glisser dans la peau et les mots de La Tensin, il ne faut pas douter des forces de l’admiration. Premier acte de cette admiration : son identité, Claire Tencin s’est approprié le nom de cette salonnière de haute voltige, volé dans la tombe de l’Histoire où on t’a enfermée arbitrairement comme ton père t’avait enfermée. Nous sommes dans le cœur tremblant du XVIIIe, corps à cœur, où dans les lits et les salons se nouent intrigues, et jeux de pouvoir, la peau s’accorde au verbe, et Alexandrine de Tencin en fait ses Académies. Alexandrine de Tencin y noue des amours, et des amitiés, elle se lie, sans jamais y perdre sa liberté de mouvement, de verbe et de corps.