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La Une Livres

Châteaux de sable, Louis-Henri de La Rochefoucauld (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 25 Novembre 2021. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Robert Laffont

Châteaux de sable, Louis-Henri de La Rochefoucauld, août 2021, 256 pages, 19 € Edition: Robert Laffont

 

« Notre amicale de descendants de guillotinés triés sur le volet se réunissait trop rarement. Il aurait fallu se voir une fois par mois sans que personne ne le sache, dans des lieux secrets : le cimetière Picpus, un salon du Jockey Club, les jardins du château de Versailles, le sous-sol de la Chapelle expiatoire… ».

Le narrateur de ce roman virevoltant n’est autre qu’un descendant de La Rochefoucauld, un nom qui s’accorde avec l’Histoire de France, celle de l’Ancien Régime, avec ses sauts et soubresauts, ses passions et ses trahisons, ses mensonges et ses gloires. Difficile de passer à côté de l’Histoire lorsque l’on descend de La Rochefoucauld-Liancourt qui prévient Louis XVI de la prise de la Bastille. Difficile d’oublier son histoire lorsque l’on apprend que les La Rochefoucauld détiennent le record du nombre de morts sous la Révolution française, quatorze au total, de Pierre-Louis et François-Joseph, deux évêques, assassinés à la prison des Carmes, à Anne, guillotinée place de la Révolution – Nous avions payé cher le prix de l’agitation populaire. Le jacobinisme était-il un humanisme ? Vous avez quatre heures.

Respire, Victor Malzac (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 25 Novembre 2021. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Respire, Victor Malzac, éditions de La Crypte, 2020, 64 pages, 12 €

 

Respire de Victor Malzac est édité à la Crypte. Le Prix de la Crypte 2020 est attribué à un jeune poète né en 1997, intense, brillant. « Gilet rouge » dans un univers qui tremble, où il faut reprendre respiration. Rien de faux dans cette description.

 

« tôt dans la nuit je respire

la mer

et je converse avec – »

« les lumières de la ville font maintenant comme un carrefour

dans les nœuds crispés de ma conscience

maintenant libre – »

Contes philosophiques du monde entier, Jean-Claude Carrière (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 24 Novembre 2021. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Plon

Contes philosophiques du monde entier, Jean-Claude Carrière, août 2021, 384 pages, 12 € Edition: Plon

Feu Jean-Claude Carrière avait la passion des histoires, celles qui, sans aucunes distinctions géographiques ou temporelles, nous fondent, nous les humains, qui nous disent qui nous sommes de façon symbolique, qui nous incitent à nous poser des questions auxquelles il n’y a pas nécessairement de réponses – peut-être les plus intéressantes parmi les questions, soit dit en passant – un exemple ? Pourquoi j’aime telle personne – aucune réponse, aucune certitude, juste le sentiment. Il suffit pour se sentir humain.

Le présent recueil, dans sa première édition datant de 2008, était sous-titré Le Cercle des menteurs 2, et donc présenté comme une sorte de suite au recueil Le Cercle des menteurs, publié quant à lui en 1998. Des menteurs ? Non, des diseurs de vérités, ces vérités simples que la psychanalyse moderne a dévoyées – le plus bel exemple étant le supposé « complexe d’Œdipe », auquel aucun helléniste ne comprend rien puisque toutes les histoires, de celle de la famille des Labdacides à celle de Blanche-Neige ou même d’une petite fille devant échapper à l’emprise de sa grand-mère-loup, disent ceci : le parent a toujours tort de chercher à empêcher l’enfant de grandir, de lui échapper, de le dépasser, de prendre sa place, alors que telle est pourtant la destinée commune.

Éphémères, Annie Perec Moser (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 24 Novembre 2021. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Le Coudrier

Éphémères, novembre 2019, 74 pages, 18 € . Ecrivain(s): Annie Perec Moser Edition: Le Coudrier

 

Le titre Éphémères fait immédiatement référence dans notre esprit à des instantanés, à des photographies saisies par le regard de la poète. La photographie de la couverture, signée Damien Gatinel, laisse cependant présager que, par-delà le regard, se situe l’imaginaire. Et c’est bien ce qui nous attend dans ce recueil, où Annie Perec Moser affirme l’acuité de sa vision.

À la lecture de ses poèmes, dont la forme nous paraît dès l’abord traditionnelle, quelque chose nous interpelle pourtant, comme si la rime attendue ne venait pas, comme si nous avions été bernés par cette apparente tradition formelle. C’est cela, en vérité : la poète nous surprend l’air de rien, mais elle nous ouvre en même temps à une grande fluidité au sein de sa poésie. Il n’est parfois qu’à se laisser conduire par le courant ; mais c’est pour mieux être saisi à la fin : l’ingénuité de la jeunesse rencontre fréquemment la cruauté la plus perverse, comme le montre excellemment L’enfer, commençant par le vers : « J’aimerais coudre les nuages ».

Le petit fiancé, récits du Ghetto de New York Abraham Cahan (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 23 Novembre 2021. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Roman, Nouvelles, Zoe

Le petit fiancé (The Imported Bridegroom and Other Stories of The New York Ghetto, 1898), Abraham Cahan, traduit de l’américain par Isabelle Rozenbaumas, 177 pages Edition: Zoe

Un court roman et une courte novella nous plongent dans une tradition aussi ancienne que la culture juive d’Europe centrale : le conte, le récit imaginaire dans les faits mais qui plonge ses racines au plus profond de la réalité juive dans l’aventure de l’exil auquel l’antisémitisme l’a contrainte. Deux joyaux, disons-le d’entrée, d’une vie, d’un esprit, d’une ironie de chaque page, de chaque ligne, qui ne peuvent que réjouir pleinement le lecteur le plus exigeant.

Le Petit Fiancé est un chef-d’œuvre de condensation littéraire. Dans une économie de moyens stupéfiante, Cahan nous emmène dans une histoire qui, de New York à Pravly, et retour, concentre magistralement le destin des Juifs émigrés en Amérique à la fin du XIXème siècle. Le fait même d’inscrire cette histoire dans un aller-retour entre la modernité grandissante de la grande ville américaine et le bourg du pays d’origine, produit un effet saisissant non d’éloignement géographique mais temporel. Le vieux Azriel plonge dans le temps, dans sa mémoire – et dans celle de milliers d’émigrés - quand il redécouvre 35 ans plus tard les rues et ruelles de Pravly, stupéfait par l’exiguïté des lieux, rétrécis par les années passées dans les vastes avenues new-yorkaises.