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La Une Livres

Penser le communisme, Thierry Wolton (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 28 Février 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Grasset

Penser le communisme, Thierry Wolton, octobre 2021, 276 pages, 20,90 € Edition: Grasset

 

On doit à Thierry Wolton une Histoire mondiale du communisme, en trois forts volumes, véritable somme sur cette idéologie qui assombrit un siècle que certains, et non des moindres, annonçaient glorieux (on s’édifiera en relisant la section « Vingtième siècle » de la Légende des siècles : « Comme une éruption de folie et de joie, / Quand, après six mille ans dans la fatale voie, / Défaite brusquement par l’invisible main, / La pesanteur, liée au pied du genre humain, / Se brisa ; cette chaîne était toutes les chaînes ! / Tout s’envola dans l’homme, et les fureurs, les haines, / Les chimères, la force évanouie enfin, / L’ignorance et l’erreur, la misère et la faim, / Le droit divin des rois, les faux dieux juifs ou guèbres »). Si monstrueux fût-il, le nazisme (qui se revendiquait également du socialisme) dura douze ans et disparut sous les bombes. Ses principaux dirigeants se firent justice, furent exécutés ou allèrent se tapir en Amérique du Sud et plus personne n’ose s’en revendiquer publiquement. Le communisme, en revanche, paraît se porter aussi bien que possible.

Ainsi parlait Montaigne, Dits et maximes de vie, Gérard Pfister (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 28 Février 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Anthologie, Arfuyen

Ainsi parlait Montaigne, Dits et maximes de vie, janvier 2022, 192 pages, 14 € . Ecrivain(s): Gérard Pfister Edition: Arfuyen

 

L’italianisme de Montaigne

Il est des collections que des éditeurs cultivent avec exigence et méthode qui méritent tout notre intérêt. Celle des « Ainsi parlait… » des Editions Arfuyen en fait partie, elle qui rassemble les « dits et maximes » des auteurs qui ont marqué de leurs empreintes la réflexion ou la richesse de sensibilité dont l’humanité est capable. Ces ouvrages ont valeur d’initiation mais aussi d’éclairage et de révélation sur un auteur qu’on pense parfois bien connaître. Ainsi de Montaigne, dont les maximes de vie ont été choisies et présentées par Gérard Pfister. Une des grandes originalités de ce petit ouvrage (par son format) est de montrer l’importance du voyage en Italie que fit Montaigne dans les années 1580-81. Outre la culture antique dont il est pétri, c’est de l’influence italienne dont il est question ici.

La mort sur ses épaules, Jordan Farmer (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 18 Février 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Polars, Roman, Rivages/noir

La mort sur ses épaules, Jordan Farmer, janvier 2022, trad. anglais (USA) Simon Baril, 350 pages, 20 € Edition: Rivages/noir

 

La coopération entraîne a fortiori l’assistance, mais elle est bien plus et, par conséquent, autre chose que l’assistance

(Eugène Trébutien, Cours élémentaire de droit criminel, Paris, Auguste Durand, 1854)

 

Les récidivistes

Dans La mort sur ses épaules, il ne reste presque plus rien de l’American way of life et du Home, Sweet Home (Foyer, doux foyer). Seulement un paysage sinistré et apocalyptique de l’arrière-pays américain et de ses laissés-pour-compte. Le boom économique des années 60 a fait place à une misère innommable à Lynch, petite ville d’un état enclavé et montagneux de la Virginie-Occidentale, dont la principale ressource venait des mines de charbon bitumeux, jadis un fief du mouvement ouvrier.

« Les mines fermaient les unes après les autres et (…) dans dix ans, on ne verrait plus la moindre voiture par ici. La forêt reprendrait ses droits et recouvrerait l’asphalte ».

S’il fallut un jour la guerre, Anne Brousseau (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 18 Février 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

S’il fallut un jour la guerre, Anne Brousseau, éd. La Tête à L’envers, décembre 2021, 58 pages, 15 €

 

Un soldat rentre des combats. Chez lui. Il y retrouve sa maison, sa femme, son jardin. Il doit s’épouiller de toute la noirceur qu’il a vécue. Il doit apprivoiser et ensuite « supprimer » l’autre de lui-même, son « soldat fou », sa facette guerrière.

Dans un aller-retour splendide de justesse entre l’intérieur de la maison (et l’intériorité du combat conscient de cet homme) et le jardin, se joue toute la littérature, la lucide compréhension d’une déchirure qui scinde cet homme fragilisé en deux, celui qui aspire à la paix et l’autre, blessé, qu’il faut enfouir.

La poète multiplie les images de douceur et les doutes (les scènes passées). L’homme veut redécouvrir son corps fait pour l’amour, son corps debout pour aimer, sa sensualité, son enfance perdue. C’est un homme en quête de soi, lucide et conscient, « il a mené une guerre comme tant d’autres », « il ne se reconnaît pas lui-même », il sait que « chaque bataille est une folie ».

Ainsi parlait Montaigne, Dits et maximes de vie choisis et présentés par Gérard Pfister (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 16 Février 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Arfuyen

Ainsi parlait Montaigne, Dits et maximes de vie, janvier 2022, 192 pages, 14 € . Ecrivain(s): Gérard Pfister Edition: Arfuyen

 

Le titre de l’œuvre de Montaigne (Les Essais) a, on le sait, inauguré le sens du genre littéraire essai (réflexion personnelle et libre sur un ou plusieurs thèmes croisés intéressant la vie des hommes). Et ce qu’essaie Montaigne, ce n’est ni « penser pour penser », ni non plus simplement « penser pour voir » (pour un hasard fécond d’enchaînement d’idées), mais bien : penser pour voir ce que ça changerait à vivre. « Et si l’effort de juger autrement pouvait nous aider à être ? », semble-il se demander toujours, nous conviant à nous en assurer. Et le miracle a lieu : en sollicitant constamment l’expérience de la vie (de la sienne et de celles dont il fut partie prenante, témoin, ou lecteur ), l’intelligence même de la vie se fait soudain transmissible.

Mon prof de Terminale disait carrément que Montaigne avait inventé la prose, Descartes la pensée, et Pascal la langue françaises. La prose, telle qu’il la parle en en parlant, c’est sûr :

« Le parler que j’aime, c’est un parler simple et naïf, pareil sur le papier qu’à la bouche ; un parler succulent et nerveux, court et serré, non pas tant délicat et peigné que véhément et brusque » (86).