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La pierre et l’ombre, Burhan Sönmez (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 11 Janvier 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Roman, Gallimard

La pierre et l’ombre, Burhan Sönmez, Gallimard, novembre 2023, trad. turc, Julien Lapeyre de Cabanes, 432 pages, 25 € . Ecrivain(s): Burhan Sönmez Edition: Gallimard

 

Burhan Sönmez est un écrivain kurde écrivant en turc. Il a joué un rôle important dans la défense de l’écrivaine Asli Erdoğan, exilée de son pays pour cause de dissidence et de censure. Il a été également président de Pen International, association en charge de défense des droits des écrivains à l’échelle internationale. Son roman Maudit soit l’espoir explorait les aspects sombres de l’âme humaine, et l’avait révélé au public en Occident.

Le point de départ du roman La pierre et l’ombre est la description de la vie d’un certain Avdo. Il est marbrier, fabrique des pierres tombales, habite sur le site du cimetière où il officie. Il aime son métier et n’est nullement effrayé par la nature de son activité : « Son métier de marbrier de pierres tombales n’a rien de morbide, au contraire ».

Par une nuit glacée, Avdo recueille une petite fille apeurée, elle se nomme Rehan, elle est apparemment en fuite. Pour quelles raisons ?

Le grand sommeil (The Big Sleep), Raymond Chandler (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 10 Janvier 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Polars, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Le grand sommeil (The Big Sleep), Raymond Chandler, Folio Policier, 1998, trad. américain, Boris Vian, 332 pages Edition: Folio (Gallimard)

 

Le grand sommeil est un des moments fondateurs d’un genre qui va engendrer un véritable espace littéraire, peuplé de milliers, de dizaines de milliers d’ouvrages, plus ou moins grands, plus ou moins nuls, mais dont la paternité peut toujours – peu ou prou – revenir à Raymond Chandler. Ici, dans cet ouvrage, sont bâtis les piliers de la cathédrale du roman noir, tous ses codes, ses figures, son univers, ses passions vénéneuses. Philip Marlowe, le détective privé pour l’éternité, est le géniteur d’un monde qu’il met à nu, celui du Los Angeles des années 40, peuplé par ses stars de cinéma, ses gangsters et ses milliardaires, sa faune humaine sulfureuse, métaphore urbaine d’une Amérique éternellement scandée par le rêve et le cauchemar. Seul Dashiell Hammett peut prétendre à être l’autre grand bâtisseur de cathédrale.

La Terre plate, Généalogie d’une idée fausse, Violaine Giacomotto-Charra, Sylvie Nony (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 09 Janvier 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Folio (Gallimard)

La Terre plate, Généalogie d’une idée fausse, Violaine Giacomotto-Charra, Sylvie Nony, Folio histoire, septembre 2023, 320 pages, 9,20 € Edition: Folio (Gallimard)

L’idée est répandue et même fermement ancrée dans les croyances contemporaines : le Moyen Âge est une période obscurantiste, durant laquelle l’Église a systématiquement renié tout savoir scientifique antique, en particulier concernant la cosmographie et la géographie, et il a ainsi fallu Christophe Colomb et Galilée pour que la notion d’une Terre sphérique soit à nouveau acceptée voire connue. Cette idée, Giacomotto-Charra et Nony la battent en brèche et montrent sa généalogie, genèse et histoire, en un bref essai aussi bien documenté qu’organisé et clair, même pour le lecteur néophyte.

La première partie de La Terre plate propose un voyage, de l’Antiquité au début du XVIIe siècle, voyage au cours duquel le lecteur découvre une myriade d’auteurs et de textes auxquels les autrices font dire ce qu’ils disent exactement : oui, la Terre est une sphère. Les rares voix s’érigeant en faux (les célèbres Lactance et Cosmas, dont les tenants d’un Moyen Âge ignare feront leur beurre bien que ces deux auteurs soient intellectuellement minoritaires) sont bien sûr mentionnées, puisque l’honnêteté intellectuelle est ici de rigueur, mais surtout des nuances importantes sont apportées.

La petite différence et ses grandes conséquences, Alice Schwarzer (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 09 Janvier 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Langue allemande, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

La petite différence et ses grandes conséquences, Alice Schwarzer, éditions Des femmes Antoinette Fouque, octobre 2023, trad. allemand, Marthe Wendt, Leslie Gaspar, nouvelle préface traduite en allemand, Anne-Charlotte Chasset, 298 pages, 9 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

 

Article 16. Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution. La constitution est nulle si la majorité des individus qui composent la Nation n’a pas coopéré à sa rédaction (Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenneté, 1791).

 

Contraintes et résignation du rôle féminin

La petite différence et ses grandes conséquences d’Alice Schwarzer (née en 1942 à Wuppertal, journaliste, l’une des féministes allemandes les plus reconnues) est un texte militant. L’ouvrage, réédité, fut un best-seller dans les années 1970 et traduit en plusieurs langues.

Le Tigre Absence, Cristina Campo (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 08 Janvier 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, En Vitrine, Arfuyen, Cette semaine

Le Tigre Absence, Cristina Campo, éd. Arfuyen, Coll. Neige, trad. italien, Monique Baccelli, novembre 2023, 132 pages, 15 € Edition: Arfuyen

 

Hauteur

Le mot Hauteur m’est venu assez vite pour qualifier en propre comme au figuré cette poésie d’une grande force d’ascèse, qui trouve son expression dans une langue très retenue, mais sans formalisme, donc laissée vivante aux yeux du lecteur. Cristina Campo mêle à son poème quelque chose d’inouï, et que l’on pourrait traiter de sublime (si ce mot a encore une valeur intellectuelle), une poésie qui se justifie par sa rencontre avec l’essence de l’écriture. La poète circule presque avec pudeur dans son monde, son univers, son imaginaire, lesquels sont composés de figures dansées, espèce de ballet linguistique très organisé et ne laissant place à aucune erreur, aucun faux-pas (il faut donc faire confiance à la traductrice qui a restitué en français ces textes depuis l’italien). Textes de l’épure, plume aussi retenue que celle d’Emily Dickinson, emplis d’une spiritualité sans emphase. Voilà pour l’ordre d’idée auquel nous convie cette littérature, simplicité non affectée, peuplée du petit dieu ailé de l’opportunité du Kairos qui surgit çà et là, témoin d’une activité de création toujours en mouvement.