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Le Désert des Tartares (Il deserto dei Tartari, 1940), Dino Buzzati (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 24 Janvier 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Pocket, En Vitrine, Italie

Le Désert des Tartares (Il deserto dei Tartari, 1940), Dino Buzzati, Editions Pocket, 2004, trad. italien, Michel Arnaud, 267 pages Edition: Pocket

 

C’est avec Le Désert des Tartares, publié en 1940, que Dino Buzzati devint un écrivain majeur, en Italie et dans le monde. Ce qui a fasciné – et fascine encore – les lecteurs est ce monument d’immobilité et d’intemporalité que l’auteur a bâti autour d’une attente qui, bien que palpable au quotidien, semble proche d’un univers onirique. Si le rêve est déplacement, condensation et métaphore, celui de Giovanni Drogo, le jeune sous-lieutenant est immuabilité, dilatation et réalisme. De quelle attente s’agit-il ? D’un possible (probable ?) assaut à venir des Tartares contre la forteresse qu’il défend ? La courbe narrative du roman nous laisse plutôt penser à la seule attente qui compte dans une vie : celle de la mort, faisant ainsi de ce roman une métaphore de la condition humaine.

La Louve de Kharkov, Jean-Louis Bachelet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 23 Janvier 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

La Louve de Kharkov, Jean-Louis Bachelet, éditions Les Provinciales, octobre 2023, 188 pages, 18 €

 

Dans une page célèbre de sa Poétique, Aristote opposait l’histoire – qui raconte des choses s’étant réellement produites et dit, ou cherche à dire, la vérité, à la poésie, qui conte des histoires inventées. Il n’y a de prime abord rien d’original dans cette opposition, sur laquelle Platon s’était fondé pour exclure les poètes (c’est-à-dire les artistes) de sa Cité idéale, sauf qu’Aristote en déduisait la supériorité paradoxale de la poésie – donc de la fiction – sur l’histoire – donc la réalité ou ce qui passe pour tel : « […] la différence entre l’historien et le poète ne vient pas du fait que l’un s’exprime en vers ou l’autre en prose (on pourrait mettre l’œuvre d’Hérodote en vers, et elle n’en serait pas moins de l’histoire en vers qu’en prose) ; mais elle vient de ce fait que l’un dit ce qui a eu lieu, l’autre ce à quoi l’on peut s’attendre. Voilà pourquoi la poésie est une chose plus philosophique et plus noble que l’histoire : la poésie dit plutôt le général, l’histoire le particulier » (Poétique, chapitre IX, traduction de Michel Magnien).

A chacun son rythme, Petite philosophie du tempo à soi, Aliocha Wald Lasowski (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Lundi, 22 Janvier 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Le Pommier éditions

A chacun son rythme, Petite philosophie du tempo à soi, Aliocha Wald Lasowski, éditions Le Pommier, avril 2023, 237 pages, 20 € Edition: Le Pommier éditions

Face à l’impératif catégorique des algorithmes et des cadences infernales de la société moderne, créer son propre rythme, son « allorythme », pour reprendre les mots d’Aliocha Wald Lasowski est aujourd’hui plus que nécessaire : c’est vital. Oui, l’individu doit mettre en place des contre-rythmes, pour résister au sentiment d’absurdité si bien décrit par Albert Camus.

Cet essai prolixe et original met en évidence la place du rythme dans nos vies, qui va de notre rapport aux autres, à la nature et même à l’univers. Il mêle à la fois des théories philosophiques, scientifiques, économiques, artistiques, musicales, le tout avec poésie. Le rhuthmos au sens platonicien permet de penser la place de l’être humain dans le cosmos. Le rythme n’est pas anodin, il est question de notre rapport au monde et de l’harmonie que l’on cocrée avec la symphonie du monde. Dans le rythme, nous avons à la fois de la poésie et de la philosophie, une façon de réfléchir et sentir notre « logos poétique ». Le poète lyrique, Archiloque, emploie le mot rythme (rythmos) pour le relier à la recherche d’un équilibre moral et physique.

L’Ambition, Les trafiquants d’éternité, Amélie de Bourbon Parme (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 18 Janvier 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

L’Ambition, Les trafiquants d’éternité, Amélie de Bourbon Parme, Gallimard, juin 2023, 512 pages, 23 € Edition: Gallimard

 

« Je n’ai renoncé à rien. Ni au pouvoir ni à la richesse ni au savoir, ni à la beauté. Ni à l’amour, ni à ma charge. J’ai laissé à d’autres le soin d’être irréprochables et la folie des regrets » (Novembre 1549).

« Chaque semaine, Laurent payant sa pension au philosophe. En échange, Laurent recevait de lui un manuscrit rare. Voyant ce troc s’effectuer sous ses yeux, Alessandro était convaincu d’assister au véritable marchandage qui faisait le succès des Médicis : celui de la pensée contre l’argent, des idées contre le pouvoir, de la connaissance contre l’autorité » (Fin de l’hiver 1486-1487).

L’Ambition est celle d’Alessandro Farnese, une ambition chevillée au corps et à l’âme, il deviendra cardinal, puis Paul III, le 220e Pape de l’Histoire de la Chrétienté. Mais ne brûlons pas les étapes, donnons le Temps au roman d’Amélie de Bourbon Parme, pour qu’il se déploie, et il se déploie avec force, finesse et justesse.

Robinson Crusoé, Daniel Defoe (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 17 Janvier 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman, Le Livre de Poche

Robinson Crusoé, Daniel Defoe, Le Livre de Poche, trad. Petrus Borel, 370 pages, 5,20 € . Ecrivain(s): Daniel Defoe Edition: Le Livre de Poche

Moi, pauvre misérable Robinson Crusoé, après avoir fait naufrage au large durant une horrible tempête, tout l’équipage étant noyé, moi-même étant à demi mort, j’aborde à cette île infortunée, que je nommai l’Ile du désespoir ;

 

Il est parfois des héros romanesques ou poétiques qui s’évadent du seul territoire de la littérature pour entrer de plain-pied dans l’imaginaire collectif, devenant ainsi mythème, élément d’élaboration d’une mythologie d’une partie du monde. Emma Bovary, Jean Valjean, Hamlet, Tristan et Yseut, pour n’en citer que quelques-uns. Robinson Crusoé en fait évidemment partie, d’une façon particulièrement éclatante : il est même entré dans les vocabulaires occidentaux. Un robinson, une robinsonnade, robinsonner dit-on pour désigner ce qui a trait à la solitude dans la nature, l’ermitage absolu. C’est dire bien sûr à quel point Robinson est un héros fabuleux mais c’est dire aussi à quel point il est réduit à une seule dimension, le naufrage-la solitude-la survie, qui est loin d’être ni la seule, ni la plus importante.