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Les Dossiers

Un critique littéraire singulier à l'aurore du XXème siècle : Alfred Jarry (1/3)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 24 Janvier 2013. , dans Les Dossiers, Etudes, La Une CED

 

Comme l’écrit Julien Schuh, « [l]a première période de l’écriture de Jarry », qui correspond à « la première moitié » de sa vie d’écrivain, de 1893 à 1899, « peut être analysée comme une forme de quête de l’absolu littéraire : dans le sillage du décadentisme et du symbolisme, et sous l’égide de Remy de Gourmont, Jarry livre des ouvrages d’une obscurité calculée, synthèses voulues de son univers, prétendument libérées des contingences » (1). Cette « obscurité calculée » s’inscrit pleinement dans la mouvance du « rêve mallarméen du livre », rêve qui correspond à toute une époque, étant ontologiquement relié au symbolisme.

Ce rêve est, comme le note Bertrand Marchal, « d’abord un rêve narcissique d’identité absolue, le rêve d’un livre […] total qui enferme dans sa plénitude jalouse, comme les missels à fermoir ou les grimoires des alchimistes, la plénitude du sens » (2). Et cette plénitude du sens ne doit pas être octroyée à quiconque. Pour Jarry comme pour Mallarmé, la lecture est vue comme « un viol » (3). Et, de fait, l’œuvre est « livr[ée] » à la « subjectivité » perçue comme « parasite » (4) du lecteur.

Le pertuis, quelques propos sur "Consens à n'être rien", Marie de la Trinité

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 21 Janvier 2013. , dans Les Dossiers, La Une CED

 

"Consens à n'être rien" Carnets 1936-1942

de Marie de la Trinité, ed. Arfuyen, 2002, 15 euros

 

Comment écrire quelques mots sur ce livre, qui est dans ma bibliothèque depuis plusieurs années, et qui, à mon sens, est de la même importance pour la vie de l'esprit que les écrits de Maître Eckhart, pour la langue française. Il n'est pas inutile, d'ailleurs, que je parle de la langue française car, la question de la langue est très importante ici. En effet ces carnets sont en quelque sorte un livre de dialogue, en même temps qu'une interrogation intérieure. Car Marie de la Trinité est une mystique complexe et très particulière par la manière dont elle aborde le divin, puisqu'il lui prête parole, et la transmet avec une langue concise et nette. On peut dire qu'il est difficile de qualifier avec une grande science ces apophtegmes, dans la mesure où la femme, dans cette communication extatique, converse directement avec le divin et les puissances de verbe.

André Kertész et Ludovic Degroote : le geste impossible du souvenir

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 11 Janvier 2013. , dans Les Dossiers, Etudes, La Une CED

 

 

A l’occasion de la parution de Monologue de Ludovic Degroote aux éditions Champ Vallon, collection Recueil, octobre 2012, 97 pages, 11,50 €

 

Octobre 1977. Le photographe André Kertész perd sa femme Élisabeth, qu’il a rencontrée près de soixante ans auparavant. Il va faire l’utilisation du Polaroid SX-70, explorant « les possibilités intimistes offertes par ce procédé novateur, très éloigné de la pratique classique : petit format carré (8 x 8 cm), en couleurs, développement immédiat et production d’une vue unique, sans négatif », comme le soulignent Annie-Laure Wanaverbecq et Michel Frizot.

Parallèlement, il découvre dans une vitrine un buste en verre qui l’intrigue. Suite à trois mois d’hésitation, il l’achète.

Promenade informelle dans le verbe de René Char

, le Jeudi, 10 Janvier 2013. , dans Les Dossiers, Etudes, La Une CED

 

L’espoir de ce récit et des réflexions qui le prolongent n’est évidemment pas d’apprendre quoi que ce soit aux familiers de la poésie de René Char (toujours susceptibles de m’en faire eux-mêmes découvrir quelque recoin), mais plutôt de m’adresser à ses lecteurs occasionnels. Je fais l’hypothèse qu’il s’en trouve d’intimidés par une langue sans concession et un lien pouvant être perçu comme difficile à faire entre la hauteur de visées énoncées sous une forme proche de fragments présocratiques et une sensualité omniprésente, et envoûtante. L’angle sous lequel je leur propose de m’y accompagner n’est qu’une entrée possible parmi de nombreuses autres, que j’ai d’abord voulue facile à emprunter.

 

Une chaude après-midi de l’arrière-saison, en Vaucluse ; nous étions allés déjeuner chez un couple d’amis. L’enclave d’Apt se resserrait sur elle-même sous un soleil qui la criblait, et avant de reprendre la route vers notre Sorgue, ma femme exprima le désir d’une promenade.

Cette fois, l’habituelle question-couperet « Où va-t-on ? » ne s’abattit pas sur notre communion en même temps que le claquement des portières.

Les échanges intellectuels Béjaïa-Tlemcen

Ecrit par Nadia Agsous , le Lundi, 07 Janvier 2013. , dans Les Dossiers, La Une CED, Documents

 

Même si les deux « perles du Maghreb », Béjaïa la Sanhajie et Tlemcen la Zenète, sont réputées avoir entretenu des relations politiques conflictuelles en raison de leur « situation géostratégique », il est cependant prouvé qu’elles ont eu des échanges culturel, scientifique, intellectuel et musical. Ces derniers ont favorisé « la constitution d’une tradition scientifique médiévale au Maghreb ».

C’est ce à quoi s’attache le beau livre Les Echanges Intellectuels Béjaïa-Tlemcen, réalisé à l’occasion de la manifestation culturelle : Tlemcen, Capitale de la culture islamique 2011.

Agrémenté de documents iconographiques de période étudiée, l’ouvrage regroupe dix-sept contributions d’universitaires algériens, français, espagnols et italiens. Structuré en cinq parties, il éclaire sur la nature des liens et des échanges entre Béjaïa et Tlemcen du XIIe siècle au XXe siècle.

Aux XIe et XIIIe siècles, des Tlemceniens ont séjourné à Bougie. Ils y ont étudié et/ou enseigné. D’autres ont occupé des fonctions administratives et/ou juridiques importantes. Abdelaziz b. Makhluf (1202-1286) était Cadi (juge de paix) à Bougie et fit la connaissance de savants tels que le bio-bibliographe, al-Gubrini (m. 1315) et al-Hirrali, « l’imam du Tassawuf » (soufisme), (m. 1240).