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Les Chroniques

Le Maître de Ballantrae, Robert Louis Stevenson, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 12 Décembre 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

Le Maître de Ballantrae, Robert Louis Stevenson, Gallimard/Folio, juin 2000, trad. anglais Alain Jumeau, 368 pages, 7,20 €

 

Un topos facile : dans l’œuvre de Robert Louis Stevenson (1850-1894) éclate une fascination certaine pour le mal, pour la part sombre de l’âme humaine, et voilà que s’embraye une lecture psychologisante s’appuyant sur la biographie de l’auteur, à toute fin utile, et voilà qu’un thésard s’en tire avec les honneurs, et voilà qu’un éditeur peut participer à la déforestation et encombrer les librairies. Certes, tout cela est bien beau, mais c’est faux.

Stevenson n’éprouve pas de fascination pour le mal ; il montre un homme complexe qui peine à s’avouer ses zones d’ombre, et il refuse de l’en juger. Car au fond, qu’est Mister Hyde si ce n’est un Docteur Jekyll sans surmoi, puisque tout lecteur attentif de la nouvelle les concernant aura constaté que le second possède en fait des caractéristiques (a)morales présentes chez le premier, mais décuplées, mais centuplées, et dépourvues de tout vernis de bienséance ?

Daniel Mesguich, Estuaires, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 08 Décembre 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

Daniel Mesguich, Estuaires, annotation et postface de Stella Spriet, Gallimard, collection Hors série Littérature, 2017

Daniel Mesguich a raison lorsqu’il écrit : « […] d’une manière générale, je tiens que nul, pour écrire, n’a besoin jamais d’autorisation, si ce n’est celle de sa force propre et de son désir […] ». En témoigne cette somme passionnante, qui émane d’un homme de théâtre érudit – par amour et non par devoir –, où les approximations sont fort peu nombreuses. L’on se souvient des cours au Collège de France (en 2007 et 2008) de Michael Edwards, réunis sous le titre Shakespeare, le poète au théâtre chez Fayard, et plus précisément de ce passage : « Nous pensons d’abord à la signification des mots, mais nous savons qu’un poète est conscient en même temps, et sans qu’il y ait deux actes séparés de l’intellect, de tout ce que dit le langage et du corps invisible où ce dire se meut, dans des sons et des rythmes qui animent la bouche et que l’oreille savoure ». S’intéressant avec raison, en homme de théâtre accompli, à ces sons et à ces rythmes, Daniel Mesguich écrit : « […] les mots, on le sait, peuvent aussi bien tuer que les épées : que serait sinon, d’ailleurs, ce poison versé dans l’oreille, dont meurt Hamlet-père ?… La preuve ? Essayez de prononcer rapidement : “words, words, words”, vous comprenez vite que vous êtes en train de dire “sword, sword, sword”, épée, épée, épée ». C’est aller vite en besogne et oublier que words et sword offrent des sonorités bien différentes. Mais c’est là détail, et, c’est bien connu, le diable se cache dans les détails.

Le Journal de MCDem (2), par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 08 Décembre 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Jeudi 9 novembre 2017

 

Trilobite (j’y reviens) : un crustacé de l’époque primaire. La carapace de ce large « mille pattes » portant casque est justement nommée, puisque son corps se divise longitudinalement en trois parties : tête, thorax et pygidium. Les trilobites, qui constituent une classe d’arthropodes marins du Paléozoïque, ont disparu il y a deux cent cinquante millions d’années (250 MA). Si tous les fossiles ne sont pas des trilobites, tous les trilobites sont des fossiles.

 

Si l’alcool peut rendre d’humeur triste, l’Écriture demeure euphorique – en dépit de la dépression post-scripturale, celle qui tombe après l’acte, réelle.

PVC, « Plateau virtuel club », par Marie du Crest

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 07 Décembre 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Radio Clapas 93.5 Montpellier, « Culture et Citoyenneté », propose en collaboration avec les Editions Espace 34 une série d’émissions autour d’un texte d’auteur de théâtre contemporain. Il s’agit de la retransmission d’un travail avec de jeunes comédiens de l’ENSAD à partir d’extraits de l’œuvre retenue, complétée par un entretien avec l’auteur.

PVC, « Plateau virtuel club », est animé par Marie Reverdy. La première émission (le 3 novembre 2017) est consacrée à Neverland de David Léon, publié en 2017. L’auteur ici se fait metteur en voix, conseillant les jeunes interprètes.

Voix blanche / voix noire

Je « podcaste » aujourd’hui. Désormais la radio se joue du temps : elle s’écoute en direct et se réécoute au gré de nos moments de liberté. C’était donc, il y a quelques jours, dans le studio de radio Clapas à Montpellier. Je l’ai déjà écrit ailleurs, la radio et le théâtre ont depuis longtemps entretenu des relations précieuses : la pièce radiophonique étant comme la création la plus remarquée de cette connivence. La radio et le théâtre sont affaire de voix, de textes.

Eugénie Grandet, Honoré de Balzac, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 05 Décembre 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

Eugénie Grandet, Honoré de Balzac, Folio Classique, mai 2016, édition de Jacques Noiray, 384 pages, 3 €

 

 

Ce que je voudrais, dans ces quelques lignes, ce n’est pas abaisser Balzac à la modernité, comme l’a fait le pauvre Rochefort avec Flaubert dans une pathétique vidéo où il résume Madame Bovary à destination des non-lisants ; non, ce que je voudrais, modestement, avec maladresse, c’est élever la modernité à Balzac, la confronter à lui. Je voudrais m’écarter de tout ce que j’ai appris à l’université, et depuis, à force de lectures, de préparations de cours, d’une vie d’intellectuel, ne pas par exemple m’appesantir sur la structure de la Comédie Humaine, et ainsi oublier qu’il est question quelque part dans Eugénie Grandet d’une soirée chez Nucingen ; je voudrais faire ressentir Eugénie Grandet, mon roman favori de Balzac avec Illusions Perdues, dire la chance que c’est d’être tenu par l’actualité éditoriale de m’y replonger, d’en goûter les virulences et les partager.