La tournure, Malgré que, est récurrente. Ça pourrait ressembler à une faute d’orthographe ou une maladresse, deux mots sur une ligne alors que ce sont des milliers d’éclats qui sont projetés sur la feuille. Sur la face. Des jets de flammes par milliers qui sortent de la Terre. Le son, l’odeur. Les lanières de lumière blanche dans le ciel, entre 1914 et 1918.
J’ai écouté la voix de Louis Barthas et sans faillir, son visage sur ma table de chevet que j’ai regardé pendant trois semaines, j’ai pleuré. Trois semaines, quatre années de mobilisation, six permissions.
Louis Barthas est né un 14 juillet. Le symbole. Il a trente-cinq ans en 1914. Il est marié, il a deux garçons âgés de six et huit ans. Militant socialiste, syndicaliste, antimilitariste, anticlérical mais sans excès, il est tonnelier dans un village de l’Aube, Peyriac-Minervois. Il est mobilisé au 280e d’infanterie, basé à Narbonne. Il est nommé caporal.