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Récits

Je voudrais leur demander pardon, mais ils ne sont plus là, Mikolaj Grynberg (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 01 Décembre 2023. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud

Je voudrais leur demander pardon, mais ils ne sont plus là, Mikolaj Grynberg, Actes Sud, septembre 2023, trad. polonais, Margot Carlier, 175 pages, 19,50 € Edition: Actes Sud

 

Mikolaj Grynberg est l’auteur de plusieurs livres consacrés à l’héritage de la Shoah dans l’histoire polonaise et européenne, mais ils n’ont malheureusement pas été traduits en français. La traduction éditée par Actes Sud, de l’ouvrage intitulé Je voudrais leur demander pardon mais ils ne sont plus là, vient combler cette lacune. Le récit s’organise autour de témoignages confiés à l’auteur par des amis : ils ont tous en commun d’être juifs et relatent leurs expériences passées et présentes de leur vie en Pologne. Le mode d’expression générale employé est laconique, dénué de la moindre emphase. On pense parfois à la déposition à la barre d’un procès imaginaire d’une série de témoins. Chaque témoignage porte un titre, souvent très court, et ne dépasse jamais trois ou quatre pages. Ainsi, dans LE BAZAR, évoque-t-on la question d’être juif ou ne pas l’être. Après avoir passé en revue le poids des préjugés antisémites, l’impossibilité d’échapper à ses origines aux yeux des autres, l’auteur conclut avec une grande amertume : « Je pense que mieux vaut ne pas être juif. D’ailleurs, vous voyez bien que personne ne se presse pour le devenir. Non, il n’y a pas de file d’attente ».

À pied d’œuvre, Franck Courtès (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 23 Novembre 2023. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

À pied d’œuvre, Franck Courtès, Gallimard, août 2023, 192 pages, 18,50 € Edition: Gallimard

 

 

Le choix de soi de Franck Courtès

À pied d’œuvre publié à la Nrf devait s’appeler Manoeuvre. Ça collait mieux. La Nrf avait déjà dans ce catalogue un livre sous ce beau titre.

Un brain-storming plus tard, Courtès a son titre !

Courtès est bel et bien le manœuvre qui se tape les étages, descend les charges, braque ses ménisques, abîme ses mains. En sang ses mains et à l’œuvre. Courtès est de ces prolétaires du stylo dont l’âme vole entre parts d’ange et d’encre.

Vivre avec sans, Adagio maladie, Anne Sultan (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 17 Novembre 2023. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Vivre avec sans, Adagio maladie, Anne Sultan, éditions des femmes Antoinette Fouque, octobre 2023, 64 pages, 12 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

 

Désarticulation

Le titre de ce récit-poème écrit par Anne Sultan (née en 1967, danseuse et chorégraphe durant vingt ans, aujourd’hui autrice et metteuse en scène), Vivre avec sans, sonne comme en un espace dramatique et participe d’une double injonction paradoxale : « vivre avec sens » ou « vivre avec sang ». En effet, une jeune femme tente de survivre malgré un pronostic vital engagé, retrouvant du sens à son existence, perdant beaucoup de sang et souffrant de même… Le texte de l’auteure est construit par de très courtes phrases, certaines pronominales, se réduisant parfois à un seul mot. L’Adagio maladie, c’est le tempo lent de l’affection, du traumatisme.

Souvenirs sur Rainer Maria Rilke, Marie de la Tour et Taxis (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 02 Octobre 2023. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arfuyen

Souvenirs sur Rainer Maria Rilke, Marie de la Tour et Taxis, Arfuyen, janvier 2023, 188 pages, 17 € Edition: Arfuyen

 

Pour la postérité, la princesse Marie de la Tour et Taxis (1855-1934) survit et survivra dans la mesure où son nom figure au début des Élégies de Duino, qui portent le nom du château en bord de mer appartenant à cette très ancienne famille, où D’Annunzio fut également reçu, ainsi que d’autres membres des aristocraties européennes – tel l’archiduc François-Ferdinand, qui rencontrera quelques semaines plus tard son funeste destin à Sarajevo.

Née à Venise, décédée en République tchèque, Marie parlait couramment plusieurs langues et ce fut directement en français qu’elle rédigea ce volume de Souvenirs (qui, étrangement, parurent en traduction allemande trois ans avant que le texte original ne fût imprimé). Connaissant par cœur L’Enfer de Dante, citant Leconte de Lisle dans le texte, la princesse ne magnifiait pas forcément « son » poète : « Physiquement, il est laid au premier abord, très petit et chétif, quoique bien pris dans sa taille, une longue tête pointue, un grand nez, une bouche grande aussi, aux fortes lèvres très sinueuses qu’accentuent le menton un peu fuyant et sa fossette profonde » (p.27-28).

Entre deux gares, Lionel Seppoloni (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 18 Septembre 2023. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Entre deux gares, Lionel Seppoloni, éditions La Chambre d’échos, mars 2023, 164 pages, 16 €

 

Et si, grâce au train, on voyait mieux et plus vite, et si on assistait à des fulgurances.

Les pensées ferroviaires d’un jeune auteur, né en 1975.

A force de regarder par la vitre, l’écrivain se fait ethnographe et repère dans les vies ordinaires ou mal accordées les pulsations du réel, ainsi ces voix haineuses d’une bande de jeunes dans un train de banlieue.

Le calme des paysages est parfois ébréché par des notations plus mélancoliques ou plus amères sur ce qui a été perdu, de l’enfance, de la mère malade.

Un vrai regard donc, aigu, pointant les reliefs (au sens double du terme – saillies et déchets) du vécu.

C’est un sixième livre pour cet auteur qui publie depuis 1996. Déjà un premier livre au titre révélateur, marquant l’espace et la distance – littéraire – vécue : D’un hiver à un autre.