Pierre Pachet est un homme à femmes. Dans ce récit !... A un point tel que la différence sexuelle même s’efface dans son écriture. Les premières pages de « Sans amour » font parler une narratrice – une vieille dame solitaire – qui dit « on » et, par un glissement presqu’imperceptible, un narrateur s’y substitue, un « je » dans lequel il est facile de reconnaître l’écrivain. L’identification aux vieilles dames seules – poussant caddie dans les grandes surfaces et portant des sacs de provisions trop lourds pour elles avant de rentrer chez elles manger seules ce qu’elles n’aiment même plus – est une subversion du regard habituel sur l’âge et sur le sexe. La solitude n’est pas le propre des femmes, des veuves : elle est la compagne obligée de l’un ou l’autre du couple dans l’accomplissement du vieillissement. Elle est rivée au destin des êtres.
Cependant les femmes hantent ce livre, « … Ce livre de ma solitude, que je ne pourrais pas écrire si quelqu’un vivait avec moi, avait à subir mes hésitations, ma curiosité indiscrète et incertaine ». Elles sont comme une ponctuation essentielle et consolatrice d’une vie. Depuis les beautés conquérantes et ravageuses de la jeunesse aux beautés complexes, lucides et rieuses de l’âge mûr ou de la vieillesse. Des corps triomphants et aimés aux corps « intouchés » qui s’abandonnent peu à peu. Des corps nus de l’amour aux corps nus de la mort. Pierre Pachet assume, comme une évidence, sa fascination pour ces « fantômes » qui ont été comme des havres de paix lui souhaitant, lui construisant, sa part de sagesse.