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Pays nordiques

Faim, Knut Hamsun (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 22 Mars 2019. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Faim, trad. Norvégien Régis Boyer, 285 pages, 6,90 € . Ecrivain(s): Knut Hamsun Edition: Le Livre de Poche

 

Autant qu’un roman, Faim (1890) est un combat, une survie, une descente aux enfers. L’enfer de l’inanition. Que le lecteur intrigué par ce titre dépouillé se prépare à une immersion déroutante. Pénétrer dans la tête d’un homme crevant de faim et consignant les stigmates de son dépérissement n’est pas sans incidence morale. Férocement organique, singulièrement viscéral, ce roman à la fibre autobiographique diffuse une essence enivrante que l’abondance et le confort de la société moderne décuplent d’autant.

Le narrateur, un écrivain journaliste fauché, occupe ses journées à déambuler dans les rues de Kristiania (Oslo) à la fin du dix-neuvième siècle en quête de nourriture, d’un logis pour la nuit et d’inspiration littéraire. Trop fier pour implorer la charité, trop intègre pour filouter, il en est réduit à ravaler ses fringales, à mastiquer des copeaux de bois ou à ronger des os tel un chien. Accumulant les déconvenues et les avanies, endurant la frustration et le froid, il n’en finit pas de déchoir. Grâce à la générosité d’une connaissance ou à la rétribution épisodique d’articles qu’il peine à achever en raison de son extrême faiblesse, il repousse chaque fois l’anéantissement final. Au faîte de la dénutrition, il rend le peu qu’il ingurgite, perd ses cheveux, bascule dans le délire ou l’euphorie, frôle la démence, en vient à concevoir des velléités auto-cannibales :

Le testament de Dina, Herbjørg Wassmo (par Zoé Tisset)

Ecrit par Zoe Tisset , le Vendredi, 26 Octobre 2018. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le testament de Dina, Editions Gaïa, septembre 2018, trad. norvégien Loup-Maëlle Besançon, 552 pages, 24 € . Ecrivain(s): Herbjørg Wassmo

 

Ce livre vous tient en haleine, il égaie la journée du lecteur car il sait qu’il a rendez-vous le soir avec Karna, jeune fille fragile dont la parole ou plutôt le silence et le corps sont devenus, pour une seule cérémonie, les lignes du testament de Dina sa grand-mère. Pour Karna alors, le monde de la réalité et celui onirique d’une grand-mère aventurière et féministe avant l’heure se sont confondus.

« Comment Johan, un adulte, un pasteur, avait-il pu ainsi exposer une enfant en lui demandant de confesser à l’église les crimes de sa grand-mère ? Ne comprenait-il pas qu’il y avait des limites à ce qu’une jeune personne était en mesure de supporter ? ».

Le lecteur est rapidement happé par l’histoire de cette famille aux prises avec la folie et la passion. Nous sommes dans une tragédie et chaque personnage est ancré dans une réalité qui le dépasse. Benjamin, le père de Karna, mais aussi le mari d’Anna qu’il a trahi mais qu’il aime, ne sait plus comment « réparer sa faute ».

Passage des ombres, Arnaldur Indriðason

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 22 Août 2018. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Passage des ombres, mai 2018, trad. islandais Eric Boury, 304 pages, 21 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

 

Auteur islandais, Arnaldur Indriðason appartient à la génération des auteurs à succès de romans noirs « nordiques », qui ont pris il y a maintenant plusieurs décennies la relève des romanciers anglo-saxons, jusque-là maîtres incontestés du genre : Stieg Larsson, Henning Mankell, Liza Marklund, Åke Edwardson, Johan Theorin (suédois), Jo Nesbo (norvégien), Jussi Adler-Olsen (danois), concurrencent aujourd’hui l’Américain Harlan Coben, pour ne citer que celui-ci. Les intrigues de ces « nouveaux » polars innovent avec des décors venus du froid et une réserve manifestée par les enquêteurs scandinaves et nordiques, dont est proche – souvent – Fred Vargas.

A l’heure où le roman policier profite des effets de la mondialisation (en explorant la Chine ou l’Amérique du Sud, par exemple), la toponymie du roman d’Indriðason demeure exclusivement islandaise, cantonnée à la ville de Reykjavik et à une région du Nord du pays où une petite part de l’intrigue prend place : rue Frikirkjuvegur, où se trouve la Criminelle, Skuggahverfi, le quartier des Ombres, les rues Hverfisgata et Lindargata, près du Théâtre national. La couleur locale est ainsi préservée.

Les Rois d’Islande, Einar Már Guðmundsson

Ecrit par Grégoire Meschia , le Lundi, 25 Juin 2018. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

Les Rois d’Islande, février 2018, trad. islandais Eric Boury, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Einar Már Guðmundsson Edition: Zulma

 

Pays qui fascine du fait de son éloignement géographique et ses paysages uniques, l’Islande reste encore une nation étrangère à nos yeux. Un de ses ressortissants, Einar Már Guđmundsson, écrit sa légende et fait de cette île singulière la patrie des rois. En faisant se succéder histoires truculentes et anecdotes farfelues, il attribue une origine mythologique à ses personnages qui est empreinte de fantaisie et de trivialité.

Les Islandais, fiers de leur identité, s’emploient à « faire remonter leur lignage jusqu’aux rois des sagas légendaires, aux rois des mers ». De la même manière, le narrateur des Rois d’Islande est à la recherche de l’origine de la famille Knudsen. La part accordée à la fiction prime tout au long du récit : on se demande tout le temps si le narrateur n’affabule pas tant les histoires racontées semblent loufoques et cocasses. Peut-être ne fait-il que rêver cette famille héroïque ? Il cite Steinn Steinarr (poète islandais ayant véritablement vécu dans la première moitié du XXe siècle) et on a envie de le croire :

Søren Kierkegaard, Œuvre I et II en la Pléiade

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 22 Mai 2018. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, La Pléiade Gallimard

Søren Kierkegaard, Œuvre I et II, La Pléiade, Gallimard, mai 2018, sous la direction de Jean-Louis Jeannelle et Michel Forget, 62 et 63 € Edition: La Pléiade Gallimard

 

Redéfinir l’existentialisme

Søren Kierkegaard n’a eu cesse (dans ce qu’on a assimilé à tord à l’existentialisme à la française) à une défense de la foi contre l’église. En particulier la Danoise qu’il tourne en dérision au nom de son conformisme crasse que le père lui infligea avant qu’il ne se révolte. Cette religion de bas étage ne fait que gommer le paradoxe de la foi qui pour ce nouveau Pascal résulte du rapport et de l’incommensurabilité absolue entre la vérité éternelle et l’existence humaine.

Chez le philosophe du XIXème siècle mais dont le propos demeure d’actualité, l’existence impose de comprendre que les choses les plus opposées doivent et peuvent se réunir dans le processus de la naissance à soi-même. Cela demande un « effort » non seulement intellectuel mais de tous les instants dans le métier de vivre et bien loin d’une pure essentialisation. « L’individu, s’il ne devient pas possesseur de la vérité en existant, dans l’existence, ne la possédera jamais », écrit le philosophe. Le paradoxe, c’est donc l’expérience vivante et existentiellement vécue de cette vérité.