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Les Livres

Le syndrome Tom Sawyer, Samuel Adrian (par Lionel Bedin)

Ecrit par Lionel Bedin , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions des Equateurs

Le syndrome Tom Sawyer, janvier 2019, 240 pages, 19 € . Ecrivain(s): Samuel Adrian Edition: Editions des Equateurs

 

Le Syndrome de Tom Sawyer est le récit d’un voyage à pied entre Paris et Jérusalem. En chemin le marcheur tient le journal de son voyage, journal qu’il reprend six mois après le retour, pour en faire ce récit, une « enquête sur ce jeune homme que j’étais et que je ne suis plus », et pour tenter de répondre à cette question : pourquoi suis-je parti ?

Les raisons supposées du départ : une envie d’ailleurs depuis l’enfance, le sentiment d’être « l’archétype de l’homme moderne habitué au confort », l’envie de « réapprendre le désir et, avec lui, le plaisir », se désennuyer. Surtout, pour Samuel Adrian qui se décrit comme un « enfant déçu du christianisme », c’est une crise de foi. Et il a cette conviction : « si tu ne peux plus prier, marche ». Alors il quitte Paris un matin de septembre 2017, à pied, léger, sans portable ni réseau, et « sans argent, pour démêler ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas ».

Méta Mor Phose ?, Alain Marc (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 21 Mai 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Méta Mor Phose ?, Alain Marc, Z4 Éditions, février 2019, 280 pages, 17 €

 

 

Arrêtons-nous sur le titre : « Méta » constitue l’élément du grec « meta » signifiant « ce qui dépasse, englobe » (un objet de pensée, une science). En l’occurrence il désigne dans « Méta Mor Phose ? » d’Alain Marc le processus créatif qui transcende l’existence emportée dans le flux de l’Écrire. « Mor Phose » ressortit à la forme de/d’une existence transfigurée ici par la création en cours, scripturaire. Méta Mor Phose : le mot est formellement décortiqué : pesé et relèvera/révélera la puissance de son sens dans la lecture à voix haute. La route entamée sur le chemin du cri par Alain Marc se poursuit dans la traversée intarissable d’un chemin de l’Écrit/de l’Écrire dont la quête est douloureuse (« douleur/de l’inaccompli ») mais « vitale » (cf. Il n’y a pas d’écriture heureuse, Alain Marc, Éd. Le Petit Véhicule, Revue Chiendents n°109, septembre 2016, Cahiers d’arts et de littératures).

Poétiques révolutionnaires et poésie, Jacques Guigou (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mardi, 21 Mai 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Poétiques révolutionnaires et poésie, Jacques Guigou, L’Harmattan, mars 2019, 94 pages, 12 €

L’objet et l’objectif de cette brève étude sont ensemble bien indiqués dans les dernières lignes de sa présentation : « Ce livre n’est pas une critique littéraire. Il propose une critique politique des divers avatars contemporains des poétiques révolutionnaires au regard d’une vision non sotériologique de la pensée ». Voyons comment.

La thèse essentielle de Jacques Guigou est ici que la poésie n’est pas un art du langage (ce « présupposé langagiste, dit-il, essentialise la poésie, la rabat sur la discursivité et la normativité »), mais, au contraire, « parole vive, événement imprévu, existence et instant ; ceci depuis son surgissement dans l’espèce humaine » (p.42).

L’homme, on le sait, est un animal redressé (il porte son chapiteau pensant en colonne bipède), marathonien (il sait épuiser toutes les proies qu’il poursuit) et collectif (il explore l’inconnu en équipe, et ne peut réussir que solidairement son exode indéfini vers les nouvelles ressources). L’idée de l’auteur, qui éclaire de l’intérieur sa propre pratique poétique, est que la poésie est née comme armature vocale de migrateurs debout, sangle articulatoire partagée, ou chant d’une colonne (au sens militaire) de colonnes (au sens architectural) mobiles, cimenté par lui. Une citation exhaustive le dit joliment :

Révoltée, Evguénia Iaroslavskaïa-Markon (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 20 Mai 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Biographie, Récits, Seuil

Révoltée, trad. russe Valérie Kislov, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Evguénia Iaroslavskaïa-Markon Edition: Seuil

 

« Mon autobiographie » est le récit hallucinant d’une vraie « révoltée » contre les abus d’une société communiste et qui va le payer très cher. Le parcours de cette jeune Russe, née en 1902 et exécutée en 1931, appelle tous les qualificatifs : extraordinaire, terrifiant, naturaliste en diable, affolant de vérité.

Dès l’adolescence, Evguénia s’oppose, se rebelle, se voit exclue du secondaire ; elle est une âme qui bout sans cesse, exalte la franchise, décourage les tièdes. Entre Moscou et Leningrad, sa vie connaît une foultitude de soubresauts.

Epouse du poète Alexandre  Iaroslavski (1896-1930), elle explique dans son autobiographie comment elle en est arrivée à défier tous les pouvoirs. Dès les années 20, le couple connaît nombre d’intimidations, d’exils (voyage à Berlin, Paris), d’arrestations, d’assignations à résidence. Le poète terminera son parcours dans les camps des îles Solovki. Sa femme, condamnée, sera exécutée. Elle avait vingt-neuf ans.

L’Etrangère, Florence Noël (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Lundi, 20 Mai 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

L’Etrangère, éditions Bleu d’encre, 2017, dessins Sylvie Durbec, 82 pages, 12 € . Ecrivain(s): Florence Noël

 

Pas de demi-mesures pour évoquer l’acte d’écriture pour celle qui, sans doute, parle un peu d’elle-même quand « elle n’écrit que dans l’insondable tristesse ou l’insondable joie ».

Florence converse avec les mots et les mots la font rebondir dans une sorte de joie naturelle, habitante, à l’aube « d’un royaume impossible à combler ». C’est que la poète sort assez facilement des clous à se poser les questions essentielles de son passage avec aussi une certaine conscience de la vanité : « écrire sec/ en un petit tas/ puis craquer l’allumette » dit-elle.

Le recueil nous apprend que le doute de soi fait partie de la permanence, permettant même une certaine continuité (« elle avait beaucoup écrit/ sur la nature/ qui n’en gardait/ aucune trace »).

Quelques parenthèses servent, pour l’auteur, d’aparté à ses propres dires devenant ainsi une sorte de miroir à mots suscitant un écho de répétitions avec aussi « ce festin de lectures/ vives/ servi par des poètes/ morts ».