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Afrique

Congo Inc. Le testament de Bismarck, In Koli Jean Bofane

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mercredi, 28 Mai 2014. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Congo Inc. Le testament de Bismarck, mars 2014, 294 pages, 22 € . Ecrivain(s): In Koli Jean Bofane Edition: Actes Sud

Zoulou, Congo ou Mandela sont des noms qu’à peu près n’importe qui, à travers le monde, associe sans hésiter au continent africain. De ces noms mondiaux comme Kamasutra, Hollywood, Paris ou autres que l’on charge de ce que l’on veut. Congo par exemple, dans l’imaginaire collectif à l’époque coloniale, était un peu synonyme d’Afrique. Voyage au Congo d’André Gide, en réalité, est plutôt Voyage en Oubangui-Chari, c’est-à-dire la Centrafrique actuelle. Mais Congo sonne mieux… Afrique noire. Au reste, ce que décrit de l’Oubangui la plume humaniste de Gide se passe également dans les deux Congo voisins. En Afrique même, le mot Congo a signifié plus que le Congo. Ainsi, en Afrique de l’Ouest, sur les côtes du Bénin et du Togo, encore aujourd’hui, Congo (avec accentuation sur la première syllabe) signifie Afrique centrale, ce cœur du continent vers lequel, déjà, l’on se ruait pour faire fortune. Dans les Antilles françaises, Congo a désigné globalement, après l’abolition de l’esclavage, les ouvriers engagés venus d’Afrique noire. Congo est donc peut-être le nom africain par excellence, un nom polysémique ; et une affaire très sérieuse et mondiale. Il faudra pouvoir écrire cette sorte de cristallisation sémantique autour d’un nom qui, à l’origine, signifierait « terre ou demeure de la panthère ». Il faudra ? Mais non ! Un romancier né là-bas vient d’accomplir une forme d’exploit qui s’apparente à cela. Le titre de ce roman ? Congo Inc., tout simplement, si l’on ose encore dire.

Education d’un enfant protégé par la Couronne, Chinua Achebe

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 23 Mai 2014. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Récits, Actes Sud

Education d’un enfant protégé par la Couronne (The Education of a British-Protected Child), traduit de l’anglais nigérian par Pierre Girard, octobre 2013, 200 pages, 21,80 € . Ecrivain(s): Chinua Achebe Edition: Actes Sud

 

Chinua Achebe est un immense romancier. On le sait, bien qu’on ne le sache pas encore assez.

Mais Chinua Achebe est aussi un écrivain engagé, un homme politique, un militant des droits de l’homme en général, un défenseur des droits de l’homme africain en particulier, un défenseur farouche et éclairé de cette histoire de l’Afrique et de ses peuples qu’ont si régulièrement occultée, voire niée, les personnalités politiques et les historiens « occidentaux », jusque dans certaines phrases prononcées encore en 2007 par un président de la République des Droits de l’Homme dans le tristement célèbre discours de Dakar.

Chinua Achebe avait 78 ans lorsqu’il a achevé cet ouvrage au long titre, recueil d’essais, de discours, de réflexions, et de souvenirs personnels, souvent intimistes, marquant des étapes essentielles de sa vie de personnage public et de personne privée, et repérant les événements ayant provoqué ou accompagné l’évolution de sa pensée politique, et en particulier de sa vision personnelle des rapports de l’Afrique au reste du monde.

Critique de la raison nègre, Achille Mbembe

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 12 Avril 2014. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, La Découverte

. Ecrivain(s): Achille Mbembe Edition: La Découverte

 

L’objectif du livre d’Achille Mbembe, Critique de la raison nègre, est de prouver que la figure du « nègre » est indispensable pour penser le monde contemporain. Aujourd’hui ne serions-nous pas en train de devenir tous des nègres au service du capitalisme financier ?

Cet essai se veut politique et poétique. Achille Mbembe connaît parfaitement la vibration des concepts dans l’inconscient collectif et la puissance des idées sur les mécanismes de la domination sociale.

Le titre de son ouvrage est inspiré du celui d’Emmanuel Kant, paru en 1781, Critique de la Raison Pure. Le philosophe allemand avait pour projet d’examiner les conditions dans lesquelles le sujet humain assume sa vie d’adulte au cœur de l’espace public, devient un sujet capable de se dire en liberté et en dialogue avec les autres, dans un geste dialectique d’affirmation d’une certaine singularité et en même temps de participation à quelque chose qui relève de la similarité, de « l’en-commun ». Pour cela, il s’appuyait sur la raison.

Les noces de Zeyn et autres récits, Tayeb Salih

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 12 Avril 2014. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Babel (Actes Sud)

Les noces de Zeyn et autres récits, traduit de l’Arabe (Soudan) par Anne Wade Minkowski, février 2014, 150 pages, 7 € . Ecrivain(s): Tayeb Salih Edition: Babel (Actes Sud)

 

Tayeb Salih : l’art de conter


Les noces de Zeyn et autres récits est un recueil de trois nouvelles. Il est composé d’un long récit d’environ 110 pages et de deux autres nouvelles, Le doum de Wad Hamid, et Une poignée de dattes d’une longueur extrêmement courte par rapport à la première histoire.

Dans la première nouvelle, Zeyn, un simplet du village, surprend tout le monde car il va se marier avec la plus belle fille de la région. Il s’agit de la fille du maire, sa cousine, Ni’ma. Elle est réputée pour sa beauté mais aussi pour sa moralité et son caractère bien trempé. De ce fait, comment un homme aussi laid, aussi difforme et aussi peu clairvoyant que Zeyn a pu obtenir l’amour de la jeune femme ? La nouvelle suscite jalousie et envie.

Tout s’effondre, Chinua Achebe (2ème critique)

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 07 Avril 2014. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Tout s’effondre, nouvelle traduction de l’Anglais (Nigeria) par Pierre Girard, octobre 2013, 225 pages, 21,80 € . Ecrivain(s): Chinua Achebe Edition: Actes Sud

De son immense œuvre, Tout s’effondre occupe une place à part. Publié en 1958, c’est le roman qui a fait connaître Chinua Achebe et l’a propulsé sur la scène littéraire internationale puisque l’œuvre a été traduite en une cinquantaine de langues et vendue à des dizaines de millions d’exemplaires.

De plus, son intrigue présente l’histoire de la colonisation de l’Afrique par les Européens en adoptant le point de vue africain. Chinua Achebe met en scène un personnage littéraire de première importance, Okonkwo,  car il porte l’histoire de l’Afrique de son apogée à sa chute au travers les vicissitudes de sa propre destinée.

En effet, dès l’ouverture du roman, Okonkwo dont le nom signifie « feu qui dévore tout » jouit d’une position sociale de prestige dans le village ibo d’Umuofia. Il est un riche fermier. Chef de son clan, il surveille ses trois épouses et règle les conduites de ses enfants selon les attentes du clan. Façonné par une société traditionnelle agraire, il respecte les rites des saisons, pratique les sacrifices pour honorer la mémoire de ses ancêtres et attirer la protection des dieux tutélaires du clan. Enfant du clan, il est aussi l’un des sages qui officient à l’établissement des règles pour maintenir le village dans l’observance des traditions.