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Poésie

Le chant de la femme source, Estelle Fenzy (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 04 Septembre 2020. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le chant de la femme source, L’Ail des ours, juillet 2020, 70 pages, 6 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy

Deux temps du chant ordonnent ce livre, chant d’une femme qui évoque un passé de rivière, d’été, et l’imparfait convoque tout le paysage affectif et souriant de rencontres au bord de l’eau, tissées du bonheur d’être ensemble.

Dans la douceur des mousses

nous faisions des serments

Nos sangs mêlés parlaient

d’un cœur sauvage

de morceaux d’univers

assemblés sous les aulnes

d’abandon de l’enfance (…)

(p.23)

Borne 45, Denis Hamel (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 02 Septembre 2020. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Borne 45, Denis Hamel, Éditions du Petit Pavé, Coll. Le Semainier, janvier 2020, 47 pages, 8 €

 

À première lecture, en le feuilletant, ce recueil poétique signé Denis Hamel pourrait sembler être écrit dans la tonalité de cet « abîme de fleurs noires » dont parle le poète sur « une route d’automne pétrie d’angoisse ». Et l’inquiétude – « l’intranquillité qui a donné son nom/ au livre de Pessoa » – traverse effectivement ce road-movie poétique. Mais un autre noir vient recouvrir le premier et diffuser sa lumière sur la page de l’existence notée ici work in progress, avec une spontanéité créative collée au plus près du rythme bringuebalant de la vie quotidienne

noircir page pour échapper au vide

car vide broie vie dans le silence

la vie broyée qui ne peut vivre

cherche lumière en page noircie

Fête la mort !, Jacques Cauda (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 27 Août 2020. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Fête la mort !, éditions sans crispation, coédition Magazine Litzic, septembre 2020, 102 pages, 14 € . Ecrivain(s): Jacques Cauda

 

Quelle légèreté (pourquoi pas) inventer à la mort – ce boulet chevillé à nos corps périssables –, bravant l’idée d’une éternité post-mortem, franchi le sas d’un purgatoire inutile ? (comment pourrions-nous confesser nos éclats obscurs, nous pauvres barboteurs peu aptes à nous connaître nous-mêmes et, dans quel intérêt ?). Fête la mort ! déjoue avec jubilation l’idée « théseuse » que l’on veut bien nous faire, à nous communs des mortels, d’une vie dont le postulat serait un memento mori tragique ; la déjoue pour nous rejouer la mort comme une fin de partie festive. Cauda ne nous emmène pas ici au Mexique ni au sud-ouest des États-Unis pour une Día de los Muertos (Fête des Morts) ni ne nous invite à courir l’Halloween, mais tous saints et diables(ses) confondus (nettoyés de leurs oripeaux culturels), nous plonge « sans crispation » dans une contrée où la vacuité (et non la vanité) de notre vie terrestre fête la mort et (se) la fait. À l’instar de Petit Muscle ami d’enfance du Gilles (de Watteau, auquel l’adolescent narrateur se plaît à ressembler dans son accoutrement vestimentaire), lors de célébrations masturbatoires. Saucisson, Petit Muscle et le narrateur habitent la Cité (alors que « le monstre prenait forme ») et se donnent à cul joie pour transgresser les interdits de toutes sortes, brutes, « assassin(s) en devenir » ; pour défrayer la routine en révolutionnaires jusqu’au-boutistes non effrayés par les « pendus à la lanterne ».

Petit dialogue de morts (en poésie) (par Jean-Charles Vegliante)

, le Jeudi, 27 Août 2020. , dans Poésie, Les Chroniques, La Une CED

 

Il y a trente ans disparaissait Giorgio Caproni (1912-1990), écrivain, poète italien bien connu, entre autres raisons, pour avoir largement utilisé le dialogue – parfois même de type théâtral – au sein de sa poésie ; où « Personne n’a jamais réussi à dire / ce qu’est, en son essence, une rose ». Ses travaux de traduction, notamment d’auteurs français, ont compté sans doute pour cette évolution qui a affecté aussi son langage, de plus en plus proche d’un parler (ou pseudo-parler) contemporain, parfois laconique ; non par hasard, sa version de Mort à crédit (1964), ainsi que des traductions d’André Frénaud (1967) sont toujours considérées – pour sa poésie et dans l’absolu – comme particulièrement importantes.

Nous présentons ici, à titre d’exemple et d’hommage in memoriam, un petit échange avec son contemporain Vittorio Sereni, disparu quelques années plus tôt, grand traducteur lui aussi du français, et également représentatif de cette si féconde génération poétique venue après Montale, Quasimodo ou Sinisgalli. Dialogue affectueux et ironique à travers le temps, par-delà leur disparition.

Doigts tachés d’ombre, Philippe Leuckx (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mercredi, 26 Août 2020. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions du Cygne

Doigts tachés d’ombre, mai 2020, 57 pages, 10 € . Ecrivain(s): Philippe Leuckx Edition: Editions du Cygne

 

C’est toujours un pari de chroniquer un livre. Mais quand il s’agit de poèmes, on est tenu à l’impossible.

C’est un homme aux mains nues qui vient à nous au fil des pages. Un homme seul. Mais d’une solitude altière. Il n’a pour seules armes que de courts poèmes. Aériens. Suspendus comme des mobiles. Le vide, autour, les fait remuer. Caresse les mots et fait frémir le blanc qui complète la page.

Poignées de vers après poignées de vers, les images tissent un cocon dans lequel elles déplient leurs ailes. On aimerait lire en fermant les yeux. Prolonger ainsi le vertige des mots et les laisser courir à l’envers des paupières. Pleurer des larmes aquarellées, des larmes bleues, qui disperseraient l’ombre.

Il y a dans ces vers des parfums, des jeux de lumière, une chorégraphie de syllabes. Il y a des attentes, des désirs de rencontre, des pluies qui purifient et la possible surprise au bout.