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Les Livres

Comme un empire dans un empire, Alice Zeniter (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 04 Décembre 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Flammarion

Comme un empire dans un empire, août 2020, 400 pages, 21 € . Ecrivain(s): Alice Zeniter Edition: Flammarion

Le roman d’Alice Zeniter se lit d’abord comme une critique du pouvoir et des élus, à travers leur discours. Alice Zeniter met le doigt sur ce que le langage – à son corps défendant – fait à la politique, ou plutôt comment le politique exploite le langage, à travers deux phénomènes : la distinction sociologique et langagière par laquelle tout être doit exister, se faire remarquer, et l’euphémisation. Ainsi, pour paraître intelligent, créatif, original, le député PS parisien, pour lequel travaille Antoine en tant qu’assistant parlementaire, se gausse des dégradations faites à la statue de Marianne sous l’Arc de Triomphe par les Gilets jaunes en décembre 2018, qualifiant l’épisode de « hugolien », le caractérisant de « très beau vandalisme », le trou béant de l’œil touchant au « sublime ». A cause du langage – et bien malgré lui –, on assiste à un renversement des valeurs, on adoucit l’ignoble, on accepte l’intolérable, ou bien on fustige les vertus républicaines. Le député n’est sans doute pas dupe de cette confusion langagière : ainsi, à propos de « cette putain de laïcité » et des textes associés, dont il pense qu’elle n’a rien résolu et qu’elle a atomisé le PS. De même, plusieurs mois après les premiers affrontements des Gilets jaunes, ceux-ci ont perdu de leur gloriole aux yeux du député, fer de lance d’idées/idéaux/idéologies novatrices, toujours à la pointe du « progrès » et devant porter de nouvelles actions.

Héros ordinaires, Six destins hors du commun, Anne Terral, Sébastien Vassant (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 04 Décembre 2020. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Jeunesse

Héros ordinaires, Six destins hors du commun, Anne Terral, Sébastien Vassant, La Martinière Jeunesse, octobre 2020, 48 pages, 16 €

 

Démiurges anonymes

Sébastien Vassant, auteur français de bande dessinée, illustrateur, né à Thiais en 1980, diplômé de l’École Supérieure des Arts St-Luc de Liège, a créé avec Thomas Cadène « le plus petit et plus informel festival de bande dessinée du monde (PPPIFBDM) ». S. Vassant a par ailleurs obtenu avec Benjamin Stora le Prix BD du livre politique pour Histoire dessinée de la guerre d’Algérie. Anne Terral, née à Toulouse en 1970, vivant à Paris, est titulaire d’un DEA de Lettres Modernes de l’Université Toulouse-Le Mirail, d’un DUT Métiers du Livre de l’Université Michel-de-Montaigne, Bordeaux III, et auteure de romans, de fictions radiophoniques et de livres jeunesse. En 2009 elle a pris le statut d’éditrice indépendante.

Secret défense, Hervé Temime (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Jeudi, 03 Décembre 2020. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Gallimard

Secret défense, Hervé Temime, septembre 2020, 192 pages, 18 € Edition: Gallimard

 

Hervé Temime : éloge du secret et de l’ambiguïté

Hervé Temime s’est intéressé très jeune à la vie judiciaire. S’y engageant, il eut comme modèle Emile Pollak, « avocat inclassable » et défenseur entre autres de Pierre Goldman.

L’avocat pénaliste est qualifié comme avocat des riches et des stars – ce qui est réducteur et un peu court ? Et ici il explique ce qu’il en est de son travail. Il ne cherche pas à tout connaître de ses clients : il se positionne par rapport à ce qu’ils font et ce que dit leur dossier. Mais il sait éventuellement faire juste pression sur eux par la communication qu’il entretient, afin de leur arracher certaines postures impossibles à tenir lorsque les dés sont pipés pour et par eux. Ce qui parfois est impossible et l’a entraîné quelquefois à quitter une affaire.

La vie ordinaire, Adèle Van Reeth (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Jeudi, 03 Décembre 2020. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Gallimard

La vie ordinaire, Adèle Van Reeth, Gallimard, juin 2020, 187 pages, 16 €

 

« Pourquoi la vie possible est-elle plus séduisante que la vie ordinaire ? »

A mi-chemin entre le récit et l’essai, Adèle Van Reeth nous invite à poser un regard philosophique sur nos vies ordinaires, sur cette banalité du quotidien qui à la fois nous rassure et nous agace. L’ordinaire, cet étrange malaise nommé par Baudelaire « Anywhere out the world », ou encore ce sentiment visqueux si bien décrit dans La Nausée de Sartre, A. Van Reeth le confronte à la lumière de la philosophie américaine que l’on connaît peu en France. Ce livre est la possibilité d’une rare et délicieuse rencontre avec des philosophes américains atypiques et novateurs comme Ralph Waldo Emerson, Stanley Cavell, et Henry David Thoreau.

Le tête-à-tête chaleureux autour de sushis ordinaires entre Adèle Van Reeth et le philosophe Stanley Cavell rappelle l’ambiance loufoque des rencontres imaginées par Roland Jaccard dans Le Cimetière de la morale (PUF, 1995). Ces ambiances de cafés ou d’hôtels où le temps semble s’être arrêté pour laisser place à une discussion avec les plus grands esprits des siècles passés.

Catarina et la beauté de tuer des fascistes, Tiago Rodrigues (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 02 Décembre 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre, Les solitaires intempestifs

Catarina et la beauté de tuer des fascistes, Tiago Rodrigues, novembre 2020, trad. portugais, Thomas Resendes, 112 pages, 15 € Edition: Les solitaires intempestifs


Tiago Rodrigues écrit, met en scène ses textes de théâtre. Il a joué en français pour la première fois à Toulouse. Il est l’une des figures majeures du théâtre contemporain dans son pays ainsi qu’en Europe. Son œuvre dramatique traduite en français essentiellement par Thomas Resendes est publiée chez Les Solitaires Intempestifs.

Très récemment, Les Solitaires Intempestifs ont publié la trilogie grecque autour du personnage d’Iphigénie de Tiago Rodrigues, qu’il considère lui-même comme une « réécriture » de la source tragique antique. Catarina et la beauté de tuer des fascistes nous ramène au Portugal et fait ressurgir la douloureuse époque du régime d’Oliveira Salazar et de la dictature de l’Estado Novo, qui fut la plus longue en Europe puisque c’est la Révolution du 25 avril qui y mit fin, en 1974.