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Le Livre, suivi de L’expérience des mots, Gérard Pfister (par Jacques Goorma)

, le Mercredi, 23 Août 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Arfuyen

Le Livre, suivi de L’expérience des mots, Gérard Pfister, Arfuyen, mars 2023, 225 pages, 17 € Edition: Arfuyen

 

1. Ce n’est pas du livre /qu’il faut parler // mais de l’expérience

Tel est le premier des 500 tercets répartis en cinq centuries qui composent Le Livre et dont la même formule décisive se retrouve à la fin de L’expérience des mots, l’essai en prose qui clôt l’ouvrage.

Pour obéir à cette injonction initiale, parlons donc d’une expérience qui ne peut être en l’occurrence que celle d’un lecteur. Ou plutôt d’une expérience de lecture qui ne sera peut-être pas la même demain. L’expérience de ce que peut être le poème, mais surtout de ce que peut faire le poème par sa puissance performative dont il sera largement question dans L’expérience des mots. L’expérience est celle d’un voyage intérieur qui ne cesse de commencer.

Puisque Le Livre est fait de mots, dès son ouverture, il met en évidence et interroge leur nature foncièrement paradoxale. Aussitôt se met en marche une dialectique continue entre ce que les mots dévoilent et ce qu’ils dissimulent, ce qu’ils permettent et ce qu’ils empêchent. Ils nous éclairent et peuvent nous égarer, ils nous éveillent et arrivent à nous tromper, ils nous blessent et parviennent à nous soigner.

Le manoir de Kerbroc’h, Léo Koesten (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mercredi, 23 Août 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman

Le manoir de Kerbroc’h, Léo Koesten, Éditions Baudelaire, février 2023, 243 pages, 19 €

 

La famille de Kerambrun pourrait être une famille comme les autres à cela près que, sans faire d’analyse sociologique poussée, on peut dire qu’elle appartient à la bourgeoisie radicale. Le père Foucault de Kerambrun, ingénieur polytechnicien, fils d’un autre Foucault de Kerambrun aussi polytechnicien comme le furent ses aïeux (Foucault et ingénieur), fait vivre sa famille grâce à ses seules ressources. Son épouse, Éloïse, est femme au foyer, et leurs deux enfants Margaux et Théodore suivent le cursus scolaire habituel d’enfants pubères de leur âge. Ils habitent Versailles et sont de confession catholique. On pressent pour le fils une carrière identique à celle du père. Les grands-parents Foucault et Lucille possèdent un manoir en Bretagne où la famille qui se voit déjà tous les dimanches en cours d’année se rend pour une partie des vacances. Enfin, n’oublions pas les Kerambrun ont défilé contre « le mariage pour tous ».

Chroniques Martiennes, Ray Bradbury (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 22 Août 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Science-fiction, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Chroniques Martiennes, Ray Bradbury (1946), Folio-SF, trad. américain, Jacques Chambon, Henri Robillot, 318 pages . Ecrivain(s): Ray Bradbury Edition: Folio (Gallimard)

Commençons par un truisme : Les Chroniques Martiennes sont des chroniques au sens strict du terme. Des histoires scandées par le temps calendaire sur une longue période, celle de la colonisation de Mars par les Terriens. Ce n’est pas un roman, ce ne sont pas des nouvelles, mais un tissu de narrations que Bradbury, avec un sens époustouflant de l’épopée, a tramées en un grand récit, donnant à ces moments épars la cohérence d’un roman. Chaque chapitre comporte un titre, référence probable aux chroniqueurs médiévaux de France – Ray Bradbury était un homme d’immense culture, en particulier européenne.

Roman-culte de la Science-Fiction, cet ouvrage pourtant ne ressemble guère à la SF traditionnelle. Les moyens de la conquête de Mars, les technologies mises en œuvre, espaces et machines n’intéressent que peu Bradbury. Ce n’est pas l’épopée d’une conquête planétaire mais l’épopée d’hommes lancés dans des situations nouvelles qui servent de révélateurs de la nature humaine. Le courage moral et physique, la générosité, le sens du sacrifice de l’individu pour le groupe, sont parmi les qualités lumineuses que l’aventure martienne révèle et accentue. Le racisme, la haine, la jalousie en sont le pendant sombre.

Le goût de la philosophie, Collectif, textes choisis et présentés par Lauren Malka (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 22 Août 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Mercure de France, Anthologie

Le goût de la philosophie, Collectif, textes choisis et présentés par Lauren Malka, Mercure de France, 2019, 123 pages, 8 € Edition: Mercure de France


Imaginez un banquet, pourquoi pas chez l’hôte Agathon, qui réunirait des philosophes comme Aristote, Montaigne, Spinoza et bien d’autres, à qui on demanderait pourquoi ils ont consacré leur vie à philosopher, et ce qui, dans cette façon d’interroger le vivant, leur a permis de mieux vivre, quitte d’ailleurs à en mourir, on n’est pas à un paradoxe près, et c’est bien tout l’intérêt de tous les questionnements auxquels ils se sont astreints, la Vérité est plurielle à n’en pas douter, et tous ont eu cette perspicacité, en interrogeant le vivant, à ne pas se laisser enfermer dans des propos doctrinaires, laissant ainsi la voix libre à tous les raisonnements, puisqu’il s’agit bien de rigueur aussi.

Au pays des choses dernières, Paul Auster (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 21 Août 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Actes Sud

Au pays des choses dernières, Paul Auster, Actes Sud/Babel, trad. anglais (USA), Patrick Ferragut, 272 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Paul Auster

 

Ne serions-nous pas tombés au sein d’un purgatoire ? Ce lieu de transition, où l’enveloppe corporelle a cessé d’avoir son importance – tout comme, dans ce « pays des choses dernières », les objets et les corps disparaissent progressivement, ne peuvent répondre du même statut qu’ils avaient dans une vie passée, une vie qui semble définitivement éloignée et irrécupérable. Nous sommes ici dans un lieu dont l’évolution, au regard de l’état de décrépitude et d’effondrement physique et psychique qui le caractérise, est sans doute irrémédiable ; pourtant, une forme d’espoir latente, persistante, nous pousse à entrevoir une lumière presque biblique quant à l’issue de l’aventure d’Anna Blume.

L’héroïne, qui a dix-neuf ans au début de son voyage, s’inquiète de la disparition de son frère William, qui n’a pas donné de nouvelles depuis un an. Elle décide de se rendre elle-même dans la ville où William avait pour mission de faire un reportage – une ville dont on ne saura pas le nom, incluse dans un pays tout aussi innommé. Anna Blume pénètre alors dans un monde qui risque de devenir le sien à tout jamais – suivant le spectacle terrifiant qu’il offre.