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Roman

Bénédict, Cécile Ladjali

Ecrit par Sana Guessous , le Lundi, 08 Janvier 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud

Bénédict, janvier 2018, 272 pages, 20,80 € . Ecrivain(s): Cécile Ladjali Edition: Actes Sud

 

Il n’est pas désagréable de cheminer entre les pages de Bénédict, le roman de Cécile Ladjali, à paraître en janvier 2018 chez Actes Sud. Les phrases sont d’une grande coquetterie. L’autrice les a parées de mille atours étincelants. « Les rais brûlants strient la dalle glacée » ; « Les fougères sourient à l’ombre de la source vive » ; « l’aube métallique fait entendre les carillons d’une partition de Purcell ». La forme de ce roman m’évoque un jardin à la française, taillé avec élégance, d’une symétrie parfaite. Une forme polie, policée, qui jure cruellement avec le fond, plutôt dérangeant.

Le fond ? C’est l’identité contrariée, déchirée de Bénédict Laudes. Le personnage central du roman s’empêtre dans un corps qui lui est étranger, qui l’encombre. En exil dans sa propre chair, Bénédict refuse l’image lisse et normée que la société lui assigne. « Non, vous n’êtes pas entièrement là », lui reproche quelqu’un. « Une partie de vous est ailleurs. Et c’est cette autre moitié qui m’inquiète. Je la devine à cette heure tardive, entre chien et loup, quand les étudiants sont partis et que nous sommes seules sous le chuchotement des arbres. Il y a quelque chose en vous que je ne comprends pas et qui me fait peur. Quelque chose qui se brouille. Qui s’efface comme le jour. Oui, vous me faites peur ».

Œuvres romanesques précédées de Poésies complètes, Blaise Cendrars en la Pléiade

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 22 Décembre 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, La Pléiade Gallimard

Œuvres romanesques précédé de Poésies complètes, Edition établie et présentée par Claude Leroy, 2 volumes, 115 € (jusqu’au 31 mars 2018) . Ecrivain(s): Blaise Cendrars Edition: La Pléiade Gallimard

 

« Je resterai ma vie durant

à regarder couler la Seine…

C’est un poème dans Paris »

(La Seine, Poèmes tardifs).

Blaise Cendrars fait une nouvelle apparition dans la Bibliothèque de la Pléiade, avec deux volumes d’œuvres romanesques et poétiques, aux mille éclats de paillettes d’or. En 2013, Gallimard publiait deux premiers opus, consacrés aux Œuvres autobiographiques – si essentielles à l’écrivain voyageur : L’Homme foudroyé, La Main coupée, Bourlinguer, et Prière d’insérer. Le Tour du Monde poétique et romanesque du poète armé du bouclier de son œuvre (1) s’achève. L’arpenteur, le guerrier du présent, le bourlingueur lettré, l’engagé volontaire, nous livre ses Mémoires d’outre-vie composées sur le vif du sujet, sur le motif, à la manière de Cézanne et c’est admirable.

L’ensorcelée, Barbey d’Aurevilly

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 22 Décembre 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Classiques Garnier

L’ensorcelée, octobre 2017, 405 pages, 29 € . Ecrivain(s): Barbey d’Aurevilly Edition: Classiques Garnier

Partons en voyage avec L’Ensorcelée, publié en 1852, qui n’est peut-être pas le roman le plus célèbre de Barbey d’Aurevilly. Dans cette virée, nous nous ferons accompagner par Pierre Glaudes qui en a rédigé l’édition critique, et qui, grâce à son érudition et à sa compétence, élargira notre lecture. Tout en essayant de traduire une vision qui nous soit propre, nous nous permettrons d’utiliser certaines de ses interprétations pour élargir utilement la nôtre.

L’ensorcelée est publié en 1852, au tout début du Second Empire. Dans ces années, la France traverse une époque de grands bouleversements sociaux, économiques et politiques. Elle a vécu la Révolution de 1848, a connu une Seconde République éphémère qui a contraint Louis-Philippe à abdiquer. Celle-ci sera dissoute à son tour, lors du coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851. Ce sera  alors la mise en place du Second Empire.

Barbey d’Aurevilly, qui ne se sent pas en phase avec les changements de son temps, revisite dans son roman la fin de la révolte de la chouannerie dans son pays d’enfance, la Normandie. L’auteur n’y cherche pas forcément une vérité historique, sa seule visée est de rendre son récit attrayant à la manière de Walter Scott, écrivain écossais qu’il admirait pour ses romans historiques.

Le Grand Cercle, Conrad Aiken (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 21 Décembre 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA

Le Grand Cercle, Editions La Barque, octobre 2017, trad. américain Joëlle Naïm, 316 pages, 26 € . Ecrivain(s): Conrad Aiken

 

Le vertige qui saisit le lecteur de ce roman, peu à peu, page à page, goutte à goutte n’est pas seulement littéraire. Il est aussi… topologique : cette histoire se construit comme déroulée sur une bande de Moebius – vous savez cette bande qui se retourne, où l’extérieur devient l’intérieur puis redevient l’extérieur mais dans un circuit clos – cette bande rendue célèbre par Jacques Lacan qui y voyait une figuration symbolique de l’inconscient. C’est probablement ce que Aiken a voulu dire dans son titre, Le Grand Cercle (The Great Circle), sauf que ce n’est pas tout à fait un cercle parce qu’il se retourne sur lui-même.

D’emblée, le nom de Jacques Lacan est venu. On pourrait évidemment y associer celui de Sigmund Freud, parfait contemporain de ce roman publié en 1933. La boucle constituée par ce livre est une métaphore appliquée de l’inconscient. Le héros, Andy (Andrew Cather), y traverse une vie balisée par ses figures du Destin, sur les sentes d’événements dont le retentissement symbolique noue son monde réel. On pense alors à Baudelaire : « La Nature est un temple où de vivants piliers/ Laissent parfois sortir de confuses paroles/ L’homme y passe à travers des forêts de symboles/ Qui l’observent avec des regards familiers ».

Par-delà les glaces, Gunilla Linn Persson

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 21 Décembre 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Les Escales

Par-delà les glaces, novembre 2017, trad. suédois Martine Desbureaux, 314 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Gunilla Linn Persson Edition: Les Escales

 

Envisagés au strict et exclusif point de vue numérique, et avec la sûreté du coup d’œil rétrospectif, sept morts, le 14 février 1914, ce n’est pas un chiffre considérable, surtout si l’on pense aux forces qui, au même moment, s’éveillaient lentement dans l’ombre, comme un chat étirerait ses griffes ; forces qui feront bientôt en Europe des dizaines de milliers de morts chaque jour. Mais, pour une petite île faiblement peuplée, perdue au large de la Suède, sept morts font un bilan énorme, surtout quand il s’agit d’une partie de l’avenir de l’île, d’enfants et d’adolescents partis faire la fête dans l’île voisine et qui choisirent de rentrer chez eux en passant par la mer gelée. Malheureusement, c’est aussi le moment que choisit, pour se déchaîner, la pire tempête de neige qu’on ait vue d’insulaire mémoire. Aucun des sept jeunes gens n’en réchappera et tous seront retrouvés morts de froid ou de fatigue. Dans ce petit monde isolé, où tout le monde se connaît, où tout le monde se déteste, où chacun a un vieux litige en cours avec tout le monde, la famille de l’adolescent qui menait ses camarades et avait eu l’idée insensée de vouloir rentrer en pleine nuit (il fut retrouvé mort, tenant dans sa main gelée une boussole dont il n’avait pas su se servir), cette famille fut désignée à la vindicte générale. Et, dans ce type de communauté, les haines sont tenaces.