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Les Livres

Le linguiste était presque parfait, David Carkeet

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 02 Mai 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Monsieur Toussaint Louverture

Le linguiste était presque parfait (titre original : Double negative), traduit de l’anglais (USA) par Nicolas Richard, 3 mai 2013, 288 pages, 19 € . Ecrivain(s): David Carkeet Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

Qui a tué Arthur Stiph ? Ce serait là l’argument d’un classique whodunnit s’il ne se doublait pas d’autres questions, tout aussi obsédantes pour le personnage principal, le linguiste Jeremy Cook : qui donc a pu le qualifier de « parfait trou du cul » devant la ravissante Paula ? Et que signifie m’boui dans la bouche de Wally Woeps, seize mois ?

Le genre du roman policier adopté par David Carkeet pour son premier roman, paru en 1980, est manié avec aisance et distance, pour bâtir une intrigue qui, sans se réduire à un prétexte, est subordonnée à la fantaisie d’un auteur soucieux avant tout de nous faire rire.

L’institut Wabash, spécialisé dans l’étude de l’acquisition du langage, est le cadre pittoresque de ce mixte entre David Lodge et Agatha Christie. Perdu au fin fond de l’Indiana, le centre de linguistique réunit une poignée de linguistes plongés dans l’étude des babillages des bébés d’une crèche placée au milieu d’un espace circulaire évoquant irrésistiblement le panoptique de Jeremy Bentham.

Oeuvres complètes et Lettres retrouvées, Raymond Radiguet

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 01 Mai 2013. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Théâtre, Editions Omnibus, Correspondance

Œuvres complètes, édition établie par Chloé Radiguet et Julien Cendres, 883 p., 25 €, et Lettres retrouvées, édition établie par Chloé Radiguet et Julien Cendres, 445 p., 21 € . Ecrivain(s): Raymond Radiguet Edition: Editions Omnibus

 

L’œuvre éblouie d’un météore : Raymond Radiguet

 

Œuvres non complètes, à l’annotation redondante, parfois inutile, parfois hasardeuse, ce qui étonne de Julien Cendres. Je ne reviendrai pas là-dessus. Cela a été démontré suffisamment et avec suffisamment de brio par Jean-Jacques Lefrère dans La Quinzaine littéraire (voir « Radiguet de plus en plus complet », La Quinzaine littéraire, n° 1070, 16-31 octobre 2012, p. 12-14).

La profusion des annotations rend un manque dont pâtit cette édition encore plus cuisant : celui d’un index, indispensable pour une édition de cette ampleur (et surtout, du reste, pour ce qui est du volume de la correspondance).

Mais l’essentiel se situe ailleurs.

C'est fort la France !, Paule Constant

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mardi, 30 Avril 2013. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

C’est fort la France !, janvier 2013, 251 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Paule Constant Edition: Gallimard

 

Nul ne pouvant planer comme Dieu au-dessus des choses humaines afin d’en voir et d’en ressentir la totalité sans parti pris, difficile de conduire un récit sur ce sujet – la colonisation – sans angle mort pour ainsi dire. Mieux vaut commencer par assumer cela ; et c’est ce que fait explicitement Paule Constant. « Il n’y a pas de vérité mais des points de vue », dit la narratrice vers la fin du roman. Cette conviction d’une impossible objectivité génère, autant que le sujet de fond lui-même, C’est fort la France !

Revenant sur un précédent roman qu’elle a publié sur le même thème, la narratrice – appelée Brigitte une seule fois dans tout l’ouvrage – traite d’une période et d’un lieu circonscrits. C’est un roman expérimenté. Il focalise donc dans le temps et surtout dans l’espace – en l’occurrence un coin perdu du Cameroun colonial nommé Batouri – et confronte plusieurs vécus et donc des points de vue différents et même divergents sur ce dont il est question. C’est un roman dont la complexité est voilée par une narration agréable et aisée en apparence. Une fiction qui prend le masque d’un récit ; ou plutôt de plusieurs récits en confrontation plus ou moins douce afin de s’emboîter en une reconstitution la plus logique possible. Réussite.

Remonter la Marne, Jean-Paul Kauffmann

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Lundi, 29 Avril 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Fayard

Remonter la Marne, mars 2013, 265 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Jean-Paul Kauffmann Edition: Fayard

 

Qu’y a-t-il de commun entre la passion du Saint-Emilion, l’arôme du cigare et l’idée baroque de remonter la Marne à pied de son embouchure jusqu’à sa source ? Jean-Paul Kauffmann !

Car cet honnête homme s’est mis en tête de suivre, à pied, la berge sur les quelque 500 kilomètres que compte cette rivière.

Enfin un livre né sous la plume d’un véritable écrivain, qui a du style, le sens de l’observation et qui se fiche pas mal de la mode.

Amie lectrice, ami lecteur, tu ne le sais pas mais la Marne recèle bien des trésors et bien des mystères. L’auteur nous en dévoile quelques uns. Ce n’est pas la Marne qui se jette dans la Seine mais la Seine qui se jette dans la Marne.

La Marne, du latin matrona, c’est la seule rivière de France qui pourrait briguer le titre de fleuve.

Les eaux tumultueuses, Aharon Appelfeld (2ème recension)

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 27 Avril 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), Israël

Les eaux tumultueuses, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, L’Olivier, 188 pages, 19 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

 

C’est une pension où, cette année-là, les habitués se retrouvent en très petit nombre, un lieu symbolique, près de ce fleuve dont les eaux séparent : « Rentrons. Ce parvis me fait peur.

– Pourquoi as-tu peur ?

– Je ne sais pas. J’ai parfois l’impression qu’ils souhaitent venir, et qu’on les en empêche » (p.82).

Microcosme d’une certaine Europe sur le point de disparaître, bientôt enfouie sous la barbarie, d’un monde où tout semble encore possible : y aller ou pas ? Là-bas. Franchir le pas, comme ce fleuve tumultueux qui déborde, qui inonde ses rives, garder la main ou tout jeter aux orties. Recommencer.

En proie à leurs démons – celui du jeu qui les dépasse, addiction qui les réunit aussi si elle ne les unit –, les personnages d’Aharon Appelfeld misent tout sur cette saison de jeu où ils vont se retrouver pour boire et se ruiner, jouer et se dépouiller. Et d’abord, de leur passé.