Identification

Les Livres

Œuvres, tome II, Friedrich Nietzsche en la Pléiade (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 31 Mai 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Œuvres, tome II, Friedrich Nietzsche, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, n°637, mars 2019, trad. allemand Dorian Astor, Julien Hervier, Pierre Klossowski, Marc de Launay, Robert Rovini, 1568 pages, 65 € (prix de lancement jusqu’au 31/12/2019)

 

Nietzsche peut heurter, quand, dans Le Gai savoir, à la question « Où résident tes plus grands dangers ? », il répond : « [d]ans la compassion ». S’opposant ainsi implicitement à un auteur comme Michelet, à qui Eugène Noël avouera aimer l’œuvre « surtout parce qu’[elle] est une grande école de pitié ». C’est dans Aurore [1] que Nietzsche explicite son analyse de la pitié : « Compatir, dans la mesure où cela fait véritablement pâtir – et ce doit être ici notre unique point de vue – est une faiblesse comme tout abandon à un affect nocif. Cela accroît la souffrance dans le monde : même si indirectement, ici ou là, une souffrance peut être atténuée ou supprimée grâce à la compassion, il n’est pas permis d’exploiter ces conséquences occasionnelles et dans l’ensemble insignifiantes pour justifier son essence qui est, nous venons de le dire, nocive. Supposons qu’elle règne un seul jour en maîtresse : elle entraînerait aussitôt l’anéantissement de l’humanité ».

Flâneuse, Lauren Elkin (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Jeudi, 30 Mai 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Flâneuse, éd. Hoëbeke, coll. Etonnants voyageurs, mars 2019, 368 pages, 23 € . Ecrivain(s): Lauren Elkin

 

Urbaine

Urbaine, l’auteure Lauren Elkin l’est sans aucun doute. Essentiellement. Viscéralement. Au point d’être avant tout méga-urbaine à l’image des mégapoles où se déroulent les récits qui fondent l’architecture de Flâneuse : New York, Londres, Paris, Tokyo ; et Venise bien sûr, la plus étendue de toutes puisqu’elle ne cesse de se multiplier dans le très vaste domaine de nos rêves. Lauren Elkin ne flâne qu’entre néon bitume et béton. Cela se ressent, se respire, s’évoque à chaque page, et faut-il le préciser, à chaque détour de rue.

Soit, c’est un choix, un angle me suis-je dit, en découvrant la photo de couverture qui annonce le propos. Il n’était pas le seul : l’univers mental de Flâneuse semble nous guider comme en ville, d’angle en angle :

Celui d’une flânerie résolument solitaire. Alors que d’expérience, nous le savons, s’aventurer à marcher seul(e) provoque (en principe) la rencontre.

Demande à la savane, Jean-Pierre Campagne (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Jeudi, 30 Mai 2019. , dans Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Jigal

Demande à la savane, février 2019, 152 pages, 17 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Campagne Edition: Jigal

 

« Quand j’écris, je vais au mot le plus juste, percutant et limpide, sans circonvolutions ni clichés » (interview de Jean-Pierre Campagne du 7 septembre 2012 dans La République des Pyrénées).

Demande à la savane illustre parfaitement cette phrase de Jean-Pierre Campagne. Il aurait pu, sans forfanterie aucune, ajouter dans cette interview : « Quand j’écris un chapitre, je vais au plus condensé d’un moment plein de sens pour mon protagoniste ».

Car ce livre, ce sont : 60 chapitres, dont certains avoisinent les 600 caractères, pour 140 pages de texte. Pas moins de six personnages principaux, si l’on exclut le plus important : l’Afrique noire, ses villes, sa faune et sa savane.

Un découpage au rasoir d’un scénario assez complexe, sans zones d’ombre et sans laissés-pour-compte. L’enchaînement rapide des chapitres ne nuit pas à la qualité de la lecture et à la représentation mentale des situations. Le tout reste fluide…

L’été où tout a fondu, Tiffany McDaniel (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 29 Mai 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Joelle Losfeld

L’été où tout a fondu (The Summer that Melted Everything), traduit de l'américain par Christophe Mercier mai 2019, 416 pages, 23 € . Ecrivain(s): Tiffany McDaniel Edition: Joelle Losfeld

 

« Hell is empty and all the devils are here »

The Tempest (La Tempête), William Shakespeare, Acte I Scène 2

 

La citation en exergue du grand Will pourrait à elle seule rendre compte de ce superbe roman. Le Diable se promène dans la Grand’Rue de Breathed (Sud de l’Ohio, au pied des Appalaches) sous les traits d’un jeune garçon noir de 13 ans au cours d’un été 84 caniculaire. Il répond à l’invitation par voie de presse du juge Bliss qui veut en découdre enfin avec lui devant un tribunal. Fielding Bliss, jeune fils du juge, se lie d’amitié avec ce doux « Satan » aux yeux verts, au point de l’accueillir au sein de sa famille, comme un deuxième frère. De cette trame narrative, Tiffany McDaniel fait un espace d’exploration du mal dans le village, transformant Breathed en métonymie d’Amérique.

L’ombre du crime, Panique sur Brive, Virginie Anglard (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 29 Mai 2019. , dans Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

L’ombre du crime, Panique sur Brive, Editions Le Geste noir, mars 2019, 400 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Virginie Anglard

 

Virginie Anglard livre ici un roman policier que l’on lit sans souffler de bout en bout, avec un suspense bien mené. Les chapitres font alterner personnages et lieux de Brive-la-Gaillarde et de ses environs. Brive-la-Gaillarde est une ville gastronomique de Corrèze qui héberge chaque année au mois de novembre le salon du livre qui porte son nom, événement très prisé des auteurs et des éditeurs. Mais ceci n’est peut-être qu’anecdotique. Il n’y a en effet nulle référence directe au livre et à l’édition dans ce roman qui met aux prises un assassin aux rituels pervers, une enquêtrice-stagiaire qui cache un lourd secret et deux victimes torturées. Ces deux victimes, deux belles femmes célibataires de quarante ans, l’une gérante d’une boutique de prêt-à-porter féminin, l’autre maire de Brive, disparaissent tour à tour et font l’objet d’une macabre mise en scène.

Peu à peu l’enquête avance, menée au commissariat de Brive par le commandant Victor Guiliano et ses adjoints les lieutenants Franck Bréchard, Befey et Djomo, personnages hauts en couleurs, dont les dialogues font vivre le récit.