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Les Livres

Marcher jusqu’au soir, Lydie Salvayre (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 30 Août 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Marcher jusqu’au soir, Lydie Salvayre, Stock, avril 2019, 224 pages, 18 €

 

Lorsque son amie, Alina, propose à Lydie Salvayre de participer à l’aventure des éditions Stock, Ma nuit au musée, en passant une nuit au musée Picasso, elle lui oppose un refus catégorique, ou affirme avec assurance : « Non, je lui ai dit non merci, je n’aime pas les musées… ». Cependant, après bien des jours d’hésitation, elle succombe à la tentation et se laisse entraîner dans une épreuve hasardeuse qui va la conduire sur des « chemins braconniers » qu’elle n’a pas présagés et qui l’amènent jusqu’à ce palpitant récit qu’elle intitule, pour la plus grande surprise du lecteur, Marcher jusqu’au soir, paru en avril 2019, et qui constitue le troisième volume de cette collection insolite. Il faudra que le lecteur atteigne les dernières pages du livre pour découvrir la justification du choix de ce titre.

Durant cette nuit d’errance qui paraît interminable à l’auteur, elle tient un journal de bord qui lui permet d’accepter l’écoulement des heures et l’inconfort du lit de camp qu’on lui a fourni. Elle y note ses impressions, ses humeurs, ses colères qui vont jusqu’à l’exaspération même vis-à-vis de son compagnon qui tente à plusieurs reprises mais en vain de calmer ses émois. Et pourtant, elle ne se résout pas à quitter le lieu. Elle n’est pas femme à renoncer. Et le récit existe bel et bien. Elle s’entête à vouloir analyser ses réactions et nous les livre avec une grande sincérité.

Amazonia, Patrick Deville (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Août 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil, La rentrée littéraire

Amazonia, août 2019, 304 pages, 19 € . Ecrivain(s): Patrick Deville Edition: Seuil

 

Peut-on parler de « roman » à propos de ce livre ? Jacques Lacan se demandait un jour dans quelle encyclopédie on pouvait trouver l’encyclopédie qui contient toutes les encyclopédies. Peut-être est-ce là la tentative (pathétique) de Deville.

Commençons par dire que, de la plume de Deville, on ne doit pouvoir compter que 15 à 20% (au mieux) de ce livre. Le reste, tout le reste, est visiblement un assortiment de copiés/collés venus d’œuvre diverses, de livres d’histoire, de livres de voyages, de biographies etc. Une sorte de macédoine – hélas des plus indigestes – de bouts d’œuvres plus ou moins connues, essentiellement obscures, dont la longue liste mise en fin d’ouvrage ne dit à aucun moment quel morceau vient de quelle œuvre – ce qui constitue une bien étrange conception du référencement littéraire.

Régulièrement, on a même droit à des pages entières du genre Wikipédia et son éphéméride. Pardon d’avance pour la relative longueur de la citation mais elle s’impose, d’autant que Deville y avoue au début toute la méthode de son travail (« je reprenais ces histoires assemblées autour d’Iquitos »). Il s’agit donc ici de l’année 1860.

Apollon dans la poussière, Thomas A. Ravier (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Jeudi, 29 Août 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Léo Scheer

Apollon dans la poussière, mai 2019, 257 pages, 18 € . Ecrivain(s): Thomas A. Ravier Edition: Léo Scheer

 

Christian Gambe est architecte, son épouse Madeleine Avemo, cantatrice. Un soir, alors que Madeleine est acclamée pour sa performance, son mari vient la chercher dans une Porsche de collection achetée le matin même. La cantatrice ne résiste pas à prendre le volant mais, triste fatalité, la voiture termine sa course encastrée dans un mur. Tandis que Christian sort presque indemne de cet accident, son épouse est emmenée à l’hôpital entre la vie et la mort. Elle s’en sort après une longue hospitalisation mais ne peut plus chanter. Elle gardera de la rancune envers son mari.

Ce dernier qui a accepté de réaliser la commande d’une richissime hollandaise catholique : un cimetière où toutes les tombes seront réalisées en verre feuilleté,  rend, par ailleurs, visite à son frère écrivain, Clarin (alias Julien Mellismo), interné dans le Sud. Par un hasard inexpliqué, notre architecte se retrouve en possession de la mystérieuse bague, une grosse topaze montée sur or, de son frère dans sa poche. Alors que cette dernière va circuler de personne en personne, de doigt en doigt, d’incompréhensibles évènements vont avoir lieu.

Frédéric Lachèvre (1855-1943), Un érudit à la découverte du XVIIe siècle libertin, Aurélie Julia (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 29 Août 2019. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Biographie, Editions Honoré Champion

Frédéric Lachèvre (1855-1943), Un érudit à la découverte du XVIIe siècle libertin, février 2019, 226 pages, 35 € . Ecrivain(s): Aurélie Julia Edition: Editions Honoré Champion

 

Il est impossible d’étudier sérieusement la poésie française du XVIIe siècle – une grande époque poétique – sans rencontrer à un moment ou à un autre le nom de Frédéric Lachèvre. Cet érudit de haut parage fut le promoteur d’une catégorie intellectuelle, le libertinage, au sens non d’une liberté de mœurs, mais de la contestation des dogmes religieux et des traditions établies. Aucune pensée n’est dissociable d’une forme et les idées libertines s’enveloppèrent souvent dans le manteau de la poésie ; mais elles demeurèrent avant tout des idées (on a pu reprocher à l’anthologie consacrée aux Libertins du XVIIe siècle dans la Bibliothèque de la Pléiade de ne pas avoir suffisamment distingué ce qui relève du libertinage de pensée et de la pornographie pure).

Mephisto, Klaus Mann (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 29 Août 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Mephisto, Klaus Mann, Grasset, Coll. Les cahiers rouges, 2006, trad. allemand Louise Servicen, Préface Michel Tournier, 415 pages, 11,40 €

 

Klaus Mann naît en 1906. Il est le fils de Thomas Mann. Il est d’abord critique de théâtre dans sa jeunesse, et participe à la vie intellectuelle de l’Allemagne de la République de Weimar, qui voit grandir inéluctablement le nazisme dans un climat d’agitation politique, sociale et culturelle, fiévreux, et où il assiste à la montée de la violence qui en 1933 fera d’Hitler le dictateur effroyable du pays.

L’écrivain témoigne dans ses œuvres romanesques d’alors d’une incroyable lucidité face à cette montée des périls et s’engage contre les nouveaux maîtres de l’Allemagne, alertant aussi les intellectuels en Europe. Il est déchu de sa nationalité en 1934. Comme son père qui rejoint la France puis la Suisse, il s’exile d’abord aux Pays-Bas où il écrira d’ailleurs Mephisto.

Il gagne Les Etats-Unis dont il devient citoyen en 1943. Après la guerre, il retourne en Allemagne où avec amertume il constate que beaucoup de « collaborateurs » du régime nazi sont toujours en place. Il se suicide en 1949 à Cannes où il est enterré. Son œuvre dense mérite d’être découverte : Klaus Mann n’est pas que le fils de Thomas Mann.