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Lettres à Poséidon, Cees Nooteboom

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 09 Novembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Pays nordiques, Récits, Actes Sud, Correspondance

Lettres à Poséidon, traduit du néerlandais par Philippe Noble, octobre 2013, 266 pages, 22 € . Ecrivain(s): Cees Nooteboom Edition: Actes Sud

 

Certains écrivent à leur femme ou à leur maîtresse. D’autres à leur père ou leur mère ou bien à des amis. Certains à un frère, à une sœur, d’autres à un mort ou à un descendant. Beaucoup de combinaisons sont possibles. Cees Nooteboom, lui, a décidé d’écrire des lettres à un dieu, et pas n’importe lequel, Poséidon, le dieu de la mer, que d’autres appellent Neptune.

L’idée lui vient alors qu’il est installé à la terrasse d’un restaurant appelé, justement, le « Poséidon », sur son lieu de vacances. Sur la serviette qu’un serveur lui apporte, il voit le nom du dieu au trident inscrit en bleu, bleu comme la mer au bord de laquelle il vit l’été. Pour lui, c’est un signe (« quelqu’un veut me dire quelque chose, et j’ai appris à obéir à ce genre de signes ») et il décide, une fois qu’il aura achevé le roman sur lequel il planche, de lui destiner des lettres. Ou plutôt, il lui dédie des « petites collections de mots » où il l’informera de sa vie. Il lui relate les petites choses qu’il lit ou qu’il voit, des événements de sa vie. Il lui fait part de ses pensées, d’images qu’il a vues à la télévision. Il s’interroge sur la vie et la mort, ou médite sur les philosophes.

Concerto à la mémoire d’un ange, Alain Galliari

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 09 Novembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Fayard

Concerto à la mémoire d’un ange, Alban Berg 1935, 183 pages, septembre 2013, 15 € . Ecrivain(s): Alain Galliari Edition: Fayard

 

Le Concerto à la mémoire d’un ange du compositeur autrichien Alban Berg (né le 9 février 1885 à Vienne et mort dans la même ville le 24 décembre 1935) est stupéfiant de beauté – il déroule sa musique dans l’air, cet air qui constitue notre intériorité, bruissant de nuages doux comme des éclairs.

Mais s’il y a la douceur, s’il y a les éclairs, et s’ils sont là ensemble, c’est justement grâce à la musique, et ce depuis le commencement de tout. Cet air qu’est notre intériorité était vierge de chaque chose, avant que notre intériorité ait été en contact avec la musique, avant qu’elle ait été mise au monde.

Quel est, quel fut cet ange auquel est dédiée, jusque dans son titre, la musique de Berg ? Chuchotons ses prénoms et nom : Manon Alma Anna Justine Caroline Gropius.

Elle est née à Vienne le 5 octobre 1916.

C’est la fille de l’architecte Walter Gropius et d’Alma Schindler, la célèbre veuve de Gustav Mahler.

Polaroïds, Marie Richeux

Ecrit par Grégoire Meschia , le Samedi, 09 Novembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Récits, Sabine Wespieser

Polaroïds, octobre 2013, 158 pages, 17 € . Ecrivain(s): Marie Richeux Edition: Sabine Wespieser

 

Les Polaroïds, ce sont d’abord des chroniques radiophoniques de Marie Richeux. Des morceaux de vie qu’elle raconte de sa douce voix dans Pas la peine de crier, l’émission qu’elle présente et produit sur France Culture dans le creux de l’après-midi. L’exercice est déjà poétique. Il s’agit en fait de raconter une image, de voir ce qu’une photographie peut dire. Comme des ekphraseis, des descriptions qui bougent autour d’un foyer lumineux.

Pourquoi des polaroïds ? En bon préfacier, Georges Didi-Huberman tente une théorisation de la pratique en revenant sur la racine du mot « polaroïd » qu’il rattache au verbe « polariser » :

« Polaroïds, donc : “se polariser” sur la texture des choses. S’approcher, se pencher, donner sa place au minuscule. Mais aussi, “polariser” les rapports que chaque chose entretient avec ses voisines : se déplacer, faire changer l’incidence de la lumière, donner sa place à l’intervalle ».

Le chat Ponsard, André Fortin

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Vendredi, 08 Novembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Jigal

Le chat Ponsard, septembre 2013, 248 pages, 18 € . Ecrivain(s): André Fortin Edition: Jigal

 

André Fortin, avant de devenir écrivain, a été juge d’instruction, juge des enfants, président de correctionnelle. Une carrière professionnelle où il a eu le triste privilège d’être le témoin de vies brisées dès l’enfance par des abandons puis des placements dans des fondations où l’instruction et l’apprentissage de la vie passe aussi par la soumission sexuelle à certains pensionnaires. Il fut le témoin et l’observateur d’une société où les intérêts publics et privés se mélangent, dans une course obsessionnelle au pouvoir et à l’argent. Des observations sans complaisance d’un homme qui se définit comme : « Un témoin engagé, plutôt porté vers les plus faibles car, historiquement en tout cas, le droit est fait pour ça, n’en déplaise à certains : rompre, par l’avènement de la règle, avec la loi de la jungle, la loi du plus fort ».

L’intégrité, l’honnêteté sont-elles des valeurs destinées à disparaître sous les attaques d’un monde à genoux devant le matérialisme, et la justice humaine peut-elle encore aller au bout de sa mission en maniant équitablement la balance et le glaive ? Telles sont, derrière l’intrigue de ce roman policier, les questions que l’auteur aborde avec tact et humanité.

les nouveaux robinsons, Ludmila Petrouchevskaia

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Novembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Pays de l'Est, Nouvelles, Christian Bourgois

Les nouveaux robinsons, octobre 2013, trad. du russe par Macha Zonina et Aurore Touya, 185 p. 15 € . Ecrivain(s): Ludmila Petrouchevskaïa Edition: Christian Bourgois

On ne peut trouver d’ailleurs plus ailleurs  que dans ces nouvelles de Ludmila Petrouchevskaia. Géographiquement on est en Russie, mais une Russie tellement vague, fantômatique, qu’elle en devient fantasmée. Narrativement, on s’enfonce dans les dédales d’un monde sombre et étrange, plus profondément encore de nouvelle en nouvelle. Quant à l’univers du style il est fascinant tant il invente une écriture qui allie raffinement et simplicité. Bien sûr on pense à des parentés. A commencer – Russie oblige – par Nicolas Gogol et ses nouvelles fantastiques. Car on oscille dans ces histoires entre un réalisme saisissant, un peu celui du socialisme soviétique de l’après-guerre - et/ou de la Russie post-URSS - et le fantastique presque horrifique. Gogol et ses univers qui, de la vie quotidienne nous bascule soudain dans l’impossible, l’horreur (« Le Nez »). L’autre référence est revendiquée directement par l’auteure dans une des nouvelles de ce recueil :

« Seule la chatte continuait à miauler, comme dans cette célèbre nouvelle où le mari tue sa femme et l’ensevelit dans un mur de briques ; à leur arrivée, les enquêteurs comprennent ce qui s’est passé grâce à un miaulement provenant de l’intérieur du mur, où le chat préféré de l’épouse a été emmuré avec elle et se nourrit de sa chair. »

(Hygiène)