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Science-fiction

Une très bonne hérétique, Becky Chambers (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 11 Mai 2026. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Une très bonne hérétique, Becky Chambers, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Surgers, L’Atalante, 112 pages, octobre 2025, 12,50 €

On a négligé d’évoquer ici la formidable série Les Voyageurs, quatre tomes d’une science-fiction quasi solaire, réjouissante au possible, signés Becky Chambers. On l’a négligé, et on a eu tort – d’où cette critique dithyrambique d’un mince recueil de cinq nouvelles, puisque la cinquième, qui donne son titre au recueil, est située dans l’univers des Voyageurs – comme un ultime appendice, un ultime aperçu des interactions aussi passionnantes que touchantes et profondément… humaines existant entre toutes les espèces peuplant les diverses galaxies traversées dans cette série. Ici, une seule, ou du moins essentiellement une planète, celle dont sont originaires les Sianat, ces « paires » sans lesquelles la navigation interstellaire serait impossible.

Oui, dit comme ça, quiconque souffre d’un manque d’intérêt pour la science-fiction, cette supposée littérature pour amoindris du bulbe, baille et se demande ce qu’il y a à attendre d’une histoire fleurant bon le space opera. Tout, tout est à attendre, car Becky Chambers donne à chacun de ses personnages une profondeur troublante, incitant le lecteur à s’intéresser à son âme, voire à s’y attacher, surtout dans ses rapports aux autres personnages, certains n’étant pas du tout de son espèce mais les rapports entre tous étant majoritairement pacifiques.

Projet Dernière Chance, Andy Weir (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Projet Dernière Chance, Andy Weir, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nenad Savic, Ed. Bragelonne, mars 2026, 600 pages, 9,95 €

 

La presse dans son ensemble célèbre l’adaptation cinématographique de Projet Dernière Chance par Phil Lord et Christopher Miller, avec Ryan Gosling en tête d’affiche ; très bien, mais on reste libre de se faire son propre cinéma en cours de lecture, surtout si le roman est d’aussi bonne facture que celui signé Andy Weir, son troisième après Seul sur Mars (porté lui aussi à l’écran) et Artémis.

De bonne facture, il l’est grâce à son dispositif narratif : l’essentiel de l’action se déroule dans le vaisseau Dernière Chance, où se réveille un Ryland Grace comateux et à qui la mémoire revient peu à peu, d’où des flashbacks arrivant toujours à point nommé pour expliquer la raison de telle émotion ou la connaissance de telle technique, la possession de tel savoir.

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 06 Avril 2026. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis, Le Bélial’, coll. « Une Heure-Lumière », août 2016, 112 pages, 9,90 €

 

Ken Liu est un auteur spécialisé dans le récit court de science-fiction, mais avec un talent rare pour transformer une brève histoire en une méditation sur l’un ou l’autre sujet, souvent notre rapport à nous ou à l’Autre, ou notre rapport au langage. Ainsi, je tiens la nouvelle Le Jardin de poussière pour l’une des plus belles réflexions qui soient relatives à ce qu’est l’art, à sa raison d’être dans l’Univers. Et le texte en coda de L’Armée de ceux que j’aime est une merveille absolue de prose poétique. Au passage, ajoutons que Ken Liu multiplie les procédés narratifs, comme s’il était à la recherche de l’expression ultime.

Pour L’Homme qui mit fin à l’Histoire, le procédé est celui du documentaire, avec une langue donc plutôt plate mais extrêmement précise, genre oblige ; cette longue nouvelle (ou ce bref roman – une novella, pour reprendre le terme anglo-saxon ?) se présente comme la retranscription fidèle des propos tenus par les participants à un documentaire du même titre que la nouvelle.

Mange-Monde, Serge Brussolo (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 17 Mars 2026. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Mange-Monde, Serge Brussolo Folio Science-Fiction – 160 pages – 7,60 €

À juste titre, Serge Brussolo est considéré comme l’un des écrivains les plus imaginatifs et les plus inventifs de la littérature française contemporaine. Force est de nous rappeler, grâce à lui, que la jouissance de la création passe par tout un échafaudage puisant parmi les rêveries les plus folles – à tel point qu’on se demande si, au sein des publications actuelles, certains s’en souviennent. Car Serge Brussolo ne se contente pas de rêver avec gratuité. Son extravagance – on le réalise au fil de notre lecture – est suffisamment construite et cohérente pour faire écho, plus qu’on ne le croie, à nos préoccupations les plus profondes.

Dans ce futur fantasmé, la surface terrestre s’est considérablement réduite. Les côtes de tous les pays ont été progressivement grignotées, poussant les populations à migrer vers l’intérieur des terres. Si la véritable origine du phénomène demeure assez inexpliquée, la légende de Mange-Monde, sorte de géant affamé venu des profondeurs de l’eau, gagnera l’esprit des plus jeunes, et notamment de Mathias, notre héros. Cependant, le rétrécissement des nations, devenues des atolls, n’est pas l’unique constatation que fait l’humanité : la nature des océans elle-même s’est transformée, s’est presque solidifiée. Les objets peinent à s’y enfoncer (et sans doute en a-t-on trop rejeté), comme s’il s’agissait d’un sirop épais – on pourrait presque marcher à leur surface : « L’étrave la fendait sans provoquer une seule éclaboussure, sans bruit non plus. À l’arrière les remous de l’hélice avaient du mal à faire naître un sillon d’écume. » (p. 10)

Trilogie d’une nuit d’hiver, Katherine Arden (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 28 Janvier 2025. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Trilogie d’une nuit d’hiver : L’Ours et le rossignol (9,40 €), La Fille dans la tour (9,40 €), L’Hiver de la sorcière (9,90 €), Katherine Arden, Folio, mai 2024, trad. anglais (USA) Jacques Collin Edition: Folio (Gallimard)

 

L’Ours et le rossignol (9,40 €), La Fille dans la tour (9,40 €), L’Hiver de la sorcière (9,90 €), Katherine Arden, Folio, mai 2024, trad. anglais (USA) Jacques Collin

La Russie du XIVe siècle, sous les règnes successifs d’Ivan II et Dimitri Ier Donskoï : un double moment-clé dans l’histoire de ce pays destiné à devenir un empire. D’une part, la religion chrétienne prend peu à peu le pas sur le paganisme ; d’autre part, Dimitri, grand prince de Moscou et de Vladimir, prend son indépendance par rapport à la Horde d’or des Tatars, et remporte une victoire décisive lors de la bataille de Koulikovo. C’est ce cadre historique qu’a choisi Katherine Arden pour raconter sa Trilogie d’une nuit d’hiver, trois romans à lire d’une seule traite pour qui aime la fantasy.