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Roman

Le chemin des fugues, Philippe Lacoche (2ème critique)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 23 Octobre 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire, Les éditions du Rocher

Le chemin des fugues, août 2017, 312 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Philippe Lacoche Edition: Les éditions du Rocher

 

Voyage au bout du Vaugandy

« Vaugandy »… déjà le nom résonne comme un vaudou d’arrière-monde où le culte du Sombre et de l’Éclatant se tailleraient chacun sa part d’arc-en-ciel pour envoûter et réveiller un territoire ensorcelé. Pour le relier à ses racines, à sa mémoire. Pour s’y faire de nouveau rencontrer les hommes qui y habitent et y circulent, voyageurs passagers d’un temps à partager, rehaussé quand il vibre de ses instants de fraternité, de solidarité.

Dans Le chemin des fugues, l’ensorcellement – plutôt l’asphyxie, escortée d’un désenchantement vrillé à un 21e siècle emporté par l’ouragan incontrôlé des nouvelles technologies, d’un libéralisme mettant à mal nos existences de terrain pour celles de spéculation – se paie le luxe d’un style.

Une chance folle, Anne Godard

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 20 Octobre 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire, Les éditions de Minuit

Une chance folle, septembre 2017, 144 pages, 14 € . Ecrivain(s): Anne Godard Edition: Les éditions de Minuit

 

Sauvée après avoir été brûlée par de l’eau bouillante suite à un accident domestique, lorsqu’elle était bébé, Magda, la narratrice, survit avec une blessure qui peine à se refermer. Elle s’élargit même, eu égard à ce qu’on en dit. Si bien que le corps au lieu d’être carapace devient un territoire presque « abject » d’exposition aux yeux du monde. Au fil de sa narration, Magda tente de remonter l’histoire de sa vie et de son corps dont le haut à l’exception d’un visage (superbe) a été altéré.

Cette histoire, elle la connaît trop. Sa mère n’a cessé de la ressasser devant tous ceux qu’elle croisait comme pour justifier son propre chemin de croix. De toute ces douleurs, la narratrice tente de se débarrasser en précisant au lecteur : « Pardon pour la laideur infligée, j’étais petite, je ne me souviens plus, mais vous avez le droit à des explications, ma mère m’en a légué tout un sac, tenez, écoutez, et ensuite laissez-moi passer, je ne veux pas déranger ».

Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher (2ème critique)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 19 Octobre 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire, Quidam Editeur

Le livre que je ne voulais pas écrire, août 2017, 268 pages, 20 € . Ecrivain(s): Erwan Larher Edition: Quidam Editeur

 

Etre écrivain n’est pas toujours une sinécure, loin s’en faut. Pour peu que celui ou celle qui s’engage à écrire et publier ait un certain sens de la responsabilité, sans même parler d’éthique. Car s’il est des livres qui s’écrivent pour le plaisir, dans un certain élan narcissique, il en est aussi qui relèvent d’une nécessité qui dépasse largement la petite personne de l’auteur. Ce nouvel opus d’Erwan Larher est de ceux-là.

Erwan Larher était déjà écrivain avant l’événement qui le contraindra à ce livre. Quatre romans déjà publiés avant les attentats parisiens du 13 novembre 2015, Qu’avez-vous fait de moi ? et Autogénèse (Michalon, 2011 et 2012), L’Abandon du mâle en milieu hostile et Entre toutes les femmes (Plon, 2013 et 2015). Un cinquième titre était prévu chez Quidam à ce moment-là, paru depuis, Marguerite n’aime pas ses fesses (2016). Il paraît important de rappeler cela avant de parler du livre que l’auteur ne voulait pas écrire, car ce qu’il a de plus remarquable c’est bien qu’il échappe à tout opportunisme commercial, ou sensationnaliste aussi, encore plus.

La fille à histoires, Irène Frain

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 18 Octobre 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Seuil, La rentrée littéraire

La fille à histoires, septembre 2017, 272 pages, 18 € . Ecrivain(s): Irène Frain Edition: Seuil

 

En quarante-deux chapitres, la romancière livre au lecteur sa vérité, à l’âge où l’enfance décante de toutes ses frayeurs ou autres blessures.

Comme dans Sorti de rien (Seuil, 2013), le récit creuse les matières natales, toutes de Bretagne et de familles marquées par les origines.

Quand un livre, cette Fille à histoires, pousse à relire ce beau Sorti de rien, c’est que le miracle de l’écriture authentique agit, donne du prix à ce qui s’est écrit, dans la même qualité d’atmosphère, de racines familiales et de parfum d’une époque révolue.

L’après-guerre a marqué les familles. De là ont surgi tant d’étroites vies, mesurées à l’aune des besoins immenses, des soucis d’argent, du manque de logements. Quand le n°3 d’une famille, Irène, naît, c’est au plus mauvais moment pour cette mère qui avait le projet de « faire bâtir » pour échapper à l’étriqué logement où ils logeaient, son mari, elle et ses deux premières filles, trente-cinq mètres carrés, avec la promiscuité des voisins, le WC à partager, etc.

L’Incendie de la Maison de George Orwell, Andrew Ervin

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 17 Octobre 2017. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Joelle Losfeld

L’Incendie de la Maison de George Orwell, trad. anglais (USA) Marc Weitzmann, janvier 2016, 248 pages, 22 € . Ecrivain(s): Andrew Ervin Edition: Joelle Losfeld

 

Andrew Ervin (1971) a eu une activité de critique avant de publier quelques nouvelles dans diverses publications et L’Incendie de la Maison de George Orwell, son premier roman, en 2015, roman dont Gallimard a aussitôt acquis les droits de traduction, générant ainsi une relative attente : que contient donc de si crucial ce roman américain pour qu’il génère de la sorte l’envie d’un éditeur francophone ? Il contient en germe deux grands romans, dont malheureusement aucun des deux n’est vraiment abouti, malgré des passages excellents d’une très grande justesse.

L’Incendie de la Maison de George Orwell, c’est l’histoire de Ray Welter, publicitaire génial parti de Chicago pour s’installer sur l’île de Jura, dans les Hébrides. Plus précisément, il désire occuper Barnhill, la maison où Eric Blair, mieux connu sous son nom de plume, George Orwell, écrivit son ultime roman et son grand chef-d’œuvre, 1984. Ce roman obsède Welter au point qu’au détour d’une crise existentielle et professionnelle à la fois (il a réussi à faire vendre des véhicules 4X4 en créant de toutes pièces un faux mouvement protestataire, et cela l’incite à se poser des questions, d’autant que son père meurt dans l’explosion d’une usine ; accessoirement, il divorce), il décide donc de vivre là où Orwell l’a écrit.