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Les Livres

Bazar, Bernard Pignero

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 06 Novembre 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Voyages

Bazar, éd. Encre toile, juin 2017, 236 pages, 20 € . Ecrivain(s): Bernard Pignero

 

C’est un récit – précis et géographique en diable – ou bien une fable bourrée d’allusions métaphoriques, dont on guette l’arrivée de la morale de page en page, sans doute aussi un roman échevelé d’imaginaires. Bref, c’est un livre de Bernard Pignero.

Un tour du monde – rien que ça ! À la proue de bateaux improbables, par tous les temps, et bien plus, les époques. On y trouvera tout ou presque de ce qui nous importe ; la guerre et la misère, dans un coin d’Europe – Est /Sud, mais il se pourrait qu’on se trompe ; des machettes de djihadistes ou bien de quelques autres a-humains, si nombreux à peupler le monde de leur haine, la fuite pour survivre, évidemment, et l’amitié – souvent imprévisible, l’amour, bien sûr, toujours incandescent. Le grandir de tout un chacun, pas moins. Des ports, comme dans les chansons de Brel, des paysages des tableaux de Gauguin, des regrets – tellement – et le pied qu’on remet sur le pont de l’embarquement pourtant. L’ailleurs, toujours. Des pans entiers de littérature, la nôtre, nous visitent en clins d’œil élégants ; Diderot, Montaigne, plus d’une fois, Voltaire, ma foi, et Proust – ça c’est pour l’écriture. Chacun du reste fera sa propre cuisine en l’affaire, s’équipant à sa guise pour cette traversée conjuguant avant tout la liberté, et son prix.

Le ralenti des choses, Jacquie Barral

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Jeudi, 02 Novembre 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, Fata Morgana

Le ralenti des choses, octobre 2017, 56 pages, 17 € . Ecrivain(s): Jacquie Barral Edition: Fata Morgana

 

Avec son livre, Jacquie Barral ramène à l’essentiel du geste et l’art à travers son origine : « Lorsque l’on trace, enfant, son premier trait avec un crayon sur un bout de papier, ou avec un bâton dans le sable, ou un doigt sur une vitre embuée, on ignore tout de l’aventure extraordinaire qui va suivre. Et pourtant la magie du dessin vient d’être découverte ». Le dessin permet donc de réaliser une arche d’acier qui invite naturellement l’être à pénétrer dans l’enceinte d’un lieu qui donne le plus merveilleux des points de départ et des points de vue.

Jacquie Barral a trouvé en lui l’élément déterminant pour confirmer et développer la singularité de son travail et de son apport à la postmodernité. Grace à lui, elle a découvert l’effet d’une ouverture et le sens du mouvement. Il lui suffit parfois d’une table pour créer les cascades dont elle a le secret. Le dessin, entre lenteur et vitesse, produit chez elle différentes arêtes, fentes et intervalles qui participent à la construction d’un vaste réseau graphique.

Le goût du Portugal, collectif

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 31 Octobre 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Mercure de France, Anthologie

Le goût du Portugal, collectif, mai 2017, 126 pages, 8 € Edition: Mercure de France

 

De la petite collection érudite qui donne « le goût » des choses variées (café, Afrique, et autres merveilles), ce volume présenté par Jacques Barozzi et qui en a établi les textes d’anthologie.

Le même principe préside : faire connaître par le biais de textes d’auteurs de différentes périodes, et forcément, il s’élève de l’ensemble une sorte de charme imparable, puisqu’on est entré comme par effraction douce dans l’intime connaissance, ici, d’un pays.

Le Portugal, ce n’est pas certes seulement Monsieur Personne, Fernando Pessoa, toute une littérature à lui seul (selon le mot de Bianciotti), et en dépit du grand rayonnement de l’auteur à hétéronymes multiples (72 selon la spécialiste Teresa Lopez), il reste que de nombreux écrivains de grande qualité diffusent eux aussi une manière d’éclat sur ce petit pays, à la culture riche et féconde.

The Lulu Projekt, Magali Mougel

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 31 Octobre 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse, Théâtre, Espaces 34

The Lulu Projekt, 2017, 53 pages, 13 € . Ecrivain(s): Magali Mougel Edition: Espaces 34

 

What else should I be ?

Force est de reconnaître qu’il existe depuis déjà de nombreuses années un théâtre écrit pour les adolescents, joué par eux dans le cadre d’ateliers, d’options scolaires mais aussi d’institutions dont la programmation est tournée prioritairement vers ce public « jeunesse » ; on peut citer le TGN de Lyon ou Am Stram Gram dirigé par Fabrice Melquiot à Genève. Le système actuel des subventions publiques oblige la création pour des scènes nationales ou des centres dramatiques nationaux de plusieurs spectacles destinés aux enfants par saison. Les auteurs, leurs éditeurs accompagnent ce mouvement. Suivent aussi les prix littéraires dédiés. Certains auteurs d’ailleurs en dehors de leur bibliographie générale signent de nombreuses pièces « jeunesse » comme E. Bond, dès le début des années 2000 ou Fabrice Melquiot en France.

L’authentique Pearline Portious, Kei Miller (2ème critique)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 27 Octobre 2017. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

L’authentique Pearline Portious, septembre 2017, trad. anglais (Jamaïque) Nathalie Carré, 270 pages, 9,95 € . Ecrivain(s): Kei Miller Edition: Zulma

 

Le roman débute sur un paysage caribéen et une toute jeune fille de dix-sept ans qui brode les couleurs de l’arc-en-ciel. Non pas par caprice mais par goût de la beauté. Une demoiselle telle une sorte de fleur poussée dans « un endroit moite, puant et grouillant de cette espèce particulière de mouches ». Kei Miller, né en 1978 à Kingston, dresse des scènes de natures mortes exotiques et des memento mori, où « la glace des étals de poissons a fini de fondre » et où ne reste qu’« un chien tout efflanqué » (…) et « ici et là quelques morceaux de nourriture ». L’auteur s’empare des mots et des souhaits de la jeune Pearline pour secouer le monde « sans compassion ». Déjà, le cadre est situé, la Jamaïque en 1941, « les toits en zinc » et la communauté des « sans voix » de la léproserie. Par signes et par détails onomatopéiques, on découvre une langue créole poétique propre à « Spanish Town », ville « dont les médias nous disent tantôt qu’elle est pleine de tirs rafales-ravines » dans un pays dans lequel « le gouvernement et la CIA ont commencé à tendre des fusils plutôt que des sacs de riz ». Mais les habitants, pour tromper ce mauvais sort, peignent de toutes les couleurs les plus douces les murs, les maisons, les meubles.