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Livres décortiqués

La Nouvelle Revue Française, sous la direction de Michel Crépu, n°624

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 18 Septembre 2017. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Revues, Gallimard

La Nouvelle Revue Française, sous la direction de Michel Crépu, n°624, mai 2017 Edition: Gallimard

 

C’est la force de la direction de Michel Crépu que de transformer, (notamment) en ce numéro de mai, La Nouvelle revue française en recueil humaniste, accueillant – diversité vitale – les extrêmes, c’est-à-dire aussi bien la rupture amoureuse (troublante façon qu’a la lumière de se blesser dans la mer et de nous laisser exsangue) dans sa diction la plus singulière et une confession débarrassée de toute pose redonnant vie à des moments avec Christian Louboutin ou volés au temps, lors d’un bal organisé par la maison Dior.

Commençons par la rupture amoureuse. Commençons par le très beau poème La Tristesse Victor de Stéphane Bouquet, lequel pourrait dire de Victor ce que Duras disait à Michelle Porte de sa maison : « Je pourrais parler des heures de cette maison, du jardin. Je connais tout, je connais la place des anciennes portes, tout, les murs de l’étang, toutes les plantes, la place de toutes les plantes, même des plantes sauvages je connais la place, tout ».

Faubourg des minuscules, Édouard Bernadac

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 08 Septembre 2017. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

Faubourg des minuscules, mai 2017, 199 pages, 17 € . Ecrivain(s): Édouard Bernadac Edition: Héloïse D'Ormesson

 

« Puis, il y eut un été où les étoiles se mirent à briller en plein jour. Des étoiles à bicyclette, des étoiles à pied, des étoiles dans les bus, dans les cafés et les magasins, des étoiles partout dans les rues inondées de soleil. Et quand Paris se mit à regorger d’étoiles filantes, on les rassembla. Des trains d’étoiles partirent se consumer très loin, à l’abri des regards, au fond de forêts obscures. Il n’y eut plus d’étoiles à midi ».

La voix qui écrirait ceci serait celle d’un enfant qui regarderait ses futurs parents grandir. Il verrait le monde par en-dessous, en images, le monde dans un cadre. Au niveau des jambes des femmes qui peignaient en 1944 leurs mollets, couleur caramel, une ligne noire tracée entre les muscles jumeaux. Pour imiter la vie d’avant, la vie encore et ses occurrences. Paris en été, Paris « sous cloche », page 13, faubourg Saint-Antoine, le faubourg des artisans où les pliures des mains sont concrètes, là précisément où de rares Parisiens viennent déposer leurs meubles brisés. Et d’autres, des meubles saisis, à vendre.

Marie Malcaras est belle, insolente, méfiante, elle est pressée. Une chaise à réparer.

Trois saisons à Venise, Matthias Zschokke

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 02 Mai 2017. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Récits, Zoe, Voyages

Trois saisons à Venise, novembre 2016, trad. allemand Isabelle Rüf, 380 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Matthias Zschokke Edition: Zoe

« Je veux devenir comme ça : m’opposer au monde jusqu’à ce qu’il m’ait complètement laminé », Matthias Zchokke

 

L’escale de l’écrivain

Un exemple de l’impossibilité d’aller contre envieux et jaloux nous est apporté par l’écrivain suisse allemand, Matthias Zschokke. Dès l’ouverture de son dernier livre, Trois saisons à Venise, ceci : « Il n’avait pas de famille. Des amis, il ne lui en restait pas beaucoup non plus depuis que le bruit s’était répandu que la chance le favorisait d’une manière inquiétante. Il craignait que cette invitation à Venise soit considérée comme une preuve supplémentaire de cette chance supposée, ce qui inciterait ses dernières connaissances à rompre tout contact avec lui – “à se détourner de lui avec horreur” ». On reconnaît, dans cette « chance supposée », l’impossibilité d’admettre qu’il y eût à son origine quelques efforts, un peu de travail, voire un soupçon de talent. Bien des écrivains jamais invités à Venise se verront quelques points de ressemblance avec l’auteur de l’exceptionnel roman Max (voir ci-après), et le propos doit être brièvement développé.

Pour saluer la parution de Jack London dans la Pléiade (1)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 22 Avril 2017. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Nouvelles, Aventures, La Pléiade Gallimard

Jack London, Oeuvres, 2 tomes, 110 € les deux volumes, Octobre 2016 . Ecrivain(s): Jack London Edition: La Pléiade Gallimard

 

Jean-Marie Rouart, dans un texte intitulé « Je demandais aux livres : “Comment fait-on pour vivre, pour aimer, pour être heureux ?” » (paru dans la revue Commentaire en 2015), écrit ceci :

« Je n’imaginais pas que j’éprouverais autant d’émotions en remettant mes pas dans des coups de foudre parfois anciens. Soudain je retrouvai intacte mon ancienne ferveur en relisant […] le début du Peuple de l’abîme de Jack London ».

Reprenons ce début, tel qu’il est traduit par Véronique Béghain, dans le volume de la Pléiade :

« Mais c’est impossible, vous savez », me dirent des amis auprès desquels je venais chercher de l’aide pour m’immerger dans l’East End londonien. « Vous auriez intérêt à demander un guide à la police », ajoutèrent-ils, après réflexion, s’efforçant non sans mal de s’adapter aux mécanismes psychologiques du fou venu les trouver avec plus de références que de cervelle.

Vie de ma voisine, Geneviève Brisac

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 08 Mars 2017. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Vie de ma voisine, janvier 2017, 180 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Geneviève Brisac Edition: Grasset

 

Toute notre vie, nous mettons nos pieds dans ceux de l’Histoire mais, sur le moment, nous ne le réalisons pas. Le jour où nous ouvrons le dernier livre de Geneviève Brisac, Vie de ma voisine, nous sommes saisis par un air de printemps. Une cour, un cerisier, un déménagement (c’est toujours un moment d’inquiétude). Mais qui va être le plus transporté ? la narratrice qui avoue « Je peine à m’enraciner », ou le lecteur qui ne s’attend pas à un tel arrachement à son quotidien, englué qu’il est dans ses habitudes ? Car l’auteur, qui se fait narratrice, va nous obliger, nous aussi, à déménager. En effet, comme dans La Ronde d’Arthur Schnitzler, de relais en relais, de main en main, de cœur en cœur, de nom en nom, nous partons en voyage. La narratrice va nous emporter, à notre corps défendant, dans le temps et dans l’espace pour un sacré périple. A travers l’histoire d’une famille, nous allons retrouver un siècle d’histoire avec ses bonheurs et ses souffrances, ses joies et ses tragédies.