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Espagne

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 14 Septembre 2026. , dans Espagne, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte, nrf, 649 pp


Ligne de feu, livre de feu

L’œuvre d’Arturo Perez-Reverte est considérable.

De sagas en séries historiques, Perez-Reverte éblouit. Par son sens du détail, ce qu’on pourrait nommer sa technique de précision, une science à part. à mi-chemin entre journalisme, son premier métier, reporter de guerre, il en fut, et le roman total dont la focale est autant large et universelle que microscopique et infinitésimale. Balzacien au plus contemporain du terme !

Ligne de feu paraît dans la célèbre Collection Du monde entier de Gallimard.

Nous sommes fin juillet 1938 et l’Èbre est à franchir.

La bataille de l’Èbre serait en Espagne ce que notre Verdun raconte à nos consciences, rien qu’à prononcer ses six lettres de sang et de feu, de mort et de cendres.

Méditations sur Don Quichotte, José Ortega y Gasset (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 09 Mars 2026. , dans Espagne, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Méditations sur Don Quichotte, José Ortega y Gasset, trad. Mikaël Gómez Guthart, éd. Fario, coll. Pérégrines, 2025, 150p., 17€50

Le premier livre de José Ortega y Gasset constitue le premier pas d’une philosophie espagnole encore assez peu connue en France, sinon reconnue, et le premier pas tout court pour le philosophe. Il est constitué de trois parties distinctes : d’un préliminaire, qui représente un quart de l’ouvrage, et de deux méditations d’un volume équivalent. Chacune des deux méditations sont marquées par l’élévation de la pensée de l’auteur vers des domaines esthétiques, culturels ou rationnels.

Ma difficulté, je l’avoue, c’est que ma formation philosophique n’est pas savante. Je me suis forgé une connaissance de la philosophie grâce à mes lectures et certains apprentissages connexes à mes études universitaires. Je suis plus artiste que philosophe - mais des exemples comme celui de Nietzsche font bien tomber les barrières… Donc j’ai essayé de lire l’opus comme je l’aurais fait d’un ouvrage littéraire. Au reste, cette écriture du début du XXème siècle est très moderne ; elle évoque l’herméneutique de Derrida ou la langue de Foucault. C’est une écriture qui se déplie, qui joue sur de doubles entendements, qui épaissit la réalité et rend plus pleine la compréhension du monde.

Méditations sur Don Quichotte, José Ortega y Gasset (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Mercredi, 11 Février 2026. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, En Vitrine

Méditations sur Don Quichotte / José Ortega y Gasset / Traduction Mikaël Gómez Guthart / Editions Fario / novembre 2025 / 145 p / 17,50 €

 

Où il est question de sublime et de ridicule


La question « Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? » que l’on soumet volontiers - et à juste titre - aux apprentis philosophes, n’en finit pas de faire naître toutes sortes de méditations, d’interrogations et de réflexions. Qu’en est-il de la nature d’un chef-d’œuvre, de son intérêt et de la place qu’il joue dans nos vies ? Rien ne vaut se frotter presque quotidiennement à ces textes intemporels, quitte à délaisser nos contemporains, des fâcheux pour nombre d’entre eux. Et de continuer à lire les chefs-d’œuvre et les relire. Ils nourrissent notre imaginaire, brillent ainsi que des références et jouent comme des miroirs de nous-mêmes au point qu’il nous est impossible de nous en passer. Ainsi de « Madame Bovary », ou encore de « L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche ».

Comme les amours, Javier Marías (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 05 Novembre 2025. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Comme les amours, Javier Marías (Los enamoramientos, 2011), Traduit de l’espagnol par Anne-Marie Geninet, Folio 421 p. Edition: Folio (Gallimard)

Le temps est une affaire vertigineuse. Dans l’axe, seul le passé existe. Le futur est hasardeuse spéculation. Le présent une pure fiction. C’est la ligne continue qui traverse ce sombre roman, ce presque roman noir. La mort (violente en l’occurrence) fige une histoire dans le passé. L’histoire est alors saisissable, elle a un début et une fin, l’observateur sait ce qu’il en est de la narration du mort. C’est la position du lecteur de biographies : Baudelaire est né, il a vécu, il a souffert, il a aimé, il a écrit, il est mort. Baudelaire est lisible, il appartient au passé, du moins par sa vie, son œuvre, elle, continue par un miracle que seul le génie peut produire.

Luisa, l’épouse, et Maria la narratrice sont désormais en aval de Miguel, assassiné sauvagement, tailladé au couteau papillon par un inconnu. Et en aval, il n’y a évidemment plus Miguel. Le temps de Miguel est clos, tellement clos qu’un retour (impensable) de Miguel serait un cauchemar aussi terrible que sa mort. Non pas que son épouse, Luisa, ne le regrette pas - elle est au contraire écrasée par sa disparition, incapable de s’en relever malgré ses deux enfants – mais parce que le temps ne permet pas de manquement à ses règles : ce qui est clos est clos, provoque un ordre nouveau et une faille dans cette règle serait le pire des désordres.

Lune de loups (Luna de Lobos, 1985), Julio Llamazares (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 08 Novembre 2023. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Verdier

Lune de loups (Luna de Lobos, 1985), Julio Llamazares, Editions Verdier Poche, 2009, trad. espagnol, Raphaël Carrasco, Claire Decaëns, 187 pages, 10,20 € Edition: Verdier

 

Après La Pluie jaune (La Lluvia Amarilla), Llamazares continue ses sombres chemins montagneux dans cette novella aux accents obsédants de la peur et de la mort. Lune des Loups (Luna de Lobos) raconte la fuite effarée, dans les forêts du León, de quelques combattants républicains après la Guerre Civile et la victoire des fascistes de Franco. Les héros de ce roman sont les combattants dérisoires d’une guerre déjà perdue. Les résistants de ce maquis montagnard ne résistent plus à personne ni à rien si ce n’est à l’imminence de la mort promise, incarnée par les gardes civils qui les traquent inlassablement. Chaque sente est un piège potentiel, chaque hameau traversé un guet-apens possible. La peur est collée aux pas des hommes, elle suinte de leur corps, de leur esprit, de leur âme. Toute personne rencontrée est une dénonciation virtuelle, une trahison à venir.