Identification

La Une Livres

Le poids du papillon, Erri de Luca

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Critiques, Bassin méditerranéen, Récits, Gallimard

Le poids du papillon, mai 2011, 9 euros 50. . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard


Il faut s’asseoir au coin d’un feu imaginaire et écouter le merveilleux conteur qu’est Erri De Luca, ce livre mince comme un papillon ouvert dans les mains qui gardent le poids des images contenues dans les pages. Des pages, qui, quand elles sont tournées, restent présentes quelque part. La langue de De Luca est nue, rocailleuse parfois, un peu à l’image de l’homme qui aime les choses simples, le café, les aliments que l’on trempe dans la tasse et que l’on mange en s’ébouillantant presque, en écoutant le chant du silence, à l’ombre des arbres qui murmurent leur solitude. Ou le cœur pris dans le chant des grillons.

Ici la langue de ce grand écrivain atteint l’épure (grâce aussi au talent de Danièle Valin – cet ouvrage fut initialement publié en italien en 2009), suivant les fils d’un premier conte (« Le poids du papillon ») qui est presque une parabole (le livre est constitué de deux courts textes) et suivant l’harmonie d’un récit (« Visite à l’arbre ») non pas clôturant l’ouvrage mais le suspendant dans un silence plein de tous les mots qui se sont précipités jusque-là avec leur rudesse et leur simplicité chantante, un silence qui se découvre, presque à sa propre surprise, harmonique.

Sur le haschich, Walter Benjamin

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Langue allemande, Christian Bourgois

Sur le haschich. 2011. Traduit de l’allemand par Jean-François Poirier. 128 p. 6 € . Ecrivain(s): Walter Benjamin Edition: Christian Bourgois


Il faut saluer la réédition des textes intitulés « sur le haschich » de Walter Benjamin par Christian Bourgois dans la collection «Titres ». Ces textes sont des notes prises par l’auteur ou par les participants aux protocoles, séances durant lesquelles la prise de drogue, haschich ou mescaline, avait pour but l’observation et la retranscription des effets sur la pensée.

Derrière la description parfois aride de ces effets, ou derrière quelques fulgurances dans la succession des images et des pensées, on ne peut occulter « la volonté de savoir » qui aura animé le philosophe. Non pas un simple savoir répondant à une légitime curiosité, (on ne peut pas ne pas penser à Baudelaire) mais un savoir qui s’inscrit dans le projet révolutionnaire pour lequel il veut mettre en œuvre les « terra incognita » de la pensée que peuvent révéler ces expériences.

On est loin, ici, de la consommation actuelle du haschich, qui correspond plus à une volonté de « rêver la vie plutôt que de la vivre », la révolution de Benjamin se fondant essentiellement sur le renversement d’un ordre établi, ordre qu’aujourd’hui on ne remet pas en question avec le haschich, mais qu’on oublie grâce à l’euphorie qu’il engendre.

La vie sexuelle des super héros, Marco Mancassola

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 29 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Bassin méditerranéen, Roman, Gallimard

La vie sexuelle des super héros – Traduit de l’italien par Vincent Raynaud. 546 pages, 24,90 € . Ecrivain(s): Marco Mancassola Edition: Gallimard


Réveillez le geek qui sommeille en vous. Vous aussi vous avez été élevé au Strange ? Vos héros d’enfance s’appelaient Spiderman ou Batman, Spiderman ou Wolverine, Daredevil ou Le Punisher ? Vous prenez encore un plaisir non coupable à vous plonger dans des comics ? Vous ne manquez pas un seul des films de super-héros qui fleurissent au cinéma ?

Alors, le dernier livre de Marco Mancassola, La vie sexuelle des super héros, est assurément fait pour vous.

Comme l’annonce son titre, ce livre est d’abord un programme de choc. Où l’on va connaître les super-héros sous un jour un peu plus intime. Car s’il existe une certaine constante dans les comics, c’est bien souvent l’absence de sexualité des super-héros. Pas de repos du guerrier pour les braves. Défendre la veuve et l’orphelin, sauver le monde contre des hordes de super-méchants vide-t-il de toutes ses forces ? Mais peut-être aussi parce que le public auquel s’adressent les comics est plutôt jeune…

Un voyage humain, Marc Pautrel

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 29 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard

Un voyage humain, 2011. 75 p. 11 € . Ecrivain(s): Marc Pautrel Edition: Gallimard


« Il fait très froid mais le ciel est magnifique, bleu acier avec un soleil éblouissant et venté, un grand souffle lumineux qui balaie les hauteurs de la ville. Il ne lui reste plus qu'à attendre deux jours, que je reçoive la carte, que je l'appelle, que je réponde, oui ou non, elle pense que oui, elle n'est pas sûre. »

Ce sera oui, oui exprimé avec force. Oui face à quoi ? Face au désir d’enfant. Un oui ébloui. Par ce oui commun à ce couple est exprimé le désir conjoint d’avoir un enfant, désir d’un voyage à deux vers la paternité et la maternité, voyage qui ne sera pas exempt d’embuches, bien au contraire, voyage qui est bien, par excellence, le « voyage humain », que Marc Pautrel nous dépeint avec des phrases qui ont toujours une façon de nous surprendre, l’auteur s’attachant à faire en sorte que soit toujours rompu l’équilibre rythmique, afin que se crée, à la lecture, une petite musique qui soit à même de nous dire quelque chose des désirs, des angoisses, des attentes du narrateur, bien davantage encore que ne le font les évocations psychologiques que nous donne l’auteur.

Mood Indigo, Mamadou Mahmoud N'Dongo (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 28 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles, Gallimard

Mood Indigo, Improvisations amoureuses, 18 euros . Ecrivain(s): Mamadou Mahmoud N'Dongo Edition: Gallimard

Mamadou Mahmoud N’Dongo continue, avec Mood Indigo, qui sont de courtes nouvelles ayant aussi bien trait à l’incompréhension amoureuse qu’à l’incompréhension politique, un parcours prosodique qui vise à faire advenir, dans le langage même, quelque chose de l’Afrique, du corps de ce pays en même temps que de son humour, multiple. Bien sûr il ne s’agit pas pour l’auteur de penser qu’un continent puisse être soluble dans une forme, dans un art, mais assurément Mamadou Mahmoud N’Dong pense avec raison qu’un art peut donner à entendre un pays – il ne s’agit pas ici de donner à voir, puisque la plupart des situations décrites sont, du reste, des situations proprement linguistiques –, à écouter une altérité géographique, laquelle n’est pas le fait d’un invariant mais d’une multiplicité de singularités.

Car il ne s’agit jamais pour l’auteur qui n’en est pas à son coup d’essai de donner corps par la forme et par le style à des topoï, mais il s’agit toujours pour lui de chercher à approcher inlassablement une culture, la sienne, avec toutes les nuances que lui permet le langage autant que la diversité des formes utilisées qui ont toutes des liens avec la nouvelle, mais des liens superficiels, car l’on trouve également, dans ce livre, ce que l’on pourrait appeler de très courts romans, condensant chacun le non-dit qu’il véhicule autant que ce qu’il donne à penser.