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La rentrée littéraire

Arizona Tom, Norman Ginzberg

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 14 Octobre 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

Arizona Tom, août 2013, 224 p. 17 € . Ecrivain(s): Norman Ginzberg Edition: Héloïse D'Ormesson

« À Brewsterville, les distractions sont rares. /…/ Ce n’est pas moi qui m’en plaindrais. Moins il s’en passe mieux je me porte. Je suis le shérif de ce bled. Un shérif placide et discret, ni bégueule ni fiérot. Pas un de ces paltoquets qui bombent le torse devant les voleurs de poules, une main sur l’étoile, l’autre sur la crosse de leur colt. Je suis shérif comme d’autres sont putains ou croquemorts, parce qu’il en faut ».


Ocean Miller, alias Ocean Meier, fils de juifs immigrés venus chercher fortune en Amérique après avoir fui Hambourg où ils ne vivaient que dans la malédiction, la misère et le mépris, se livre au soir de son existence au jeu des confidences. Une vie sans grande étoffe, souvent marquée par la poisse, jusqu’à ce poste de shérif dans ce trou perdu d’Arizona aux limites du désert de Mojave. Entre deux rasades de bourbon, il se remémore… les petit boulots d’avant, les succès faciles auprès des femmes, l’engagement dans l’Union pendant la guerre de Sécession aux côtés du général Chamberlain, le poste d’adjoint d’un marshal dans le Kansas, la traque aux voleurs de bétail, les amitiés trahies et au bout de la route, ni épouse, ni enfants, ni même un toit, dans ce bled où il ne se passe rien ou presque. Sauf le mercredi 8 juin 1883, où le chemin du shérif croise dans le désert celui d’un gamin sourd-muet, Tom, tirant au bout d’une corde un homme-tronc.

Mon Amérique, Jim Fergus

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 10 Octobre 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Récits, Le Cherche-Midi

Mon Amérique( Nature writing), trad. (USA) Nicolas de Toldi, septembre 2013, 300 p. 20 € . Ecrivain(s): Jim Fergus Edition: Le Cherche-Midi

Jim Fergus s’inscrit dans les figures de la grande littérature américaine. Passionné de nature, de chasse, de pêche, il est dans la lignée prestigieuse du Montana avec ses amis Jim Harrison et Rick Bass. Ce dernier est d’ailleurs un des personnages de ce livre puisqu’il partage avec l’auteur des journées de chasse aux oiseaux. Ce livre est un journal de chasseur, de pêcheur, constitué de petites nouvelles qui sont autant d’histoires dont raffolent, on le sait, ceux qui pratiquent ces activités.

Histoires d’hommes (les femmes sont très rares ici), de chiens, d’animaux sauvages, Fergus distille ses souvenirs comme un hymne à la nature, aux grands espaces américains, aux amitiés éternelles.

A la manière des romantiques, Fergus ne regarde pas la nature comme objet en soi mais comme jouissance pour soi. Il en attend un retour, la contemplation ne lui suffit pas et en cela il rejoint une tradition rousseauiste. Rick Bass, dans la préface qu’il offre à son ami, ne s’y trompe pas :

 

« L’important n’est pas le paysage, mais l’homme et ce qu’il ressent. Et Jim est un homme intensément amoureux de la vie. »

Belém, Edyr Augusto

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 09 Octobre 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Asphalte éditions

Belém, traduit du portugais par Diniz Galhos, 10 octobre 2013, 256 pages, 21 € . Ecrivain(s): Edyr Augusto Edition: Asphalte éditions

 

 

Belém ou la ville du crime


Le roman commence par une phrase minimaliste : « Johnny est mort ». Par cette simple constatation quasi journalistique, le lecteur prend connaissance du récit in media res. En effet, Johnny était un très grand coiffeur qui gravitait autour des célébrités de Belém, une ville qui se trouve au Nord du Brésil. S’agit-il d’un meurtre ou tout simplement d’une overdose d’héroïne ? C’est une question qui taraude l’inspecteur Gilberto Castro dit « Gil ». L’enquête progresse lentement et Gil va faire la connaissance de la bande d’amis du défunt. Sans le savoir il va tomber dans un piège dangereux dont l’issue pourrait lui être fatale.

Requiem, Marie-Josée Desvignes

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 09 Octobre 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Cardère éditions

Requiem, avec 12 encres de l’auteur et des photos d’Hélène Desvignes, septembre 2013, 108 pages, 14 € . Ecrivain(s): Marie-Josée Desvignes Edition: Cardère éditions

 

Requiem comme son nom l’indique est une pièce maîtresse et bouleversante. Il s’agit bien comme son titre l’indique d’un hommage à un défunt, une cérémonie du souvenir, mais aussi une pièce d’un puzzle jusque-là resté inachevé, qui vient donc combler un manque, refermer autant que possible une plaie béante, car le défunt, ici, n’a jamais eu d’existence, il n’a jamais été reconnu parmi les vivants et donc impossible de le compter parmi les morts.

Pas de pleurs, sauf les miens, en silence, toujours – loin des autres, quelque chose de honteux – faut cacher.

Il faut cacher et il faut oublier, lui a-t-on dit, et le silence est tombé comme une chape sur la mère. Cette mère qui ne l’a pas vu elle, seul le père l’a vu, l’enfant. Cet enfant non viable, lourdement handicapé, mort peu de temps après avoir été tiré du ventre, deux mois avant terme. Cet enfant qu’il fallait oublier, ne pas nommer, juste un blanc dans la lignée familiale.

Le quatrième mur, Sorj Chalandon (2ème critique)

Ecrit par Stéphane Bret , le Samedi, 05 Octobre 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Le quatrième mur, août 2013, 327 pages, 19 € . Ecrivain(s): Sorj Chalandon Edition: Grasset

 

Peut-on arracher à la guerre, même très brièvement l’espace de quelques heures, des belligérants ? L’objectif apparaît chimérique, surtout lorsque le moyen employé est le théâtre.

Samuel Akounis, Juif grec né à Salonique, ayant miraculeusement échappé à la Shoah, né en 1940, n’est pourtant pas revenu de tout : il croit, avec une certaine lucidité, avec le poids de l’expérience tragique de l’histoire, aux vertus de générosité, à la force des idées. Cette fidélité, il tente de la transmettre à ses amis, à Georges, étudiant en histoire, théâtreux à ses heures, militant au Quartier Latin dans les années 70. Il incite son ami à introduire de l’intelligence dans la défense de ses convictions, à ne pas utiliser les comparaisons et slogans trop outrés et simplistes. Ainsi le morigène-t-il lorsque Georges se met à crier « CRS-SS » lors d’une manifestation : « Aloïs Brunner n’était pas là, Georges. Ni aucun autre SS. Ni leurs chiens, ni leurs fouets. Alors, ne balance plus jamais ce genre de conneries, d’accord ? ».