The Sick Bag Song, Nick Cave (par Guy Donikian)
The Sick Bag Song, Nick Cave, Editions La Table Ronde, traduction de Serge Chauvin, parution 2 avril 2026, 188 pages, 20 euros.
Edition: La Table Ronde
The sick bag song est tout d’abord un livre particulier, un objet littéraire devrait-on dire, puisqu’il s’articule en petits chapitres, chacun débutant par une photo de sac vomitoire, ce qui, à l’évidence ne peut que surprendre, mis à la disposition des voyageurs sur les lignes aériennes de l’Amérique du Nord. Ces sacs vomitoires ont servi au chanteur à écrire des textes durant les vols.
Nick Cave, avec les Bad Seeds qui l’accompagnent depuis toujours, est en tournée en Amérique du Nord. Nous sommes en 2014, la tournée durera plus de deux mois, conduisant le chanteur et le groupe de ville en ville. Et à chaque voyage, Nick Cave va griffonner sur ces fameux sacs des impressions, des textes de chansons, des notes parfois triviales comme d’autres seront plus lyriques, Ce sont aussi des visions qui seront écrites, dévastatrices, apocalyptiques, ou empreintes d’envolées extatiques.
Notons encore que chaque sac est daté, ce qui permet de suivre le périple du chanteur, qui commence à Nashville le 13 juin 2014 pour se terminer le 2 août à Montréal. La carte imprimée sur les premières pages montre que la tournée visite les villes principales des États-Unis, d’est en ouest du nord au sud.
Le premier texte a le mérite de circonscrire d’emblée les contours de l’écriture. Il s’agit là de la mémoire du chanteur, quand, tout jeune, il va vivre une expérience qui le marquera. Et c’est à l’occasion d’un soin que le chanteur va se remémorer cet épisode lié à son enfance.
Le 20 juin, Nick Cave est à Milwaukee, Wisconsin. Dans sa chambre d’hôtel, il va se teindre les cheveux, observer son visage et noter les marques de vieillissement sur son visage :
« je concocte soigneusement une pâte dans un bol et je me teins les cheveux en une aile de corbeau lustré et d’un noir d’encre » ; et il poursuit son récit « Je repositionne mon visage pour ne plus ressembler A Kim Jong un mais davantage à Johnny Cash » et plus loin c’est l’occasion de rappeler « Dans un studio de Malibu, Johnny Cash s’est assis pour chanter une ballade. Il était à moitié aveugle et pouvait à peine marcher. J’y étais. »
Le 27 juin, le chanteur est à Calgary, et c’est en déambulant dans la ville qu’il apprécie qu’il va ressentir le besoin d’écrire et il rentre à l’hôtel pour écrire le texte d’une chanson
Je suis né dans une flaque de sang, privé de tout
Ce sang c’était le mien, pulsé par mon coeur nouveau-né
Je me suis soupesé, trouvé insuffisant, privé de tout, avide de tout, c’est le désir de tout qui va t’écarteler.
Le 21 juillet, tout ce petit monde est à La Nouvelle Orléans et Nick Cave va écrire un long poème pour dire l’admiration qu’il éprouve pour le créateur de « Like a Rolling Stone » :
Alors lentement, surgissant de sa manche,
Une froide main de satin blanc saisit la mienne.
J’aime beaucoup ce que tu fais, me dit-il
Et moi ce que vous faites. J’aurais pu défaillir.
Puis sa main se rétracta dans sa manche,
Et Bob Dylan prit congé
S’éclipsant dans la pluie diluvienne.
Nick Cave rend aussi hommage, dans ces écrits sur « sacs à gerbe », à Brian Ferry, Patti Smith et dans cet objet littéraire, nous assistons également à l’écriture de textes et de chansons qui ont ponctué la carrière du chanteur.
Guy Donikian
Outre une discographie importante, Nick Cave a également publié en 2025 Mort de Bunny Munro aux éditions Quai Voltaire.
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