Le Crâne de Sade – Jean-Claude Hauc (par Philippe Chauché)
Le Crâne de Sade – Jean-Claude Hauc – Tinbad Roman – 17 euros – 158 p. – 24/09/26.
Edition: Tinbad
« Le soleil s’était à présent couché et la pénombre envahissait l’appartement de Durcet. Repoussant son livre, il tourna son regard vers Sophie-Angélique en commençant à se frotter les tempes. Celle-ci ne put réprimer un sourire face à la comédie ordinaire de l’historien. La jeune femme rêvait parfois de l’entendre lui lancer un de ces « Troussez ! » énergiques par lesquels le libertin sadien invite sa proie à se dévêtir. »
Ce crâne de Sade que va rechercher l’historien Milan Durcet, va mettre le feu aux poudres, cette passion des traces et des restes de Sade enflammer ce roman explosif. Tout commence à Lacoste, à un trait de plume du fantôme du Château du Marquis, dans l’Espace Pierre Cardin, où Milan Durcet prononce une énième conférence sur Sade, quand dans le public, un homme bien curieux, à l’accent américain, lui demande où pouvait bien se trouver le crâne de Sade.
Le roman va répondre à cette question, ou pour le moins inventer des romanesques réponses, qui ne manqueront ni de piquant, ni de sang. Après quelques escapades sexuelles et géographiques, Milan Durcet va retrouver ce crâne tant recherché, mais cela ne durera que le temps qu’il y perde la vie, le voleur, qui se pense sadien, frappera ainsi, non au hasard, mais avec calcul. Durcet est un séducteur qui collectionne ses jeunes conquêtes, à la manière du libertin de Lacoste, elles sont ses éclaircies, sans peut-être qu’il en saisisse réellement les éclats, elles se prénomment, Sophie-Angélique, Delphine, Juliette, leur histoire plus ou moins brève, et troublante pour Juliette, sera l’un des piliers du roman, Juliette qui devint l’héroïne de la deuxième partie de ce livre hors normes. Les morts se suivront, têtes tranchées comme autant de signatures ignobles d’un prédateur, que Durcet suivra à la trace, tentant même de le précéder dans ses déplacements mortifères. Le Crâne de Sade est un roman marqué au fer rouge par la violence et le crime d’un prédateur se réclamant du Marquis, perpétuant dans la terreur, non ce qu’il fit, mais ce qu’il écrivit, lui qui vit passer de sa prison l’Ancien Régime, la Révolution et la Terreur, mille fois plus criminelle que ses livres, un roman à lire comme une divine comédie, où les quelques escapades en Paradis, se conjuguent avec celles plus récurrentes en Enfer. Des crimes reproduits une fois le prédateur disparu, dans une vertigineuse chute.
« C’est alors que Durcet jaillit lui aussi de son siège. Une idée venait de se faire jour dans son esprit. Si le tueur désirait incarner jusqu’au bout son modèle, il se devait d’emprunter à présent un « itinéraire sadien ». Or, en 1775, lorsque Sade s’était rendu de Lacoste en Italie, il avait commencé son périple transalpin par Turin. »
Durcet échappera au périple italien, car il tombera lui aussi sous les griffes du tueur en fuite. L’Italie sera aussi l’itinéraire du roman, fidèle aux piliers qu’il a bâtis, avec d’heureuses échappées et de terribles effondrements, que nous ne dévoileront pas ici. Jean-Claude Hauc réussit là un surprenant roman flirtant avec les écrits du Marquis, ses fantasmes romanesques, que le romancier s’approprie, comme il s’approprie l’aventure qu’embrassent ses personnages en fuite et en quêtes, il fait corps romanesque avec les destins de ses personnages. Ce roman parfois frivole, par instants torride, quelques fois violent, inspiré par les héroïnes du Marquis, qui telles des ombres tremblantes se rappellent aux bons souvenirs de Milan Durcet et de ses lecteurs, nous conduit au centre de cercles de l’Enfer et sous les ciels du Paradis, c’est notamment l’une de ses forces romanesques.
Philippe Chauché
On doit notamment à Jean-Claude Hauc, Les châteaux de Sade, Les valets de Casanova suivi de Louis Castelbajac (Les Editions de Paris), Le diable menait la danse (Z4), Casanova et la Montpelliéraine (Editions Douro). Il fait partie des Lettres françaises.
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