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Le bourdonnement de la lumière entre les chardons, Claude Donnay (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux 27.06.19 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Le Coudrier

Le bourdonnement de la lumière entre les chardons, juin 2019, 90 pages, 18 €

Ecrivain(s): Claude Donnay Edition: Le Coudrier

Le bourdonnement de la lumière entre les chardons, Claude Donnay (par Patrick Devaux)

 

Sommes-nous, avec Claude, dans « le bourdonnement de la lumière entre les chardons », dans un processus d’éternel retour ou d’éternelle continuité ? Ce recueil, en tout cas, nous rappelle brillamment ce très court laps de temps qui fait notre éblouissement puisqu’« il n’est question/ Que de passer/ Du doigt au sable/ Du sable à la vague ».

Devant le doute, certes « le ciel rougit de notre immobilité »… mais il flamboie car « au-delà du choix/ Le chemin pose/ Son évidence ».

Tributaire du corps, l’âme serait-elle en sursis quand « le monde survit/ Le temps/ D’un battement de cils » ?

C’est que le bourdonnement se fait intense au moment où on s’y attend le moins, sorte de résistance globale à vouloir prendre un certain élan quand « la vie coule à pic ».

La Vie toujours se fait neuve : « Plus la mort pond ses œufs/ Dans les nids à l’abandon/ Plus les oiseaux dans le ciel/ Se doivent d’être audacieux/ Car leurs ailes signent/ L’espoir dans nos yeux ».

La lumière se fait témoin de nos joies, de nos peines, de nos hésitations avec aussi cette sorte d’empathie « Libérant une douleur/ Ou une joie intense/ Qui éclabousse le présent/ Jusqu’au pincement ».

Une fois nommée, la lumière n’a aucune hésitation à servir de vecteur au plaisir d’être unique dans un environnement global, la référence du corps s’accomplissant jusque dans le paysage : « Et le monde tressaille/ Dans la jupe tendue sur les genoux/ Et la lumière se répand/ Jusqu’aux lèvres de l’horizon ».

La lumière, transcendée par les brillantes illustrations d’Odona Bernard, a aussi sa part d’éclair qui, à la fois nous pose question et nous encourage aux ouvertures : « Tant de mort/ Dans les regards du matin/ Que je traverse la rue/ Vers ce trottoir/ Où pleuvent/ Des étoiles filantes ».

L’interrogation d’une situation n’a d’égal que les ressources qu’elle porte en elle. En effet, si « l’été immobile échappe aux soins palliatifs », on écoute cependant « le soleil installer ses terrasses/ On puise l’instant/ Puisqu’on ne peut l’emporter ».

Et cette superbe phrase bourdonne justement en nous comme autant de lumière et de partage, phrase-amour, symbiose et grandiose empathie : « Je veux que ma vie file entre tes doigts ».

Belles, les images sont, elles aussi, « caressées (caressé) comme une canne à pommeau ».

Le temps, rouillé aux entournures, n’a d’égal que la belle évocation de l’automne qui n’aura cesse de préserver l’ultime instant de lumière dans cette continuité poétique.

Et qui sait si… entre les lignes… ne « bourdonne » pas l’une ou l’autre silencieuse citation d’autrui ?

Elle ne nous sera pas dite puisque tout le reste suffit à nous émouvoir, « le jour se levant sur des traces d’écriture ».

 

Patrick Devaux

 

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A propos de l'écrivain

Claude Donnay

 

Claude Donnay est poète, nouvelliste et romancier.

Après des études de philologie romane, il enseigne à l’Institut Saint-Joseph de Ciney, depuis 1981. 

Il commence à publier en revues au début des années 1990 et participe à l’aventure de la revue "RegART". En 1999, il fonde la revue "Bleu d’Encre" qu’il anime toujours aujourd’hui. Il la complète en 2010 par Bleu d’Encre Éditions pour faire connaître les poètes qu’il aime.

Claude a publié 17 recueils de poésie et participé à plusieurs anthologies. Il écrit également des nouvelles dans Sol’Air, Nouvelle Donne et RegArt. Pour sa nouvelle "Spartacus", il s’est vu décerné le prix de la prose Emma Martin.

"La route des Cendres" (2017) est son premier roman. 

Il habite un petit village à la périphérie de Dinant.

A propos du rédacteur

Patrick Devaux

 

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Patrick Devaux est né en Belgique sur la frontière avec la France, habite Rixensart, auteur d’une trentaine d’ouvrages auprès d’éditeurs divers en poésie, quelques prix d’édition, 3 romans parus dont 2 aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune; 2 recueils de poésie récents (2016 et 2017) parus aux éditions Le Coudrier ; membre de l’AEB (association des écrivains Belges) et de l’AREAW (association royale des écrivains et artistes de Wallonie), il a aussi de nombreux contacts en France ; il anime une rubrique « mes lectures » sur le site de la revue Vocatif www.moniqueannemarta.fr de Nice depuis 2013 et fréquente de près ou de loin les écrivains du groupe de l’Ecritoire d’Estieugues de Cours la Ville  et de l’association LITTERALES de Brest ; publie aussi dans diverses revues de poésie. Fréquente aussi les réseaux sociaux, faisant ainsi connaitre la poésie d’auteurs moins connus ou disparus.