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Langue portugaise

Antinoüs, Fernando Pessoa (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Mardi, 12 Juillet 2022. , dans Langue portugaise, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Antinoüs, Fernando Pessoa, ErosOnyx éditions, Coll. Classiques, mars 2022, édition bilingue, trad. anglais (alexandrins), Yvan Quintin, 88 pages, 14 €

Nous sommes en 130 apr. J.-C. L’empereur romain Hadrien veille son amant et favori Antinoüs qui vient de se noyer dans le Nil à l’âge de vingt ans. C’est un fait historique, repris notamment par Marguerite Yourcenar dans ses célèbres Mémoires d’Hadrien, et par d’autres auteurs et poètes comme Oscar Wilde, Yukio Mishima, Rainer Maria Rilke, Federico García Lorca ou Mutsuo Takahashi. L’un des plus grands poètes portugais de l’époque moderne, Fernando Pessoa, a lui aussi repris cette figure dans un long poème écrit en anglais, intitulé « Antinoüs ».

Les éditions ErosOnyx nous en proposent aujourd’hui une version bilingue accompagnée d’une note et d’une postface, dans une présentation soignée comme elles en ont l’habitude. Il en existait jusqu’à présent trois traductions en français, assurées respectivement par Armand Guibert, Patrick Quillier et Georges Thinès. Celle que nous lisons ici, œuvre d’Yvan Quintin, s’en démarque par le choix d’une traduction en vers, passant de l’original anglais (le vers anglais le plus fréquent étant le pentamètre iambique de cinq pieds) aux douze pieds français de l’alexandrin. Sans aller cependant jusqu’à la recherche de la rime, il s’agit, pour le traducteur, de mieux rendre la dimension poétique du texte de Pessoa, écrit, difficulté supplémentaire, dans un anglais élisabéthain, en usant de l’équivalent métrique le plus courant en français.

Le Cul de Judas, António Lobo Antunes (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 24 Août 2021. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Le Cul de Judas (Os Cus de Judas, 1979), trad. portugais, Pierre Léglise-Costa, 219 pages, 9 € . Ecrivain(s): Antonio Lobo Antunes Edition: Métailié

 

A qui parle le narrateur de ce roman ? À une femme, au bar d’un hôtel lors d’une nuit lisboète ? Oui mais qui est-elle ? Une rencontre coquine ? Ce qui importe c’est sa fonction dans la politique narrative du roman. Elle est l’Autre c’est-à-dire, dirait Lacan, le discours inversé du parlant. Le narrateur s’entend, s’écoute, en lui parlant. Elle est dépositaire du flux de conscience, elle est juste un récepteur.

Ne faites pas attention, le vin suit son cours et d’ici peu je vous demanderai en mariage : c’est l’habitude. Quand je suis très seul ou que j’ai trop bu, un bouquet de fleurs en cire de projets conjugaux se met à pousser en moi, à la façon d’une moisissure dans les armoires fermées et je deviens gluant, vulnérable, pleurnichard et totalement débile ; je vous avertis : c’est le moment pour vous de filer à l’anglaise, avec une excuse quelconque, de vous enfourner dans votre voiture avec un soupir de soulagement, de téléphoner ensuite, de chez le coiffeur, à vos amies pour leur raconter, entre deux rires, mes propositions sans imagination. Cependant, et jusque-là, si vous n’y voyez aucun inconvénient, je rapproche un peu plus ma chaise de la vôtre et je vous accompagne pour un verre ou deux (p.33).

Ce qui n’existe plus, Krishna Monteiro (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 04 Mars 2021. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles

Ce qui n’existe plus, Krishna Monteiro, Le Lampadaire, février 2020, trad. portugais (Brésil) Stéphane Chao, 100 pages, 10 €

 

Un recueil de sept nouvelles de longueur inégale, le titre de la première étant éponyme de celui du livre.

 

Ce qui n’existe plus

La première fois que je t’ai vu après ta mort, tu te tenais debout dans le salon.

Cet incipit annonce, en accord avec le titre, ce qui sera le fil infra-textuel de l’ensemble des sept nouvelles. Le narrateur personnage de ce premier texte, à partir de cette vision initiale, remonte, en un erratique et onirique voyage dans le temps, les années jusqu’à son enfance et sa relation bibliophile avec un père lettré dans la bibliothèque de la grande et labyrinthique maison familiale de style colonial de la rue Varzea, dont les décors apparaîtront plus ou moins furtivement dans d’autres nouvelles.

Pourquoi rêver les rêves des autres ? Lettres de mon ailleurs, Fernando Pessoa (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 11 Juin 2020. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Correspondance

Pourquoi rêver les rêves des autres ? Lettres de mon ailleurs, Editions L’Orma, Coll. Les Plis, mars 2020, trad. portugais, Lorenzo Flabbi, 64 pages, 7,95 € . Ecrivain(s): Fernando Pessoa

 

Sous jaquette en forme d’une lettre à affranchir, la collection propose après des noms tels que Stendhal, Austen, Leopardi, un ensemble de « lettres », signées Pessoa, Alvaro de Campos, adressées à des amis, à Ofélia Queiros (la seule amoureuse), à sa mère, à des éminents occultistes français ou anglophones.

On n’aura jamais fini d’exhumer de la « grande malle » les trésors d’une écriture qui ne fut à peu de choses près jamais publique (mis à part les contributions à des revues « Orpheu », « Presença », deux plaquettes de poèmes en anglais, une publication poétique tardive, Mensagem, un an avant son décès).

Depuis, nombre d’éditions du Livre de l’intranquillité du semi-hétéronyme Bernardo Soares, des poèmes (en Pléiade), chez les éditeurs La Différence et Bourgois… sans compter des plaquettes bibliophiliques (Fata Morgana…)

Récemment, Livre(s) de l’inquiétude.

Connaissance de l’enfer, Antonio Lobo Antunes (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 08 Avril 2020. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points

Connaissance de l’enfer (Conhecimento do inferno, 1980), trad. portugais, Michelle Giudicelli, 372 pages, 7,10 € . Ecrivain(s): Antonio Lobo Antunes Edition: Points

 

Connaissance de l’enfer est le troisième roman d’une trilogie que Lobo Antunes consacre aux souffrances et horreurs qu’il a vécues pendant vingt-sept mois dans la terrible guerre coloniale qui a ensanglanté l’Angola sous la dictature de Salazar. Les deux premiers – Mémoire d’éléphant et Le cul de Judas – parus coup sur coup en 1979 – se situaient en Angola. Ce troisième volet est celui du retour au Portugal, vers l’hôpital Miguel-Bombarda dans lequel le narrateur Lobo Antunes exerce les fonctions de psychiatre. Antonio Lobo Antunes exerça – jusqu’en 1985 – la profession de psychiatre à l’hôpital Miguel-Bombarda de Lisbonne, celui-là même où se déroule l’essentiel de ce roman.

Le chemin du narrateur n’est pas vraiment une descente en enfer. C’est plutôt la route qui mène d’un enfer à l’autre. Après la guerre – coloniale et atroce – à laquelle il a dû participer, horrible carnage pour « sauver » les bouts de l’empire portugais en décomposition, il rentre au Portugal pour rejoindre l’hôpital psychiatrique où il doit exercer – il est médecin. Cauchemar plus affreux encore.