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La Une Livres

Les loups aiment la brume, Laure Marchand, Guillaume Perrier (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mercredi, 18 Janvier 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Grasset

Les loups aiment la brume, Laure Marchand, Guillaume Perrier, Éditions Grasset, 281 pages, 20,90 euros. Edition: Grasset


Le titre de cet ouvrage est un proverbe turc auquel « l’institut de la langue turque donne le sens suivant : La brume fait ici référence à des moments de grande confusion. Une personne qui cherche une opportunité d’agir pour son propre bénéfice profite du temps troublé, grâce auquel personne ne peut l’empêcher d’accomplir sa tâche. »

Les deux auteurs ont mené une enquête minutieuse sur les «agents de l’ombre» du reis, Erdogan, et sur le redouté MIT, services de renseignements turcs, et sur ses ramifications regroupées sous le nom « Les Loups Gris » Les relations tendues entre la Turquie et l’Europe expliquent en partie les exactions commises dans nombre de villes européennes, meurtres et assassinats, intimidations et menaces de mort dont les victimes ont un point commun : toutes avaient ou ont des raisons de contrer le régime d’Erdogan.

Le Bois de la nuit, Djuna Barnes (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 17 Janvier 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Roman, Seuil

Le Bois de la nuit (Nightwood, 1936), Djuna Barnes, Editions du Seuil, 2014, trad. américain, Pierre Leyris, 203 pages, 18 € Edition: Seuil

 

Djuna Barnes est américaine. Il est important de le rappeler d’entrée, tant sa prose, d’une beauté suffocante et d’une profonde poésie, et son approche des portraits, évoquent le style des grands romanciers et poètes anglais de l’époque élisabéthaine. Djuna est imprégnée aussi de littérature et de culture françaises et elle s’installe à Paris en 1920 : la dimension autobiographique de ce roman apparaît d’autant plus que c’est dans cette ville qu’il se déroule principalement.

Dans sa préface de 1937, T. S. Eliot dit que « seules les sensibilités exercées à la poésie pourront l’apprécier tout à fait ». Et il est difficile de prétendre le contraire. Tout l’art subtil et malin de ce roman est dans la langue, le style, les syncopes, le rythme. Les images utilisées font parfois sursauter, visiblement empruntées à l’art baroque ou au style de Shakespeare : Robine Vote, l’héroïne qui emprunte beaucoup à Djuna Barnes, est décrite comme « la vision d’un élan s’en venant dans une allée d’arbres, enguirlandé de fleurs d’oranger et d’un voile nuptial, un sabot levé dans l’économie et la crainte ».

L’Année 2.0, Claude Minière (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 16 Janvier 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Tinbad

L’Année 2.0, Claude Minière, éd. Tinbad, 2022, 15€ . Ecrivain(s): Claude Minière Edition: Tinbad

 

Étrangeté

J’ai aimé flotter dans ma lecture du dernier recueil de Claude Minière, car l’ambiguïté de mon sentiment m’a poussé à rédiger suffisamment de notes au portemine, prises de notes qui ont été la première étape vers ce livre étrange et original. De ce fait le sommaire indique lui-même le parcours engageant qu’il faut suivre pour aboutir à une idée maîtresse : de l’inconnu qui s’insinue dans de l’ordinaire.

Quatre chapitres du livre, donc : Mésopotamie, Calendrier, Torso, Penser à Orphée. Dès lors, l’on voit quelle route déroutante, si je puis dire, suit le lecteur au travers cette poésie pleine d’étonnement, voire d’ébahissement. Et si l’on côtoie de grands sujets (la mort présente parfois dans la partie calendrier, donc le temps, ou dans celle d’Orphée, voyage dans les enfers, donc la mythologie, par exemple) l’on reste dans les limites d’une langue complexe et fort intrigante.

C'est moi, François, Edith Bruck (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 13 Janvier 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Editions du Sous-Sol

Edith BRUCK, C'est moi, François, 2022, 132 p., 13 euros. Traduit de l'italien par René de Ceccatty. Préface du Pape François. Edition: Editions du Sous-Sol

 

Une rencontre insolite, merveilleuse de sens, entre le Pape François et la survivante de la Shoah.

François a désiré rencontrer chez elle celle qui depuis des décennies témoigne de la condition juive, dans les écoles, lors de conférences.

Edith, née en Hongrie, en 1931, a raconté dans "Le pain perdu" la tragédie que sa famille a connue.

Devenue Italienne et écrivaine, elle a épousé le poète Nelo Risi, frère de l'auteur du "Fanfaron".

D'emblée, une mystérieuse chimie unit ces deux êtres, poursuivis tous deux par le désir de paix.

Le Pape a apprécié "La lettre à Dieu" qui clôt "Le pain perdu". Et sa poésie. Le livre ainsi déroule quelques poèmes d'auteurs particulièrement appréciés par Edith : Attila Jozef, Miklós Radnóti, César Vallejo.

Les deux amis vont se rencontrer à plusieurs reprises et c'est l'occasion d'offrandes, de surprises, de partages. Et d'émotions, aussi.

Un bonheur viril, La Trilogie du Losange, Tome III (inédit), Françoise d’Eaubonne (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 13 Janvier 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Un bonheur viril, La Trilogie du Losange, Tome III (inédit), Françoise d’Eaubonne, novembre 2022, 320 pages, 20 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Nous pouvons rencontrer chez les saints une délicatesse et une bonté féminines ainsi qu’une sollicitude véritablement maternelle envers les âmes qui leur sont confiées, et, à l’inverse, chez les saintes, une intrépidité, une fermeté et un esprit de décision virils (Edith Stein)

Pourquoi les hommes ont disparu ?

Un bonheur viril est le dernier tome de La Trilogie du Losange, de Françoise d’Eaubonne (1920-2005). Le thème de ce roman d’anticipation s’inspire d’une époque masculiniste tellement oppressive qu’elle a causé la disparition des hommes et la révolte des femmes, la fin de l’andocentrisme, l’avènement de l’« ère Ectogenèse », où les derniers rescapés, des éphèbes transgenres, étaient faits prisonniers. Les femmes ont alors inauguré la toute nouvelle société matriarcale du Losange. Le pouvoir « viril » est abouché à l’industrie, au rendement massif, au profit, et « un oligopole » impose un capitalisme brutal, avec le fascisme comme système politique.