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La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin 01.06.26 dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Pays de l'Est, Roman

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Gallimard 2006, folio n° 6152, 443 pages.

Ecrivain(s): László Krasznahorkai

 La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai (par Anne Morin)


Une boucle, une ronde, un rythme oppressant avec une reprise à chaque nouveau chapitre de la phrase terminale du précédent, comme le jeu des Surréalistes et des enfants, un « marabout, bout de ficelle » qui fait ressortir l’enchaînement lancinant ou accéléré des personnages à l’histoire.

Que se passe-t-il dans cette ville fantôme laissée à l’abandon, oubliée, où tout devient poussière, se dégrade, où les monuments tombent d’eux-mêmes, où l’on marche sur des détritus accumulés et les gravats des habitations ?

Un étrange convoi survient et stationne sur la place principale, on y montre en attraction une baleine morte monstrueuse.

La place de cette ville dont on suit quelques-uns des habitants se peuple soudain d’une foule de personnages venus d’ailleurs, attendant l’ouverture des guichets.

Un personnage que l’on suit, Valuska, simple d’esprit, facteur, factotum, traverse la ville, les yeux baissés mais levés sur un ciel imaginaire où il se perd, ne pouvant ou ne voulant pas voir la  réalité : « Il errait insouciant dans ce paysage désolé, entre ces groupes d’hommes, entre ces autobus et ces voitures abandonnés à leur sort, comme il errait insouciant dans sa vie, telle une minuscule planète qui, sans chercher à comprendre la gravitation à laquelle elle est soumise, n’éprouve que du bonheur de pouvoir participer, ne fût-ce que d’un souffle, à un  mécanisme si paisible et si bien réglé » (p.123). La tension monte entre les habitants et les nouveaux venus, et quand le « prince », autre infirme au secret dans la roulotte paraît -alors même qu’on ne le voit jamais- la foule massée semblant répondre à son signal se rassemble et détruit et tue. La ville est prête pour le saccage.

Enrôlé de force dans cette troupe sauvage, le simple se rend compte enfin que le ciel, toujours couvert, n’existe pas et que tout changement de perspective entraîne une autre déformation.

La vision de la décomposition traverse le livre, décomposition de la société, décomposition du corps, et déconstruction magistrale des mots : « L’empire s’était décomposé en carbone, hydrogène, azote et soufre, ses fins tissus avaient été lacérés, il s’était désagrégé, consumé par un jugement infiniment lointain, comme l’est ce livre maintenant, ici par le dernier mot » (p.443).

La résistance, n’est-ce pas « ne pas céder à ce qui pourrait atteindre » ?  N’est-ce pas rester hors de portée ?

Y a-t-il jamais une bonne vision des choses, y a-t-il des innocents ?


Anne Morin


Romancier et scénariste, Laszlo Krasznahorkai est né en 1954 à Gyula, en Hongrie et vit dans un village proche de Budapest tout en séjournant régulièrement en Chine et au Japon. Il a reçu en 2004 la plus haute distinction littéraire hongroise, le prix Kossuth, ainsi que le Man Booker Prize en 2015 et le prix Nobel de Littérature en 2025.

De lui, les éditions Gallimard ont déjà publié Tango de Satan (Du Monde entier, 2000) porté à l’écran par le réalisateur Béla Tarr.

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A propos de l'écrivain

László Krasznahorkai


László Krasznahorkai, né le 5 janvier 1954 à Gyula (Hongrie), est un écrivain et scénariste hongrois, auteur de plusieurs dystopies. Il a signé les adaptations de ses romans, notamment Tango de Satan et La Mélancolie de la résistance, pour des films réalisés par Béla Tarr.

 


A propos du rédacteur

Anne Morin

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Rédactrice

genres : Romans, nouvelles, essais

domaines : Littérature d'Europe centrale, Israël, Moyen-Orient, Islande...

maisons d'édition : Gallimard, Actes Sud, Zoe...

 

Anne Morin :

- Maîtrise de Lettres Modernes, DEA de Littérature et Philosophie.

- Participation au colloque international Julien Gracq Angers, 1981.

- Publication de nouvelles dans plusieurs revues (Brèves, Décharge, Codex atlanticus), dans des ouvrages collectifs et de deux récits :

La partition, prix UDL, 2000

Rien, que l’absence et l’attente, tout, éditions R. de Surtis, 2007.