Histoire de la Princesse Boudour, un conte des Mille et Une Nuits (par Yasmina Mahdi)
Histoire de la Princesse Boudour, un conte des Mille et Une Nuits, trad. J. C. Mardrus, 176 p., juin 2026, éd. Zulma, 9,95€
Chaque nuit, Schahrazade, la célèbre conteuse, en appelle à sa mémoire afin d’éviter de se faire décapiter par son époux, le sultan Shahriar, qui fait assassiner chaque nouvelle compagne, sous prétexte d’avoir été trompé. C’est par l’éloquence de ces histoires durant mille et une nuits que la grande fabuliste va mettre fin à ces tueries (ici, cette histoire de la Princesse Boudour est située entre la 170ème et la 236ème nuit).
Dans l’histoire-cadre des Mille et Une Nuits, Schahrazade tente de différer le plus possible sa fin imminente. Ainsi, elle déplace sans cesse l’horizon des aventures extraordinaires qui mettent en marche un nouveau conte ; ici, avec l’intercalation du monde des éfrits, à la fois djinns et anges, créatures spirituelles faites de feu. Certains éfrits sont musulmans, d’autres négatifs car non musulmans. Schahrazade met en miroir le destin de deux jeunes gens rivalisant de beauté physique et égaux par leurs caractères capricieux et leur refus de se marier.
Kamaralzamân, le fils d’un roi puissant, détient le topos de la beauté orientale au masculin : « ses lèvres sont, si elles sourient, des cornalines ; sa salive est du miel fondu ; ses dents un collier de perles, ses cheveux viennent en boucles noires s’arrondir sur ses tempes, tels des scorpions qui mordent le cœur des amoureux ». Par-delà un monde clivé où les femmes doivent se soumettre à l’époux et les fils aux pères, il existe un intermonde peuplé de génies, sans doute hérité de la Grèce antique.
Là encore, les récits enchâssés procurent le suspense autour des deux héros, la Princesse Boudour et Kamaralzamân. L’art poétique est convoqué, à l’aide de l’anaphore et de l’assonance, ainsi que la harangue et l’humour. La dimension onirique baigne le conte, ce qui permet à Schahrazade d’introduire des insertions qui tiennent en haleine le Sultan Shahriar.
Le monde de la chair et de l’amour occupe une place importante, mais qui ne s’épanouit pas sans péripéties ni affliction, car la rencontre entre ces deux créatures de rêve advient par l’entremise des puissants éfrits. Des sociétés s’opposent, notamment du point de vue religieux, mentionnant l’horreur d’une population de massacreurs, venus s’emparer « de la ville habitée par [ces] envahisseurs inhospitaliers et malpropres venus des pays de l’Occident ».
L’énoncé des trésors - étoffes, bijoux -, des onguents, des plantes, du savoir-faire médicinal, provenant du continent indien, de la route de la soie et des échanges du temps de l’Arabie heureuse (terre mythique) rend compte du degré de tolérance et de civilisation du règne d’Haroun Al-Rachîd (parfois surnommé Aaron l'Orthodoxe, connu pour avoir offert en 801, en guise de cadeau diplomatique, un éléphant blanc à l’empereur Charlemagne, par l’entremise de son ambassadeur Isaac le Juif).
Yasmina Mahdi
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