Harmonica etc., Guillaume Decourt (par Guy Donikian)
Harmonica etc., Guillaume Decourt, éditions la Table ronde, 159 pages parution mars 2026, 17 euros.
Edition: La Table Ronde
Guillaume Decourt, poète, offre ici un recueil de textes poétiques d’une grande diversité. Si les textes sont courts, leur densité permet d’embrasser d’emblée les sujets, les lieux, les émotions que le poète suscite. Qu’il s’agisse de l’adultère, du film « L’armée des ombres » auquel il de réfère pour évoquer son père, ou d’une petite fille de Gitane, ou encore de Robert Mitchum, c’est pour chaque poème l’occasion de mêler une facture plutôt classique à des sujets très actuels, tout pouvant être traité avec une égale légèreté.
Parce que c’est ce qui s’exhale à la lecture des textes, une légèreté coupable d’une joie de vivre. Ainsi lit-on de Herbert von Karajan qu’il portait des baskets en raison de pieds douloureux :
« un glissando de flûte de hautbois de cor
S’entend comme il se doit avec des Adidas »
Le rapport au monde de l’auteur s’exprime par la diversité, et la facture classique n’oblitère pas une certaine « décontraction » dans l’écriture qui sied à la trivialité de certains textes, trivialité en raison de l’importance moindre qu’on peut éprouver. Et pourtant tout cela fonctionne tant l’écriture suscite cette légèreté de ton, une forme sobrement jubilatoire qui crée le plaisir de lire, mêlant source musicale et trivialité :
« N’oublions pas que Leadbelly
Faisait l’amour huit fois par nuit
Parfois plus au sortir du bagne
Même John Lomax en témoigne »
Guillaume Decourt écrit aussi sur des thèmes plus sévères, mais toujours de facture légère, comme une excuse d’aborder de tels thèmes. La mort doit hanter le poète, mais toujours écrite avec une certaine désinvolture qui donne aux mots une profondeur dont on voudrait s’excuser.
« Notre père nous abandonne doucement
Comme une goutte qui s’évapore au soleil
Les disques Decca et Deutsche Grammophon s’enrayent
La fugue tourne en rond le métronome est lent »
La désinvolture côtoie aisément la gravité, et cet entrelacs permet au poète une écriture ambivalente, ainsi dans le texte intitulé Jérusalem 1987 :
"De la première Intifada des
Jets de pierre entre les persiennes
La faïence est un peu fissurée
Est-ce l’anse qu’il faut que je tienne ?
Tous les matins je prends mon café"
Plus surprenant encore, parce qu’en prise directe sur un quotidien dont, a priori on ne saurait écrire un poème, le texte intitulé Nuggets :
« J’aime manger des nuggets avec toi
Au McDonald’s de Denfert à minuit
J’y suis plus heureux que chez Polidor
Avec mes potatoes et mon Coca
Goûte donc un peu la sauce curry »
Dans ses textes, Guillaume Decourt parcourt les moments les plus intimes, les plus graves et ceux, plus « anodins », d’un quotidien que tous connaissent. L’écriture est d’une musicalité très présente, et ce n’est pas là la moindre de ses qualités, outre le rire parfois qui le dispute à un peu de tristesse.
Harmonica etc. est un ensemble de petits récits proposant une lecture jubilatoire et poétique de moments parfois triviaux.
Guy Donikian
Guillaume Decourt a publié plusieurs recueils de poésie dont « Lundi propre » en 2023 à La Table Ronde qui a obtenu le prix Max-Jacob et le prix Lucette Moreau de l’Académie française.
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