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Fonseca, Jessica Francis Kane (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy 02.09.26 dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman, La Table Ronde

Fonseca, Jessica Francis Kane, traduit de l’américain par Mona de Pracontal pour La Table Ronde 2026. 260 p.

Edition: La Table Ronde

Fonseca, Jessica Francis Kane (par Léon-Marc Levy)

 

Roman troublant, inattendu, dérangeant par sa faculté à dépayser aussi bien par le paysage géographique que dans le paysage littéraire, Fonseca est un grand livre. De la situation de départ jusqu’au terme du séjour improbable de Penelope et de son fils Valpy dans une bourgade (imaginaire ?) du Mexique dans les années 50, rien, jamais, n’est prévisible.

Imprévisibles, les personnages le sont tout autant que les événements. Cette mère enceinte qui embarque d’Angleterre avec son fils de 5 ans pour un quelque part au Mexique dans une quête improbable d’héritage. Ces deux vieilles femmes, deux sœurs alcooliques, qui les accueillent dans une demeure peuplée de gens sortis d’on ne sait où et de fantômes qui errent dans les couloirs. Une cour de prétendants (qui eux aussi prétendent à « l’héritage ») composée de doux dingues aux trajectoires aussi éberluantes que celles des personnages de Gabriel Garcia Marquez.

Le point d’ancrage est posé là. En débarquant de son Irlande natale dans ce Mexique invraisemblable Penelope semble arriver dans une terre littéraire nouvelle. Jessica Francis Kane plonge son art de l’écriture et son imagination dans l’encre du réalisme magique de ses aînés latino-américains : au-delà de Marquez, il y a du Vargas-Llosa dans les personnages des deux sœurs en particulier. Fantasques, naviguant toujours entre deux cuites, mondaines sur le retour, elles auraient pleinement leur place dans La tante Julia et le scribouillard. Il faut dire que l’héroïne – ici dans un épisode fictif de sa vie – a un modèle réel, Penelope Fitzgerald (1916-2000), auteure anglaise discrète et peu connue, dont l’œuvre suggère fortement ce jeu entre la profondeur et la légèreté qu’on retrouve tout au long du livre, une sorte de délicatesse du jugement, du rapport aux autres (et à son fils Valpy) et même à ses aversions.

Le fil du roman est entrecoupé de lettres, écrites des décennies plus tard par Valpy et sa sœur Tina, qui complètent l’itinéraire étonnant de Penelope à Fonseca, en soulignant quelques détails absents de la narration principale. On apprend ainsi le vrai nom de la bourgade où se tient l’histoire.

Quant à savoir pourquoi PM* appelle Saltillo « Fonseca » dans son article sur la construction de l’intrigue, c’est un mystère. Il n’existe pas de ville du nom de « Fonseca » au Mexique, Mais nous sommes récemment tombés sur un atlas familial où Saltillo était marqué d’une croix qui semble de la main de Desmond**.

L’improbable irrigue tout le roman, lui donnant un souffle poétique aussi inattendu que délicieux. Penelope et Valpy découvrent qu’à quelques pas de la maison des « Doñas Borrachas »***, habite un couple qu’ils voient en train de peindre sur des chevalets, installés sur le toit de leur maison. Les Hopper. Jo, l’épouse et Edward, le mari. Edward Hopper. Oui c’est ça, lui-même ; à propos duquel Jessica Francis Kane fait un portrait désopilant et probablement juste.

Des silhouettes errantes, qui tournent autour des deux doñas (et de leur argent) se déplacent avec légèreté dans le roman. Jessica Francis Kane y mêle les figures lointaines des écrivains qui contribuent à la revue littéraire de Penelope : passent ainsi Fitzgerald, Faulkner, Hemingway. On apprend même que Faulkner vient de publier Requiem pour une nonne, à propos duquel le critique attitré de la revue offre un point de vue intéressant :

L’esprit de monsieur Faulkner offre un cas d’étude d’obsession pour la violence et le sexe. Mais, bien sûr, étant l’artiste qu’on sait, il se sert de ses infirmités : il s’en nourrit, les mâche religieusement

Penelope Fitzgerald n’écrira rien sur cet hallucinant voyage, juste quelques notes éparses jamais publiées. Jessica Francis Kane le fait pour elle en s’aidant des témoignages de Valpy et Tina, les enfants devenus vieux. On apprend ainsi que les lettres en italique qui scandent le récit sont des mails qu’elle a reçus d’eux !

Le charme de ce roman est fascinant.


Léon-Marc Levy

 

* PM signifie sous la plume de Valpy "Penelope Maman"

** Desmond est le mari de Penelope, resté en Angleterre

*** Les dames ivrognes



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A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition préférées : La Pléiade Gallimard / Folio Gallimard / Le Livre de poche / Zulma / Points / Actes Sud /