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Trois cahiers avec une chanson Suivi de Source de la Loue, Jean-Charles Vegliante (par Valérie T. Bravaccio)

Ecrit par Valérie T. Bravaccio 09.09.26 dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Poésie

Trois cahiers avec une chanson Suivi de Source de la Loue, Jean-Charles Vegliante, édition de l’Atelier du Grand Tétras, 2020, 64 p., 12 €

Trois cahiers avec une chanson Suivi de Source de la Loue, Jean-Charles Vegliante (par Valérie T. Bravaccio)


Le thème dominant du nouveau recueil de Jean-Charles Vegliante est le temps du travail d’écriture, celui d’une mise au propre de « […] quelques bouts / de quelque chose qui deviendra peut-être / si l’on peut dire ça – un poème […] », et qui, une fois le projet réalisé, s’inscrit « dans une autre attente : de votre lecture » (selon le texte liminaire, repris sous forme de prose sur la 4 de couverture). La deuxième partie du recueil, Source de la Loue, est effectivement une composition actualisée[i].

Les trois cahiers, dont chacun a une chanson, sont, par contre, de nouvelles compositions. Ils sont probablement à mettre en relation avec le « petit carnet » qui figure à l’ouverture de cette première partie du recueil [ii]. Le temps de l’écriture, de la composition de l’œuvre, et le temps de la lecture (c’est-à-dire sa réception), s’inscriraient probablement dans la même durée, avec autant d’intensité.

Observons visuellement l’ouvrage. Sur la couverture du recueil une photographie couleur représente une porte semi-vitrée ouverte dans un couloir dirigeant l’attention sur une deuxième porte similaire, plus petite selon les lois de la perspective. Elle donne à voir une autre profondeur de champ, celle du langage poétique. Les trois illustrations de l’auteur insérées dans la première partie du recueil (Carnet chinois, Arbre, Personae) pourraient faire penser à trois marque-pages pour aider le lecteur à reconnaître les frontières des trois carnets. Mais en les observant de plus près, on s’aperçoit qu’elles suscitent en nous une nouvelle vision. Par exemple, l’écorce en arrière-plan de l’Arbre, fait deviner les traits d’un visage exprimant la surprise. Ces impressions visuelles peuvent se manifester dans notre quotidien, comme lorsque l’on découvre qu’ « Il y a un visage dans le nuage / qui passe plus vite que ton émotion » (deuxième carnet, Habiter l’invisible).

Dans le domaine de la poésie, le champ d’action est beaucoup plus vaste : « Si la mer est un ciel couché dans les sables / apprends-nous sa langue d’harpe d’air / pour d’autres voyages […] » (Incipit du Carnet chinois). Prenons en exemple le référent du titre du carnet Mouchoirs, fichus. Il ne s’agit pas seulement de « ce petit rectangle liseré qui garde / les odeurs de ton fond de teint, de tes larmes » (Replier) et de foulards recouvrant la chevelure. C’est d’abord une matière servant à tisser des liens qui peuvent être de toutes sortes. Celui du temps qui a été et qui passe « Sur une photo d’il y a 50 ans, / lumineuse rebelle tu me regardes / tel que je suis hélas après tout ce temps / devenu – tes cheveux sont blonds, les miens blancs – […] » (Images), ou bien celui que l’on a l’habitude d’appeler le lien intertextuel : « Ce soir la lune fait un étrange bruit » (Sensiblerie – avec Leopardi). Ou encore, stylistique : « Les lieux paradisiaques seront enfer / estival pour vous, invivables l’hiver / […] » (Été fichu) ; « Dans le matin froid le corbeau crie Froid Froid /[…] » (Oiseau de malheur). Le poète crée surtout des instantanés auditifs et visuels pour inviter le lecteur à les reconnaître et à les partager en s’y reconnaissant.

Extrait substantiel :

Aux aguets (p. 39)

Quand tout bruit s’est arrêté c’est qu’il écoute

quelque part dans ce lieu où l’on n’y vit goutte

Nos odeurs lui arrivent peut-être il sait

ce que nous faisons suspendus et inquiets

Le soir descend comme une coulée de fioul

*

(p. 32)

Une boule de plumes se pose

à l’angle du mur avant l’aurore

et attend le soleil en silence

puis le salue de brefs pépiements

maladroits. Le chant de l’orphelin

– écoute mieux

il dit Amour

mon dictateur


Valérie T. Bravaccio



[i] Source de la Loue a paru une première fois en 1998 dans la revue « Le Mâche-Laurier » (éditée par Obsidiane) puis, en 2000 chez l’éditeur Belin dans le troisième recueil de poésies de Jean-Charles Vegliante intitulé Rien commun. Entre ces deux premières versions, il y a eu très peu de réajustements. Ici, il s’agit de sa version actualisée car elle a davantage de vers, situés à la fin. Source de la Loue est la deuxième partie du recueil car le poème est précédé d’une page de garde interne où est mentionné son titre accompagné d’une indication paratextuelle entre parenthèses « (hypersonnet avec un envoi) ».

[ii] Autocitation extraite d’un recueil antérieur de J.-Ch Vegliante, intitulé Où nul ne veut se tenir, 2016 (Prix Heredia – Académie Française, 2018).


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A propos du rédacteur

Valérie T. Bravaccio


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Valérie T. Bravaccio est enseignante certifiée d’italien à l’académie de Versailles.

Elle est l’auteure d’une Thèse de doctorat sur le lyrisme de Edoardo Sanguineti (2007) et d’une Maîtrise sur la traduction en français des poésies de Giorgio Caproni (2001).

Elle a contribué à De la prose au cœur de la poésie (2007) entre autres sur Charles Baudelaire.