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Summer Mélodie, David Nicholls (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux 23.10.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Roman, Belfond

Summer Mélodie, David Nicholls, mai 2020, trad. anglais, Valérie Bourgeois, 512 pages, 22 €

Edition: Belfond

Summer Mélodie, David Nicholls (par Patrick Devaux)

 

Il faut savoir lire en écrivain pour traduire aussi bellement l’œuvre originale qu’on lit très clairement à travers cette traduction de Valérie Bourgeois. A la lecture, on remarque le roman ressenti de façon profonde avec sans doute autant de subtilité que dans la langue d’origine. Je n’ai pas, comme assez souvent, cette impression d’œuvre « traduite » mais de vraies sensations à lire une langue diversifiée, ce qu’elle est aussi certainement dans la langue d’origine.

Le roman commence par une fausse fin du monde « attendue » lors d’un cours de physique. L’atmosphère « jeune » est présente d’emblée et chacun peut ressentir profondément l’éventuelle nostalgie de cet âge où premier amour rime avec « toujours ».

Le roman situe bien l’idée qu’on peut se faire d’une rencontre aléatoire et d’un destin enclenché par une rencontre tout-à-fait fortuite :

« Je suis allé récupérer mon livre. Elle a étudié la couverture et l’a comparée à mon visage, comme s’il s’agissait d’un passeport. Satisfaite, elle a tenté de se redresser… et est retombée par terre en grimaçant. J’ai hésité à lui tendre la main, mais elle aurait pu croire que je voulais serrer la sienne, et ce geste m’a paru absurde. A la place, je me suis agenouillé près d’elle. Chose à peine moins absurde, j’ai pris son pied de la même façon que je l’aurais fait pour lui passer une pantoufle de vair ».

Charlie, élève passe-partout comme il se définit lui-même, en aura la vie bousculée.

Pour l’ambiance, on aura des tilleuls plein la tête façon le jeune Rimbaud, ou encore des descriptions me faisant penser au célèbre livre d’Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes.

Avec la rencontre de Fran Fisher, un rêve qui paraît inaccessible devient réalité à force de persévérance. Ainsi, notre destin est-il parfois bousculé jusqu’au faîte de situations inattendues autant qu’inespérées.

Apprendre à être est sans doute la clé de ce roman qui fait la part belle au théâtre, aux regards échangés et à l’Amour : « Un simple regard a suffi pour qu’un changement se produise, dit-on. Pour qu’une flamme surgisse. Pour que les rouages d’un grand mécanisme céleste se mettent en branle. Sauf que le coup de foudre n’est à mon avis décrit ainsi qu’avec le recul, comme une bande-son plaquée sur un film quand l’issue de l’histoire est connue… ».

On notera que le pressenti des situations est bien rendu dans ce roman découpé en phases très scénarisées : « Était-ce inconvenant de lui proposer du cidre, d’ailleurs ? Une bière d’importation valait peut-être mieux. Un truc chic, pas une canette. Devrais-je verser un peu de vodka dans un thermos ? ».

On vit l’Amour avec un grand A dans ce roman initiatique à vouloir devenir autre par motivation et tout cela est parfois une question de destin, de bon moment et de choix… des mots :

« Je regrette qu’on n’ait pas pu discuter aujourd’hui a enfin déclaré Fran

– Ouais, on a été bien occupés

– Le silence est retombé un instant entre nous

– Je me suis demandé si tu m’évitais, ai-je ajouté

– Pas du tout ! J’ai essayé de te parler, mais chaque fois que je levais les yeux, tu faisais semblant d’être un chat, alors…

– Elle a ramené ses cheveux derrière son oreille en riant un peu trop fort

– Oui désolé

– Je pensais que c’était plutôt toi qui m’évitais

– Non, pas du tout ! »

Présent, passé, souvenirs…

En changeant d’époque, la technologie des retrouvailles s’en mêlera-t-elle des années plus tard ?

En plus du style, du sens scénique, du sens descriptif et d’un genre de proximité assez neuve dans les dialogues, David Nicholls brille, avec style, dans le sens de l’intrigue.

Un grand roman avec Shakespeare et le jazz ou le be-bop pour invités, un roman qui concerne parfois certains d’entre nous, ce qui en rend la lecture presque personnelle.

La dynamique théâtrale, thème majeur du roman rend vivante l’éternelle présence de « Roméo et Juliette » :

« Fais comme si c’était le contraire. C’est le seul sujet de la scène : deux jeunes gens qui se confient leurs sentiments. Ils y sont arrivés en 1594, alors représente-toi un monde où cela se produirait encore. Imagine un monde dans lequel vous ne seriez pas tous si inhibés ».

 

Patrick Devaux

 

David Nicholls, né à Eastleigh, Hampshire (Royaume-Uni) en 1966, a d’abord envisagé une carrière d’acteur avant de se tourner vers l’écriture. Il a été scénariste pour la télévision, signant notamment pour la BBC les adaptations remarquées de Beaucoup de bruit pour rien, et de Tess d’Urberville, et pour le cinéma avec en particulier l’adaptation de la pièce de Sam Shepard, Simpatico. Son premier roman, Starter for ten, a été choisi par le célèbre Richard & Judy show, mais c’est Un jour, quelque part qui lui vaudra une reconnaissance critique, commerciale et internationale.

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A propos du rédacteur

Patrick Devaux

 

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Patrick Devaux est né en Belgique sur la frontière avec la France, habite Rixensart, auteur d’une trentaine d’ouvrages auprès d’éditeurs divers en poésie, quelques prix d’édition, 3 romans parus dont 2 aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune; 2 recueils de poésie récents (2016 et 2017) parus aux éditions Le Coudrier ; membre de l’AEB (association des écrivains Belges) et de l’AREAW (association royale des écrivains et artistes de Wallonie), il a aussi de nombreux contacts en France ; il anime une rubrique « mes lectures » sur le site de la revue Vocatif www.moniqueannemarta.fr de Nice depuis 2013 et fréquente de près ou de loin les écrivains du groupe de l’Ecritoire d’Estieugues de Cours la Ville  et de l’association LITTERALES de Brest ; publie aussi dans diverses revues de poésie. Fréquente aussi les réseaux sociaux, faisant ainsi connaitre la poésie d’auteurs moins connus ou disparus.