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Silhouettes de mort sous la lune blanche, Kââ (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou 31.03.21 dans La Une Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon, Critiques, Les Livres, Roman

Silhouettes de mort sous la lune blanche, Kââ, janvier 2021, 304 pages, 8,90 €

Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

Silhouettes de mort sous la lune blanche, Kââ (par Jean-Jacques Bretou)

 

Nous sommes dans les années 1980, un hold-up tourne mal, le narrateur et héros du polar, dont on ne citera jamais le nom, décide d’abattre son plus jeune complice qui tire à tout va comme un fou. Puis, il prend la poudre d’escampette avec son camarade Straub, qui se vide de son sang, et 250 millions de francs, laissant derrière lui deux autres de ses acolytes, les frères du gamin, les Vila. Commence alors l’histoire d’une cavale en Renault 5 Alpine lorsque les deux survivants décident de se lancer à la poursuite des fuyards pour venger leur frère et récupérer leur part du butin. En chemin, l’homme sans nom abat un autre de ses complices, Jérémie Detwiller, dont il s’amourache de la femme Corinne, née Hébertine Romano. Erich Straub souffrant le martyr mais toujours en vie, une force de la nature, Corinne amoureuse, le groupe part pour un temps se reposer en Auvergne où « sans nom » possède une maison. La petite troupe active ses réseaux d’information, ouvre les yeux, tend l’oreille, soigne Erich qui retrouve des forces et s’octroie un peu de bon temps.

On déguste dans la baraque auvergnate moult cassoulets, pâtés, foies gras tout en sirotant les meilleurs crus, un Puligny-Montrachet 1952, par exemple. On lit Chevaux échappés, de Mishima, on cite Saint-Saëns et l’on se dit bourgeois. Ils alignent les noms d’armes qu’ils bichonnent et astiquent comme d’autres leurs petites voitures : Walther PPK.7,65, Winchester 44x40, Herstal.11,43, M.16.A1, MAS.49/56. Derrière ce culte des armes se cache une véritable fascination pour la mort que « sans nom » tâche de dominer lorsque qu’il abat son premier complice, le petit Vila, mais qui grandit chez Corinne. Cette « philosophie » de la vie s’accompagne d’une certaine paranoïa qui tourne à l’aigu au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans le livre, les cadavres d’anciens complices ou de faux amis ont tendance à s’accumuler.

N’oublions pas que nous sommes dans les années 1980. La société de consommation a éclos. L’homme commence à se sentir tout puissant. On aime la vitesse, les bolides et les sensations fortes qui font monter le taux d’adrénaline. On s’habitue à l’argent facile. On brave les interdits mais l’on se cache derrière une façade de respectabilité. On tente d’être respectueux des forces de l’ordre. Ce dernier point mis à part, la figure de Mesrine et de son Instinct de mort n’est pas loin.

Le style est efficace, phrases courtes qui se lisent vite, peu de temps mort, pas de longueurs. C’est un roman que l’on lit en quelques heures, un peu daté mais qui laisse un léger goût de nostalgie d’où sans doute cette nouvelle et énième reprise en livre de poche.

 

Jean-Jacques Bretou

 

Né à Chatillon-sur-Seine en 1945 et mort à Saint-Dizier en 2002, Kââ (aussi connu sous les pseudonymes de Corsélien et Béhémoth) est l’auteur de nombreux romans policiers. Il a été professeur de philosophie pendant treize ans. En 1988, il a remporté le Grand Prix du roman gore du festival d’Avoriaz pour Bruit crissant du rasoir sur les os (Fleuve noir). Dans la même collection : La Princesse de Crève (2017), et Il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes et bestiales (2018).

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Jean-Jacques BRETOU est traducteur.