Pulsations perverses , Patryck Froissart (par Patrick Devaux)
Patryck Froissart Pulsations perverses poésies éditions Constellations (2025, 265 pages, 18 euros)
Ecrivain(s): Patryck Froissart
Il y a dans ce livre quelque chose des « Chants de Maldoror » du Comte de Lautréamont attisant une séduction fortement exprimée ou ressentie quand l’auteur y exprime un progressif vécu subjuguant l’expression possessive d’une majuscule : « Et l’hiver, l’églantine éclosant à Tes joues/ Sur ma lèvre allumait de crépitants tisons/ Tes baisers primordiaux aux pouvoirs en allés/ Sous la voilette vierge et ténue des flocons/ Peignaient sur mes terrils de prodigieux alpages/ Tes yeux neufs compassaient sous ton cil attentif/ Mes yeux, compatissant à leur cerne optatif/…/ Des ans et puis des ans courant depuis ces temps/ M’ont dérivé du Nord au bord de l’île, épave/ Agie par Ton vouloir, affouillant l’horizon ». C’est sans doute à partir de ses amours que l’auteur nous évoque ses ambiances : « Araser au fusain de la platitude ce grandiose djebel où tous deux nous sûmes et fûmes ? ». C’est dans le sérail des mots que l’auteur maîtrise la situation amoureuse : « Ainsi je fus le seul à soigner amoureusement ses pâmoisons » guettant l’image sous des (mes) « sables jaloux ». Les images semblent progresser entre contrastes géographiques ou culturels tandis que souvent s’activent de concert les corps et les formes : « Fille entre les trois lampadaires/ Rectifie- moi de ton équerre/ Et loge-moi dans ton serment ». Un genre de romance perpétuelle active ainsi une présence passée : « Fière, elle débridait en riant sa dentelle/ Offrait son ventre aux vents, aux rayons caressants/ Aux spumes des torrents, aux sylphes bondissants ».
Entre autres rêveries apparaissent en filigrane Paul et Virginie de Bernadin de Saint Pierre dynamisant sans doute les vécus et les références de l’auteur.
Ce texte mixé de poésie et de prose active passé littéraire et une apparente actualité personnelle avec un ton mystérieux propre.
Le ton général du texte est quant à lui celui d’une renaissance : « Oh oui, shakti revenue mais toujours repartie, resurgis- moi, ressuscite- moi, ressuscite- moi ici et maintenant ! ». L’auteur érotise parfaitement l’un ou l’autre lagon qui lui sied quand il caresse une île de l’œil.
Ramenant le propos à la poésie globale, Patryck cite cet autre Froissart : « Mon cœur s’esbat en odourant la rose/ Et s’esbaudit en regardant ma Dame ».
Fait-il autre chose ici avec un certain recul s’effrayant peut-être parfois lui-même entre leurres et effarements, titubant, vacillant de « La belle Ebène, capiteuse cigale » tambourinant à sa tempe ?
Parfois les cités trouent le songe avec quelques émotions bien ressenties : « Ah ! Que vous êtes laides/ Foules des caniveaux/ Chaotiques engeances/ Cohortes cahotantes » avec, quand tombe le soir, encore d’autres approches : « Quand les bourgeois au soir occultent leurs vitrines/ Faisant choir leurs rideaux comme des guillotines/ J’aime à voir les putains refleurir les pavés ».
On sort du texte ébahi, avec parfois cette impression de mythe du « bon sauvage » revisité.
Patrick Devaux
- Vu : 127

