Père, ne vois-tu pas, la tête à l'envers, Jacqueline Persini (par Philippe Leuckx)
Père, ne vois-tu pas, Ed. la tête à l'envers, Jacqueline Persini, 2026, 84 p., 17 euros.
Quand la quête du père prend la forme d'une restitution mémorielle, le poème gagne en authenticité, en densité. Voilà, à l'âge adulte, une poète recourir à l'enfance comme bouée à la mer. Un jour, le père est parti, est resté dans la chambre comme un fantôme insaisissable.
Toute l'histoire d'une enfance amoindrie par l'absence : rien qu'un nom alors que tout le rappelle en silence.
Longtemps après, couche après couche, le personnage revient hanter les jours de la petite. Entourée d'une mère, de son beau-père, la petite fille culpabilise, imagine en poèmes tendus cette vie, cet amour perdu, la séparation, la maison, "nos branches disjointes/ rassemblent leurs forces".
L'amertume, les cris, "les murs de la chambre (qui) se cassent", "toute mon encre noire" : le poème libère-t-il de tant de blessures?
Jamais l'émotion que le lecteur ressent, comme incisive, personnelle, n'est quémandée, ourdie par des ressorts qui ne seraient pas la sensible expression d'une souffrance ; l'auteure reste à distance et recourt à une autre forme, ces textes en italique, débordant du texte premier.
Alors, comme seul refuge aux blessures longtemps tues, il reste l'arbre, symbole d'une solidité qui a permis à l'enfant de ne pas se disloquer - apologue du poème, sans doute.
Philippe Leuckx
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Jacqueline Persini est l'auteure d'une vingtaine de titres. Citons : "Le platane", "Ce qui vient de lumière", "Recoudre la nuit au jour".
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