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Patience de l’infime, Pascal Feyaerts (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon 16.06.26 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Le Coudrier

Patience de l’infime, Pascal Feyaerts Éditions Le Coudrier – Septembre 2023 Préface : Anne-Marielle Wilwerth Illustrations : Pascal Feyaerts 76 pages – 18 €

Edition: Le Coudrier

Patience de l’infime, Pascal Feyaerts (par François Baillon)

Qu’est-ce que cette « patience de l’infime » que porte cet ouvrage et qui en sont aussi les derniers mots ? L’infime, c’est ce qui ne se voit pas, ne se perçoit pas de prime abord, c’est ce qui attend d’être remarqué ou qui voudrait tant être remarqué. Remarqué, pour ensuite être partagé. N’est-ce pas ce qu’attend le poète ici ? Ne formule-t-il pas le vœu qu’on découvre (enfin ?) sa sensibilité ? Après tout, la préfacière de ce recueil, Anne-Marielle Wilwerth, rapporte l’un de ses propos : « C’est mon chemin d’inviter la lumière ». Tout y est peut-être résumé : le poète reste un habitant de l’ombre, dont la quête est de séduire la lumière ou, en tout cas, de la dénicher. « la nuit / c’est juste un déguisement / qui sert / à allumer les maisons » (p. 18)

Le recueil est composé de plusieurs fragments poétiques, qu’on pourrait assimiler parfois à des aphorismes, parfois à de courts instants de contemplation. Le voyage intérieur, une certaine connivence avec des réflexions philosophiques, s’y rencontrent constamment. Le recueil s’accompagne des dessins au fusain du poète, très réussis : certains sont une image fidèle de la nature observée, libérée du genre humain – la forme contemplative –, d’autres s’inscrivent dans une veine surréaliste et symbolique – l’intériorité.

En peu de mots, et le plus souvent avec justesse, Pascal Feyaerts nous invite à nous interroger sur nous-mêmes, sans nécessairement nous faire entendre le point d’interrogation. Ainsi, il souligne cette erreur qui consiste à s’en tenir à ce qu’on voit, il y a quelque chose à chercher au-delà de l’observation ou du toucher direct : « qui se heurte au visible / n’a rien saisi / de l’univers / et se borne à l’étude / de son propre néant » (p. 52) Sa justesse donc, qui se loge parfois dans des images « magiques », nous rappelle que nous demeurerons des êtres insatisfaits : « serions-nous solubles / dans l’air / qu’il nous manquerait / encore des ailes » (p. 60) Et comment ne pas rester légèrement hagard face à cette phrase, très courte : « l’immobilité / se résorbe / dans la levure / du lointain » (p. 22) Ici, tandis que des montagnes prennent la forme de pains qui se lèvent, la volonté de l’homme se fixerait en même temps à mettre l’horizon en mouvement. Déplacer des montagnes… Derrière la douceur de ces vers, persiste ce à quoi nous devrions tendre.

De fait, cet ouvrage véhicule également l’espoir : le poète, comme nous l’avons évoqué, tient à sortir de ses vagues à l’âme, voire de sa dépression. Car s’il a pour aspiration de s’approcher de la lumière, ce qui le retient vivant est aussi son versant contraire, ce dont il ne cesse d’avoir conscience : « ce qui blesse / est aussi ce qui / nous rassure / sur notre capacité / à saigner » (p. 54)

Le recueil est bref. Il n’en va pas moins que son invitation à la rêverie (par les mots autant que par les dessins) et son séjour de l’intime, flirtant avec l’infime, engendrent quelques retours profonds sur nous-mêmes, donc quelques questions d’importance.


François Baillon


Après des études scientifiques, Pascal Feyaerts choisit le métier de bibliothécaire. D’abord présent dans des revues littéraires et anthologies en tant que poète, il est l’auteur de nouvelles et de plusieurs recueils poétiques, essentiellement publiés chez Le Coudrier. Artiste complet, il s’adonne également au jeu scénique et expose parfois ses dessins, souvent réalisés au fusain.


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A propos du rédacteur

François Baillon

 

Diplômé en Lettres Modernes à la Sorbonne et ancien élève du Cours Florent, François Baillon a contribué à la revue de littérature Les Cahiers de la rue Ventura, entre 2010 et 2018, où certains de ses poèmes et proses poétiques ont paru. On retrouve également ses textes dans des revues comme Le Capital des Mots, ou Délits d’encre. En 2017, il publie le recueil poétique 17ème Arr. aux Editions Le Coudrier.