Par les escaliers anciens, Philippe Leuckx (par François Baillon)
Par les escaliers anciens, Philippe Leuckx Éditions Le Coudrier – Mars 2025 Photographies : Philippe Colmant 72 pages – 18 €
Ecrivain(s): Philippe Leuckx Edition: Le Coudrier
En entrant dans les demeures anciennes, sans doute abandonnées, où Philippe Leuckx nous convie, nous sommes conduits à rejoindre le grenier des origines. Si d’aucuns disent qu’une exploration de l’inconscient s’appréhende par un voyage souterrain, le poète, hanté ici par un retour à l’enfance, choisit de nous garder au-dessus du sol, nous faisant monter ou descendre des marches. L’objet est donc ici d’être conscient de ses découvertes… Mais rien de ce que nous découvrons n’apparaît explicitement : nous nous trouvons plutôt dans une forme de recherche et d’évocation – une sensation nous traverse et nous interroge en même temps.
En fait, l’on pourrait dire que les poèmes de Philippe Leuckx sont comme des souffles existentiels – si l’on doit déterminer dans ce groupe nominal un pléonasme, gageons que l’adjectif « existentiels » porterait tout de même le sens d’une profondeur peu commune. Des souffles qui nous happent, nous ont donné l’impression d’avoir été confrontés à l’essentiel, une partie de cet essentiel. Mais tout a déjà expiré, et si la sensation s’est bel et bien manifestée, l’énigme demeure : « parfois il m’a semblé / toucher le cœur des choses / avec la main d’un autre / et le visage de l’étranger / et je n’ai rien vu / ni saisi ni compris / comme si le poème / fuyait ses propres mots / et le temps ses images » (p. 43)
Parfois, il n’y a pas d’énigme à détisser. L’existence se résumerait à une position de vigie, à constater ce qui se joue en nous face à un paysage : effet-miroir de l’extérieur et de l’intérieur… Le poète pourrait alors se contenter de l’idée même de recherche : « La mémoire est une étrange soie / qui maille notre vie / émergent parfois / dans le tissage fragile serré / quelques sentiers anciens / qu’une voix délivre / vers le jour » (p. 10) Ne s’agirait-il pas, en but ultime, d’être un humble observateur ? Ne s’agirait-il pas d’entrer en communion avec les éléments externes, jusqu’à l’effacement ? « C’est un jour ordinaire / de beauté / les nuages semblent neufs / les paupières clairvoyantes / le cœur près de cerner / la moindre pépite de lumière / on est là sans cause / ni préséance / on voit le chemin / et la simple venue / des choses » (p. 21)
Les photographies de Philippe Colmant, présentées en couleur sépia, accompagnent l’imaginaire du lecteur dans cette quête de l’ancien, qui semble au centre de la poésie de Philippe Leuckx. Des escaliers moussus, entourés de végétation, menant parfois à des bâtisses vides, incitent à ce que le chemin soit celui de l’élévation – même si une chute est toujours à envisager… « Un temps à ne pas sortir une âme / tant les escaliers glissants / déroulent leurs sortilèges (…) / même l’enfance / dégringole / toutes les marches » (p. 35)
Au fond, tout, dans ce recueil, est passage et évaporation, néanmoins liés à la volonté – informulée mais tenace – de s’inscrire dans la pierre et dans la durabilité. Un souhait d’homme typiquement imaginaire ? « Peu de nous restera / même pas l’écume / des mots / que nous aurons / puisée / jour après nuit / dans l’étonnante lueur / qui s’écrit / même pas / au cœur des regards / qui incisent / toute noirceur » (p. 54)
François Baillon
Parallèlement à sa carrière d’enseignant (français, Histoire de l’art et philosophie), Philippe Leuckx est l’auteur de nombreux recueils de poésie et d’essais, ainsi que de nombreux articles dans diverses revues. À l’origine d’une œuvre déjà couronnée par plusieurs prix, il reçoit, en 2024, le prix François-Coppée de l’Académie Française pour Le traceur d’aube (Al Manar).
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