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Nouvelles

Ce qui n’existe plus, ce qui n’existe pas, Jean-Paul Gavard-Perret

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 18 Septembre 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Temps 1

Mots de sables pour recouvrir les traces. Feu follet se centuplant tandis que le corps fiente sa texture. Partir de Cythère en si terre. Kilomètres d’obsolètes proses dans le cortex, image dans le baba. Ruisseau ou colombin c’est selon – suivant la manière d’envisager la mixtion.

Histrion, histrion. Il aurait pu écrire sous un autre nom. Pipelet de Satan Trismégiste aurait fait l’affaire. Ou cyclope idem. Ne s’en est pas privé. Du moins tant que faire se pouvait. Scribe mi-mystificateur en son besoin de fuir mais demeurant fixé.

Les mots qui le nourrissent encore dans le « truisme » se perdent dans ma porcherie en hommage posthume à Pasolini. L’écrivain se voûte toujours – le tout est de savoir sous quel type d’arche.

Chemin de bois près des cabanes - Trois variations sur une plage

Ecrit par Clément G. Second , le Mardi, 17 Mars 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

À Olivier Rouquette, pour sa photo

Chemin de bois près des cabanes

Trois variations sur une plage

Mini-nouvelles de 150 mots

 

1

La nuit est tombée sur la plage. C’est le début de l’automne, il fait à peine frais. Le long des cabanes closes le chemin de planches est désert. Il a plu ; la lune qui joue avec les nuages projette ses reflets changeants sur le bois. Une silhouette frêle mais décidée s’approche. Une adolescente. S’étant assurée d’être seule, elle se déchausse et danse sur les planches. Danse on ne sait quoi. Elle danse de tout son corps, de tous ses gestes, de toute sa joie. Elle semble faire offrande du mouvement qui l’anime. La mer un peu plus loin, en ressac au pied des galets, rêve tout bas. La jeune fille danse. Le vent se rapproche, veut l’entourer ; elle s’en dégage. Elle danse. Aux balcons du ciel, des étoiles penchées lui lancent des clignotements. Elle danse encore longtemps, longtemps. À la fin, sa révérence rencontre l’assentiment recueilli du silence.

Un désir de quel genre ?

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 06 Mars 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Jeudi, quatorze heures.

De cette place devenue mienne, mon regard pénétrant me déclare. Le sien répond invariablement, depuis quatre mois, d’une indifférence polie adressée équitablement à toute l’assistance.

Ces prunelles vibrantes d’intelligence sont-elles donc hermétiques au jeu de la séduction ? Ces paupières ne cèdent-elles jamais ? Mais à force de revenir m’asseoir à cette même place, me déclarer, peut-être…

Le secret de mon désir m’épargne, entre autres, les objections de bon sens qui ne manqueraient pas de venir à ma rescousse si je me confiais à quiconque. Mais je méprise tout aveu fait à d’autres qu’à l’objet de mes vœux.

« Je te désire » – et ce tutoiement serait ma première caresse – lui soufflerais-je dans une circonstance que mon imagination n’a pas encore forgée. Mes bras l’enserreraient, pour me blottir ou embrasser, qu’importe la distribution des rôles tant que ceux-ci n’acquièrent pas trop de réalisme.

L’Assise

Ecrit par Clément G. Second , le Mercredi, 27 Août 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

Sa réputation de femme positive et même entreprenante n’était plus à faire. On vantait son opiniâtreté quotidienne jusqu’à se reposer sur elle par ce lâche alibi auquel se ramènent souvent les louanges, et personne ne s’étonnait d’inférer ou d’apprendre que de nouveau elle se levait bien avant le réveil des autres et se retirait très tard après l’extinction des voix et des menus bruits de l’avant-nuit.

Pourtant, si considérée et même implicitement remerciée qu’elle se sût, sa conscience intime lui rappelait, avec un effet de satisfaction presque amer, que cette reconnaissance resterait à la surface de celle qu’elle n’avait jamais cessé d’être.

Ecrire, c’est tuant !

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 05 Juin 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Ecrire. Comme des milliers d’autres, ils en rêvent. Ecrire et pouvoir ne faire que ça. Pouvoir répondre à la question du pourquoi on écrit par cette réponse lapidaire de Beckett, « bon qu’à ça ». Ecrire. Oui mais quoi ? Et à quoi bon ? Des milliers de livres publiés chaque année. Et pour un publié, combien de recalés, de refusés… Et dans ceux qui arrivent dans les librairies, combien oubliés, inaperçus qui partent au pilon avant peu ?

Certains tentent aujourd’hui leur chance sur internet. Leur chance ! Pour mettre leurs phrases et leurs lignes en ligne, c’est d’une facilité ! Et puis… Et puis rien.

Rien parce qu’au delà de la pulsion il y a la chute. Parce qu’au delà du mirage il y a le sable, jusqu’au bout des horizons les plus improbables.